LA PHILOSOPHIE DE LA MÉDECINE
ARGAN
. Mais raisonnons un peu, mon frère. Vous ne croyez donc point à la médecine?
BÉRALDE.
Non, mon frère, et je ne vois pas que, pour son salut, il soit nécessaire d'y croire.
ARGAN
Quoi? vous ne tenez? pas véritable une chose établie par tout le monde, et que tous les siècles ont révérée ?
BÉRALDE.
Bien loin de la tenir véritable, je la trouve, entre nous, une des plus grandes folies qui soient parmi les hommes ; et, à regarder les choses en philosophe, je ne vois point de plus plaisante momerie?, je ne vois rien de plus ridicule qu'un homme qui se veut mêler d’en guérir un autre.
ARGAN
Pourquoi ne voulez-vous pas, mon frère, qu'un homme en puisse guérir un autre ?
BÉRALDE.
Par la raison, mon frère, que les ressorts de notre machine sont des mystères, jusques ici, où les hommes ne voient goutte, et que la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose.
[4. À rapprocher de cette scène la consultation médicale que, dans Le Malade Imaginaire (Acte IIT, scène x), la servante Toinette, déguisée en médecin, donne à son maître Argan.
[2. Tenez, estimez. — 3. Momerie, bouffonnerie.|
690 LE XVII SIÈCLE ARGAN. À Les médecins ne savent donc rien, à votre compté,
BÉRALDE.
. Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles Fu. DER savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; ; mais, pour ce qui est de les guérir, c’est ce qu’ils ne savent pas du tout. ë
ARGAN
Mais toujours faut-il demeurer d'accord que, sur cette ma= tière, les médecins en savent plus que les autres, ù |
BÉRALDE. : |
Ils savent, mon frère, ce que je vous ai dit, qui ne guérit pas … de grand’chose ; et toute l’excellence de leur art consiste en un
pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des |
mots pour des raisons, et des promesses pour des eflets?...
ARGAN
… Mais enfin, venons au fait. Que faire donc ut on ‘est malade ? à
BÉRALDE.
Rien, mon frère.
ARGAN
Rien ?
BÉRALDE.
Rien. Il ne faut que demeurer en repos. La nature, d'elle même, quand nous Îa laissons faire, se tire doucement du d sordre où elle est tombée. C’est notre inquiétude, c'est not impatience qui gâte tout, et presque tous les hommes meure t: de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies.
Hate Le Malade imaginaire, Acte IL, Scène 1 IN. .
te H bee ce PS est pris ici dans le sens de connaissances qu'on en faisant ses humanités (les études littéraires). — - 2, en …. réuliats, FE: