LA MORALITÉ DU THÉATRE COMIQUE
.. Nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour la correction. Les plus beaux traits d’une sérieuse morale. sont moins puissants le plus souvent que ceux de la “tte ee .
leurs défauts. C’est une grande atteinte aux vices, que ‘de le exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément de répréhensions, mais on ne souffre point la raillerie: On veut | être méchant, mais on ne veut point être ridicule... u Je ne puis pas nier qu’il n’y ait eu des Pères de l’ Église c q dut condamné la comédie ; mais on ne peut: pas. me nier au qu'il n'y en ait eu Gelée ns qui l'ont traitée un peu plus doucement. Ainsi, l'autorité dont on prétend appuyer la ce sure est détruite par ce partage ; et toute la conséquence qu' on peut tirer de cette diversité d’ opinions en des esprits éclairés de mêmes lumières, c'est qu’ils ont pris la comédie différemm et que les uns l'ont considérée dans sa pureté, lorsque les aut l'ont regardée dans sa corruption, et confondue avec tous ce vilains spectacles qu'on a eu raison de nommer des spectacles d turpitude !.. : a … .. Si nous our ouïr là-dessus le témoignage de l’ antiquité alle nous dira que ses plus célèbres philosophes ont ne
[4. Expression de saint Augustin.] : ee ie
louanges à la comédie, eux qui faisaient profession d’une sagesse si austère, et qui criaient sans cesse après les vices de leur siècle ; elle nous fera voir qu’Aristote a consacré des veilles au théâtre, et s’est donné le soin de réduire en préceptes 1 art de faire des comédies ! ; elle nous apprendra que ses plus grands hommes, et des premiers en dignité, ont fait gloire d'en composer eux-mêmes, qu'il y en a eu d’autres qui n’ont pas dédaigné de réciter en public celles qu'ils avaient composées, que la Grèce a fait pour cet art éclater son estime par les prix glorieux et par les superbes théâtres dont elle a voulu l’honorer, et que, dans Rome enfin, ce même art a reçu aussi des honneurs extraordinaires ; je ne dis dans Rome débauchée et sous la licence des empereurs, mais dans Rome disciplinée, sous la sagesse des consuls, et dans le temps de la vigueu: de la vertu romaine
J'avoue qu'il y a eu des temps où la comédie s’est corrompue. Et qu'est-ce que dans le monde on ne corrompt point tous les jours? Il n’y a chose si innocente où les hommes ne puissent porter du crime, point d'art si salutaire dont ils ne soient capables de renverser les intentions, rien de si bon en soi qu'ils ne puissent tourner à de mauvais usages .
(Molière, Préface du Tartuffe, 1669.)