‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 509 sur 532 · Ménage, économie, — 4. Galat. (VI · texte numérisé non relu

Ménage, économie, — 4. Galat. (VI

A. — Les vues de Pascal sur la sociéte.

De son regard pénétrant Pascal a su voir ce qui se cache derrière le décor social, et il nous a ainsi dévoilé la fragilité de plusieurs des fondements séculäires sur lesquels la société repose. C’est ainsi que dans Trois Discours sur la condition des grands, analÿsés par Nicole dans son Traité de l'éducation d’un prinée f, il à établi une distinction profonde et hardie entre les grandeurs apparentes étles grandeurs véritables, et que dans des pages fort suggestives des Pensées, à propos des effets sociaux de Pimagination, il a démasqué la vanité du respect que la foule éprouve pour certaines conditions et fonctions sociales, pour les magistrats, les médecins et les rois eux-mêmes. Et que d’autres réflexions, éparses dans ce livré, on pourrait encore citer, qui sont le fruit de sa méditation audacieuse : réflexions sur la guerre, sur les rapports du droit et de Ta force, sur Fa justice, sur le principe de Ia monarchie héréditaire !

Gardons-nous d’ailleurs de faire de Pascal un révolutionnaire anticipé. Car il s'arrête à mi-chemin dans ses audaces intellectuelles : if voit où se trouve la justice, mais, par amour de l’ordre et désir de Ja paix sociale, il se résigne à l'injustice. C’est que pour lui la justice n'est pas de ce monde : qu'importe qu’elle mexiste point 1ei-bas, si elle existe dans l’autre vie! Elle n’appartient pas à l'humanité, elle est l'œuvre de Dieu.

Il semble donc que Pascal n’ait, en définitive, insisté sur les imperfections sociales que pour nous incliner à chercher en Dieu la justice, comme il n’a insisté sur les faiblesses de notre raison que pour nous pousser à voir dans la religion la source de toute vérité. Aïnsi, son scepticrsmé intellectuel tout provisoire se double d’un scepticisme moral également provisoire.

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