‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 381 sur 532 · UNE LECON DE DICTION · texte numérisé non relu

UNE LECON DE DICTION

[Tandis qu’à l'Hôtel de Bourgogne on avait l’habitude de réciter avec emphäse, Molière introduisit au théâtre l'usage d'une diction simple et naturelle.]

J'avais songé une comédie où il y aurait eu un poète, que j'aurais représenté moi-même ?, qui serait venu pour offrir une pièce à une troupe de comédiens nouvellement arrivés de la campagne. « Avez-vous, aurait-il dit, des acteurs et des actrices qui soient capables de bien faire valoir un ouvrage? Car ma

[4. Morguant, regardant avec insolence (le mot n’est plus employé). — 2. À l'abord, en m'abordant. — 5. De ce qui allait se faire. — 4. Il a poussé sa chance, il a tenu bon (il a continué à suivre sa fortune). — 5. Devers, vers. — 6. Du bel air, qui ont de belles manières. — 7. Ouir, entendre.]

[8. Songer était employé au xvn® siècle comme verbe transitif, — 9, C'est Molière qui parle, en s'adressant à sa troupe.]

BÉREN

pièce est une pièce... — Eh! monsieur, auraient répondu | comédiens, nous avons des hommes et de femmes qui ont été trouvés raisonnables ‘ partout où nous avons passé. — Et qui. fait? les rois parmi vous? — Voilà un acteur qui s'en démêle parfois... — Que je l’entende un peu réciter une douzaine. de vers. » Là-dessus le comédien aurait récité, par exemple, quel ques vers du.roi de Nicomède : Le, HS

. Te le dirai-je, Araspe ? il m’a trop bien SÉPVL re à Augmentant mon pouvoir. à +

le plus naturellement. qu'il aurait été possible. Et de node à :

« Comment? vous appelez cela réciter ? C'est se FADeRe : il us

dire les choses avec emphase. Écoutez-moi.

(Il contrefait Montfleury #, excellent acteur de l'Hôtel de Bour gore)

ne

Te le dirai-je, Araspe ?..., etc.

Voyez-vous cette posture? Remarquez bien cn, Le appuÿez : comme il faut le dernier vers. Voilà ce qui attire l'approbation, et fait faire le brouhaha. — Mais, Monsieur, aurait répondu le comédien, 1l me semble qu’un roi qui s entretient tout seul avec son capitaine des gardes parle un peu plus humaïnement et ne prend guère ce ton de démoniaqueÿ. — Vous ne savez ce que c'est. Allez-vous-en réciter comme vous faites, vous verrez si vous ferez faire aucun ah ! Voyons un peu une scène d’amant et d’amante. » Là-dessus, une comédienne et un comédien auraient fait une scène le qui est celle de Camille et de Curiace, à

Iras-tu, ma chère âme, et ce funeste Redoute Te plattil aux Ha de tout notre bonheur?

Hélas ! je vois trop bien.…., etc. ie

tout de même que l’autre, et 1 plus naturellement qui ils

auraient pu: Et le poète à « Vous vous moquez, vous

ne faites rien qui vaille, et voici comme il faut réciter cela. (IT imite Me de Beauchâteau, 6 comédienne de l'Hôtel de Base) en

[4. Raisonnables, convenables. — 2. Qui fait les rois, qui remplit emploi ds rois œ expression est restée dans le langage des comédiens). — 3. Qui s'en déméle, « q s’en tive honorablement. — 4. Zacharie Jacob dit Montfleury (1611-1669), act de talent, célèbre par son embonpoint, qui créa-les principaux rôles de Cor neille, ainsi qu ‘Oreste, dans l'Andromaque de Racine. — 5, Démoniaque, possédé démon. — 6. Miie de Beauchâteau, femme du comédien Beauchâteau (on appe Mademoiselle une femme mariée qui n'était pas noble).

Iras-tu, ma chère âme..., etc.

Non, je te connais mieux..…., etc.

Voyéz-vous comme cela est naturel et passionné? Admirez ce visage riant, qu’elle conserye dans les plus grandes afflictions. » Enfin, voilà l’idée; et il aurait parcouru de même tous les acteurs et toutes les actrices.

(Molière, L’Impromptu de Versailles, Scène 1.)

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