‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 415 sur 532 · I. — LE FABULISTES Re · texte numérisé non relu

I. — LE FABULISTES Re

1° Histoire de la fable.

Le genre de la fable remonte à la plus haute antiquité.

a) En Orient.

Les fables indiennes, d’abord écrites en sanscrit, fie traduites au vi siècle en vieux persan, au vixr® du vieux persan en arabe, au xu° de l'arabe en persan moderne, et enfin au xvrre du persan moderne en fran- Ée çais dans un recueil intitulé : Le livre des lumières ou la conduite des rois, composé par le sage Pilpay, Indien, traduit en français par David Sahid d'Ispahan, ville capitale de Perse (1644). C’est dans ce livre que La Fon-. taine a connu les apologues de l’Inde, ainsi que dans un autre recueil en …

4. Biographie. — Jean de La Fontaine est né à Château-Thierry en 1621. Ses études une fois terminées (probablement au collège de sa ville natale), il songea d’abord à devenir prêtre et resta pendant un an au séminaire de l'Oratoire. Puis, renonçant à sa première idée, il fit son droit et fut nommé avocat au Parlement de Paris : mais il revint bientôt à Château-Thierry et exerça jusqu'en 1672, fort négligemment d’ailleurs, la charge de maître des eaux et ne forêts que lui avait transmise son père. Impropre à tout métier régulier, il ne sut pas mieux remplir ses obligations d’époux et de père de famille : marié en 1647, il délaissa vite sa femme et en vint à oublier son fils. Incapable de se … conduire par lui-même, il eut la chance de rencontrer tout le long de sa vie des protecteurs dévoués, notamment Fouquet (de 1655 à 1661), pour lequel il com-. posa, au temps de sa prospérité, son poème Le Songe de Vaux (1658) et, au temps de sa disgrâce, sa courageuse Elégie aux Nymphes de Vaux (1661), et Me de la Sablière (de 1672 à 1693), dont il a célébré l'intelligence et la bonté sous les traits d’Jris, et à qui il a dédié le Discours qui termine le livre IX. des Fables, la fable XV du livre XII et le Discours qu'il lut à l'Académie Française le jour de sa réception (2 mai 1684). Les principaux incidents de son. existence, qui méritent d’être signalés, sont, outre son intervention dans le procès de Fouquet, un voyage en Limousin dont il adressa une relation à sa femme (1662), bien qu'il se fût séparé d’elle en 1659 ; ses réunions Joyeuses (à partir de 1664) avec Racine, Molière, Chapelle et Boileau, rue du Vieux-Colombier, où ce dernier habitait, ou bien dans les cabarets du temps (voir p. 7582, note 1), et dont il a fait le tableau dans son roman Les Amours de Psyché; sa liaison passagère avec les Jansénistes de Port-Royal, sous l'inspiration desquels il écrivit son poème de La captivité de Saint Male (1677); son élection à l’Académie Française (1683), à laquelle Louis XIV, mal disposé pour lui, fit oppositio pendant six mois jusqu'à l'élection de Boileau (voir p. 367) ; son interventio dans la Querelle des anciens et des modernes avec son Épître à Monseigneur Huet, 1687 (voir p. 825); et sa conversion finale, assez inattendue chez un homn qui avait toujours vécu en marge de la religion. Il mourut le 18 avril 16

latin du P. Poussines, publié à Rome en 1666 sous ce titre ; Specimen sapientiae Indorum veterum (Le modèle de la sagesse des anciens Indiens).

L'Ancien et le Nouveau Testament contiennent aussi un certain nombre de paraboles; qui sont des fables, par exemple : L’enfant prodique, Le mauvais riche et Lazare, Le pharisien et le publicain…

b) En Grece.

Il y a eu en Grèce deux principaux recueils de fables : les fables en prose d’Esope (vre siècle av. J.-C.), dont La Fontaine a tenté de reconstituer la figure légendaire dans La Vie d'Esope le Phrygien, et les fables de Babrius,-un Syrien qui vivait au milieu du ne siècle avant J.-C. et qui traduisit en vers les fables ésopiques. La Fontaine a connu les fables d’Esope dans le recuéil qu’en avait donné Planude, moine qui vivait à

chez M. d’'Hervart, qui après la mort de Mme de la Sablière lui avait offert l'hospitalité.

Anecdotes. — On cite, sur la naïveté et les distractions de La Fontaine, de nombreuses anecdotes, qui ne sont peut-être pas toutes bien authentiques, . mais qui du moins témoignent de l'impression que fit sur ses contemporains celui que ses amis appelaient familièrement le Bonhomme, et à qui, au lendemain de sa mort, son ami François de Maucroix, avocat et poète devenu chanoine, rendait dans son Journal ce témoignage suprême : « C'était l’âme la plus sincère et la plus candide que j'aie jamais connue ; jamais de déguisement ; je ne sais s’il a menti en sa vie. » Voici quelques-unes de ces anecdotes :

La Fontaine était à Antony avec ses amis... Il ne se trouva point à diner un jour; on l’appela, on le sonna, il ne vint point. Enfin il parut après le diner ; on lui demanda d’où il venait. Il dit qu'il venait de l'enterrement d’une fourmi ; qu'il avait suivi le convoi dans le jardin, qu'il avait reconduit la famille jusqu’à . la maison (qui était la fourmilière), et fit là-dessus une description naïve du gouvernement de ces petits animaux,

(Mathieu Marais, Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine, 1725.)

Lorsque Mme de la Fontaine, ennuyée de vivre avec son mari, se fut retirée à Château-Thierry, Boileau et mon père dirent à La Fontaine que cette séparation ne lui faisait pas honneur, et l’engagèrent à faire un voyage à Chätcau- Thierry pour s’aller réconcilier avec sa femme. Il part dans la voiture publique, arrive chez lui et là demande. La domestique, qui ne le connaissait pas, répond que Madame est au salut. La Fontaine va ensuite chez un ami, qui lui donne à souper et à coucher, et le régale pendant deux jours. La voiture publique retourne à Paris ; il s’y met, et ne songe plus à sa femme. Quand ses amis de Paris le revoient, ils lui demandent s’il est réconcilié avec elle : « J’ai été pour la voir, leur dit-il, mais je ne l’ai pas trouvée ; elle était au salut. »

(Louis Racine, Mémoires, 1747.)

Un jour rendant visite au Dr Ellies du Pin, il croisa dans l'escalier un jeune

694 LE XVIIe SIÈCLE

Constantinople au x1ve siècle, et celles de Babrius sous la forme abrégée de quatrains grecs qu’elles avaient reçue au moÿen âge. |

c) À Rome.

La fable latine est représentée par Phèdre (1° siècle après J.-C.). Les fables de Phèdre sont en vers, et le récit y prend déjà plus de développement que dans celles d’'Esope, qui sont très sèches. Ignorées au moyen àge, elles ont été publiées en 1596 par Pithou d’après un manuscrit du xe siècle.

d) En France, au moyen âge. -

Deux sortes de fables existent en France au moyen âge des tables ésopiques traduites en langue vulgaire dans des recueils appelés Ysôpets

homme dont il demanda le nom : « Comment ? lui dit son ami, vous n’avez pas reconnu votre fils P » La Fontaine répondit : « Jé crois l'avoir vu quelque part. »

(D'après Titon du Tillet, Le Parnasse français, 1732.) : Mis une fois en présence de son fils chez des amis communs, 1l le trouva spirituel mais ne le reconnut pas. Quand on le lui nomma, il dit simplement : « Ah ! j'en suis bien aise. »

(D'après Fréron, Vie de La Fontaine.)

Après la mort de Mme de La Sablière, il rencontra M, d'Hervart, qui venait justement l’inviter à s'installer chez lui. « J’y allais », lui dit La Fontaine. +

(D’après Chamfort, Eloge de La Fontaine, 1774.) k

Il ft venir un confesseur, qui l’exhorta à des prières et à des aumônes. « Pour des aumônes, dit La Fontaine, je n’en puis faire, je n’ai rien ; mais on fait une nouvelle édition de mes Contes, et le libraire m'en doit donner cent exemplaires. Je vous les donne, vous les ferez vendre pour les pauvres. »

(Louis Racine, Réflexions sur la poésie, 1747, dans une note.)

Portrait. — A la différence des autres grands écrivains du xvue siècle, qui, … jugeant que « le moi est haïssable », se sont en général abstenus de parler d'eux dans leurs œuvres, La Fontaine a fait à plusieurs reprises son propre portrait, en particulier dans les passages suivants où il dépeint son caractère et ses. goûts :

Acante 4 ne manque pas, selon sa coutume, de proposer une promenade en. quelque lieu, hors la ville, qui fût éloigné, et où peu dé géns entrassent : on ne les viendrait point interrompre ; ils écouteraient cette lecture? avec moins de bruit et plus de plaisir. Îl aimait extrêmement les jardins, les fleurs, lés ombrages. Polyphile © lui ressemblait en cela: mais on peut dire que celut- ci aimait toutes choses. Ces passions, qui leur rernpliseatent lé cœur d'une ceér-. taine tendresse, se répandaient jusque dans leurs écrits et èn formaient le prine

[a Racine. — b L'histoire des aventures de Psyché. = © La Fontainé.]

(dont le plus célèbre est, à la fin du xn° siècle, celui de Marie de France), et des fables originales, celles que contient Le Roman de Renart et les Fabliaux.

e) Au XVT siècle.

Dans le Cymbalum Mundi et les Nouvelles récréations et Joyeux devis de Bonaventure des Périers, dans les Contes de la reine de Navarre, dans les Nouvelles nouvelles et les Propos rustiques et facétieux de Noël du Fail, ainsi que dans La Vie de Gargantua et de Pantagruel de Rabelais, il y a des contes qui sont des apologues. Mais surtout le xvi° siècle a vu éclore de nombreuses fables en vers : Gilles Corrozet publie en 1542 ses Fables

cipal caractère. Ils penchaient tous deux vers le lyrique, avec cette différence qu’Acante avait quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleuri, Des deux autres amis, que j'appellerai Ariste a et Gélaste d, le premier était sérieux sans être incommode, l’autre était fort gai.

(Les amours de Psyché, 1669, prologue du livre Ier.)

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,

La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien Qui ne me soit souverain bien,

Jusqu'au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.

(Les amours de Psyché, fin du livre Il.)

J'ai toujours abusé du plus cher de nos biens €.

Les pensers amusants, les vagues entretiens,

Vains enfants du loisir, délices chimériques,

Les romans, et le jeu, peste des républiques,

Par qui sont dévoyés les esprits les plus droits, 2 Ridicule fureur qui se moque des lois,

Cent autres passions, des sages condamnées,

Ont pris comme à l’envi la fleur de mes années,

Je m'avoue, il est vrai, s’il faut parler ainsi, Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles

A qui le bon Platon compare nos merveilles d ;

Je suis chose légère et vole à tout sujet,

Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet ;

A beaucoup de plaisir je mèle un peu de gloire, J'irais plus haut peut-être au temple de Mémoire, Si dans un genre scul j'avais usé mes jours; Mais quoi ! je suis volage en vers comme en amours,

(Discours à Madame de La Sablière, 1684.)

[2 Boileau. — ? Gélaste devait être primitivement Molière ; mais, après la brouille de ce dernier avec Racine en 1665, il représenta sans doute Chapelle. — » c Le temps. — 4 Nos merveilles: celles des poètes.]

696 LE XVIIe SIÈCLE

du très ancien Esope Phrygien et Guillaume Haudent en 1547 Trois cen soixante-siz apologues d’Esope ; Guillaume Guéroult intercale vingt-sept. apologues dans le Premier livre des Emblèmes (1550), Antoine Baïf une vingtaine d’apologues dans ses Mimes, enseignements et proverbes (1576), et Philibert Hégémon vingt-deux dans sa Colombière ou Maison rustique . (1583). Et l’on trouve également quelques fables, qui sont des chefs d'œuvre, chez Marot (Le lion et le rat dans l’Epitre à Lion Jamet) etchez Régnier (Le mulet, le loup et la lionne dans la Satire II).

f) Au XVIF siècle.

Avant La Fontaine il n’y a eu au xvni* siècle que des recueils de fables en prose, comme ceux de Boissat (1633) ou de Jean Baudoin RAI

Je chéris l’Arioste, et j'estime le Tasse;

Plein de Machiavel, entêté de Boccace,

J'en parle si souvent, qu’on en est étourdi.

J'en lis qui sont du Nord, et qui sont du Midi.

(Épttre à Monseigneur Huet, 1687. e

Jean s’en alla comme il était venu, Mangea le fonds avec le revenu, Tint les trésors chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien le sut dispenser :

Deux parts en fit, dont il soulait 4 passer

: L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

(Épitaphe, écrite en 1659 et publiée en a +

Œuvres. — Fasres : recueil de 1668, dédié à Monseigneur le Dauphin (les VI premiers livres); recueil de 1678- ae dédié à Madame de Montespan (livres VII et VIII en 1678, livres IX, X et XI en 1679); livre XII, dédié au duc de Bourgogne (1694).

Contes : première et deuxième parties (1665), mois partie Gp), qua trième partie (1675), édition revue et complétée (1691).

Taéatre. — Coménies : L'eunuque (1654), Clymène (1674), Ragotin ou Le rom comique (1684), Le Florentin (1685), La coupe enchantée (1688), Le veau perdu ou Les amours de campagne (1689) (ces quatre dernières en collaboration avec mari de La Champmeslé), Je vous prends sans vert (1693). — Oréras : Daphné 4 (1682), Astrée (1691), Galatée (inachevé). — Barre : Les rieurs du Bea Richard (1659). — Tracénis : Achille (inachevé). | |

Rowan : Les amours de Psyché et de Cupidon (1669).

Poème épique : La captivité de Saint-Malc (1673).

PoëmE a. Le quinquina (1682).

Poèmes pivers : Adonis (1657), Le songe de Vaux (1658), 0) aux 2 Nm

[s JU soulait, il avait coutume.]

OR ir CRT AR RL À US "1 2 a É AUS ve ns ATEN

tous deux intitulés : Les fables d'Esope illustrées de discours moraux,

philosophiques et politiques. Mais après la publication du premier recueil

de La Fontaine plusieurs imitateurs essaient sans succès de rivaliser avec lui, Me de Villedieu : Fables ou histoires allégoriques (1670), Antoine Furetière : Fables morales et nouvelles (1671), Desmay : Esope français (1677). IL faut aussi rappeler, bien qu’elles soient d’un autre genre, les fables en prose de Fénelon pour le duc de Bourgogne, ainsi que la traduction par Charles Perrault, en 1699, des fables de Faërne, un Italien du xvi siècle. Boileau lui-même fit en 1668 la fable La mort et le bâcheron et en 1669 L’huitre et les deux plaideurs (fin de l’Epitre IT).

Si cultivée qu’elle ait été chez nous depuis la Renaissance, la fable, à la fin du xvi® siècle et au xvn° siècle, n’est pourtant pas considérée

de Vaux (1661), Discours à Madame de la Sablière (1684), Philémon et Baucis (1685), Les filles de Minée (1685), Épitre à Monseigneur Huet (1687).

CornesPonDANCE : Relation d'un voyage de Paris en Limousin en 1662 (six lettres à sa femme, mêlées de vers).

Editions. — Nous avons rappelé précédemment quelles furent au xvne siècle les éditions successives des Fables et des Contes. Au xvim®, nous signalerons l'édition des Fables de 1755-1759 (en 4 vol., avec les figures d’Oudry, le directeur des Gobelins) et l'édition des Contes dite des Fermiers Généraux (publiée par Diderot, 1762, 2 vol., avec les figures d’Eisen). Au xix° ont paru plusieurs éditions des Œuvres complètes de La Fontaine : les éditions successives de Walckenaer (la 1re est de 1819-1821, en 18 vol.), l'édition Marty-Laveaux (dans la Bibliothèque elzévirienne, 1857-1877, en 5 vol.), l'édition L. Moland (1872- 1876, chez Garnier, en 7 vol.) et surtout l'édition Henri Régnier (1883-1893, Collection des Grands Écrivains de Ia France, 11 vol. et un album, tomes X-XI: Lexique). Parmi les éditions illustrées des Fables au xixe siècle nous rappellerons celles de Grandville et de Gustave Doré. Mentionnons aussi une édition classique des OEuvres diverses de La Fontaine par F. Hémon (Delagrave) et les Fables de La Fontaine classées par ordre de difficulté, par A. Gazier (Colin).

A consulter. —= Mathieu Marais : Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine (écrite en 1725, publiée en 1811). — Chamfort : Eloge de La Fontaine | (1974). — Walckenaer : Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de la Fontaine (1820, 4e éd., 1858). — Marty-Laveaux : Essai sur la langue de la Fontaine (1853). — Taine : La Fontaine et ses fables (1853, 3e éd. 1861), — Saint-Marc Girardin : La Fontaine et les fabulistes (cours fait en 1858-59, publié en 1867). — Soullié : La Fontaine et ses devanciers. Histoire de, l'apoloque jusqu'à La Fontaine (Perrin, 1860). — Damas Hinard : La Fontaine et Buffon (1861). — Faguet : La Fontaine (Collection des classiques populaires, 1887). — G. Lafenestre : La Fontaine (Collection des grands écrivains français, 1895). — Dr M. Tresch : La Fontaine naturaliste dans ses Fables (Luxembourg, 1907). — Le comte de Rochambeau : Bibliographie des œuvres de La Fontaine (Paris, Alexis Rouquette, 1911). — Faguet: La Fontaine (Soc. franc. d’impr. et de libr., 1913). — L. Roche: La vie de La Fontaine (Plon-Nourrit, 1913). — G. Michaut: La Fontaine (1913-1914, Hachette, 2 vol.). — A. Hallays: La Fontaine (Perrin, 1922).

comme un genre véritablement littéraire, surtout comme un genre tique. Vauquelin de La Fresnaye ne parlé pas de l? apologue dans son Art poétique (1605). Et c’est apparemment pour la même raison que Boileau dans le sien (1674) à passé la fable sous silence (alors qu’à cette date ava déjà paru le premier recueil de La Fontaine, où ne se trouvent sans doute \ pas ses plus belles fables, mais où l’on en compté déjà tant de si grande

valeür), — et non Pas, comme on l’a dit quelquefois, par jalousie (lesdeux fables qu’il a composées ne suffisaient pas à faire de lui un rival du fabu- | liste), ni par prudence (La Fontaine, ami de Fouquet et auteur des Contes, avait beau n'être pas très bien en cour, Boileau a toujours montré assez de courageuse franchise pour n’avoir pas craint de se compromettre en parlant de lui), ni par manque d'estime (il est vrai que Boileau, d’après Louis … Racine, « ne regardait pas La Fontaine comme original, parce qu'il n’était créateur ni de ses sujets ni de son style qu'il avait pris dans Marot et dans Rabelais » ; mais il ne l’a pas moins cité plusieurs fois avec éloge, dans sa Dissertation critique sur Joconde, dans sa VIIe Réflexion sur Longin, dans. sa Lettre de réconciliation à Charles Perrault ; et c’est lui, au dire de son biographe Mathieu Marais, dont l'intervention décida le libraire Denis Thierry à accepter le premier recueil des Fables).

2° Conception de la fable chez La Fontaine.

Si La Fontaine n’a pas hésité à emprunter à ses prédécesseurs ds nombreux sujets de fables — on sait que les grands écrivains classiques, péu soucieux d'introduire de l'originalité dans la matière de leurs œuvres, prennent leur bien où ils le trouvent —, du moins il a traité le genre de la fable d’une façon très pérson sil ie ce vers de ; l'Épitré à Monseigneur Huet

Mon imitation n est point un esclavage.

Pour savoir de quelle manière il a conçu la fable, le mieux est de consulter ce qu'il en a dit lui-même à plusieurs reprises dans ses Fables :

L’apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l’une le corps, Lanhe l’âme. Le corps est le récit ; l’âme la moralité.

(Préface. )

Je chante les héros dont Esope est le père :

Troupe de qui l’histoire, encor que mensongère, Contient des vérités qui servent de leçons.

Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons. : Ce qu’ils disent s’adressent à tous tant que nous sommes ; Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.

(1, À Monseigneur le Dauphin.) |

Us mt

Cependant jusqu'ici d’un langage nouveau

J'ai fait parler le loup et répondre l'agneau,

J'ai passé plus avant : les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes,

Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ! ?.…..

GE a)

L'invention des arts étant un droit d’aînesse, Nous devons l’apologue à l’ancienne Grèce ;

Mais ce champ ne se peut tellement moissonner Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.

La feinte ? est un pays plein de terres désertes ; Tous les jours nos auteurs y font des découvertes.

Page 1