III. — L'ÉDUCATION DES FEMMES
1° L'opinion générale au XVII: siècle sur la question.
Plusieurs congrégations religieuses se consacrèrent au xvrie siècle à l'éducation des filles, en particulier les Ürsulines, l’association des Angéliques, les nonnes de l’ordre de Sainte-Elisabeth. Il faut signaler aussi la tentative de Port-Royal, dont les religieuses se chargeaient d’instruire une douzaine de fillettes, de préférence des orphelines pauvres. Nous sommes renseignés ? sur l’éducation qui leur était donnée par les Constitutions du monastère de Port-Royal (1665), rédigées par la Mère Agnès * Arnauld®, et par le Règlement pour les enfants (1657), œuvre de Jacqueline Pascal (en religion sœur Sainte-Euphémie). À Port-Royal, comme dans les autres maisons religieuses qui élevaient des jeunes filles, on s’attachait, conformément à l’opinion courante au xvn® siècle, beaucoup plus à faire des femmes pieuses et yertueuses que des femmes instruites. Dans l’ensemble l'éducation féminine est malgré tout un peu moins négligée au xvri siècle que dans les siècles précédents.
On peut même citer les noms de quelques femmes d’une culture supérieure : Mme de Sévigné, à qui son maître Ménage avait appris le latin ; Mne de Grignan, sa fille, qui était initiée à la philosophie cartésienne ; Mne de La Fayette, l’amie et peut-être la collaboratrice de La Rochefoucauld ; Mme de La Sablière, la sage « Iris » célébrée par La Fontaine; Mme Dacier, la fameuse helléniste, qui sut contre La Motte défendre Homère avec énergie... Mais ces éducations brillantes étaient exceptionnelles.
C’est au temps de la préciosité que commença à être agitée la question de l’éducation des femmes : les uns, comme Balzac dans la lettre dont nous donnons ci-après un fragment, se prononcèrent contre les « femmes docteurs » ; les autres, les femmes naturellement, comme Mie de Scudéry dans un passage du Grand Cyrus cité plus bas, plaidèrent en faveur de l’instruction féminine.
4. À consulter. — P. Rousselot : Histoire de l'éducation des femmes en France (1883). — Octave Gréard: L'éducation des femmes par les femmes (Hachette, 1886).
2. Lire aussi le roman de M. Dhanys: Journal d'une élève de Port-Royal (Charlotte de Pomponne à Madeleine de Eouvois) octobre 1678-mai 1679(Olendorff, 1904).
3. Agnès Arnauld, fille d'Antoine Arnauld l'avocat, fut abbesse de Port-Royal, comme sa sœur Angélique (voir p. 574).
759 | LE XVII SIÈCLE | Lie