Sur Pierre Gringoire, voir p. 86 et
2. Cette moralité oppose la vie d’un croyant à celle d'un impie et, après de nombreuses aventures, conduit l’un jusqu’au ciel :et l’autre jusqu'en enfer. Bien avisé, suit les conseils de Foi et de Raison; il rencontre sur son chemin Pénitence, Oraison, Humilité, Abstinence, Obédience, Patience, Honneur... et arrive à Bonne Fin, qui le remet entre les mains des anges. Mal avisé s'attache au contrairo à Témérité, Luœure, Rébellion, Désespérance, Pauvreté... qui le mènent tout droit à Male Fin.
3. Banquet, après avoir réuni chez lui Gourmandise, Friandise, Je-bois-à-vous.…, les livre à Gravelle, Hydropisie, Indigestion, Apoplexie.… Mais Dame Expérience envoie ses lieutenants : Sobriété, Clysière, Pilule, Saignée... Diète fait arrêter Banquet qui est condamné à mort. Remède, en qualité de greffier, hit la sentence.
dignitaires le Prince des Sots et Mère Sotte, formaient une association qui était surtout composée de fils de famille désœuvrés et qui avait été reconnue par lettres patentes de Charles VI. Les Sots, qui finirent d’ailléurs par se confondre avec les Basochiens, étaient, à ce que l’on croit, les anciens célébrants de la Fête des Fous! (supprimée en 1445 par un édit de Charles VIT). Il existait un peu partout en province des confréries analogues: les Connards ou Cornards à Rouen, les Suppôts de la Mère Folle à Dijon, la société des Coqueluchiers à Evreux, celle du Prévôt des Etourdis à Douai, du Prince d’amour à Lille, les Suppôts du Seigneur de la Coquille (société d'ouvriers typographes) à Lyon... Pendant longtemps les Basochiens jouèrent seulement des farces et des moralités, et les Sots des sotties : mais peu à peu les deux sociétés, se rapprochant l’une de l’autre, se prêtèrent mutuellement leur répertoire.
Outre les farces, sotties et moralités, le théâtre comique comprenait encore au moyen âge deux genres secondaires: les sermons joyeux et les monoloques dramatiques ?. Les sermons joyeux sont des parodies de sermons, tels qu’on en prononçait dans la Fête des Fous : ils survécurent à
l'institution de cette fête. Nous en possédons une trentaine, entre autres s
4. La Fête des Fous, dont la Fête des Innocents et la Fête de l'Ane ne furent que des variétés, était une étrange cérémonie que toléra l'Eglise du moyen âge, bien qu’elle fût dans l’église même une parodie de l'office religieux. Voici comment la décrit C. Lenient (La satire en France au moyen âge, p. h22): « L’anbique saturnale entra dans le temple, mais rajeunie et transformée... La nef se métamorphose en salle de danse et de festin. Devant l'autel, sur la table de communion, s’étalent pêle-mêle les boudins grillés, les saucisses, les jeux de: cartes et les jeux de dés. En guise de parfum, le cuir des savates fume dans l’encensoir. Le texte même de l'office divin, paroles et musique, devient l’objet d’une interminable parodie. L'église de Sens possédait encore au siècle dernier un manuscrit complet de la messe des Fous. C'était un mélange confus de quolibets, de coq-à-l'âne, d’alléluias grotesques, de latin bouffon.…. L'office entier était chanté en faux-bourdon... Au lieu de l’hymne grave qui, dans les jours de fête ordinaire, remplissait les voûtes de la cathédrale, éclatait un indescriptible charivari de miaulements, de cris, de sifflets, tandis que les cloches sonnaient à toutes volées. Dans la partie supérieure de l’église, au-dessus des voûtes, les clercs jouaient aux boules, aux quilles, pour imiter le bruit du tonnerre et compléter cette infernale tempête. Puis, l'office terminé, la mascarade sortait pêlemêle, se heurtant, se coudoyant, s’écrasant pour aller promener à travers les rues sa bruyante gaieté et ses bizarres travestissements... Quelques jours après, l’église, purgée de toutes ces impuretés, lavée, nettoyée, reprenait son aspect accoutumé : Dieu redevenait le maître de son autel : le flot de la folie humaine avait passé, »
2. Consulter Émile Picot : Le monologue dramatique (dans Romania, t. XV, XVI, XVII, 1886-1888) et Ch. M. Des Granges : De scenico soliloquio in nostro medii aevi theatro (1897).
Saint Jambon, Saint Hareng, Saint Raisin.…., qui racontent le prétendu martyre de ces saints d’un nouveau genre. Les monologues dramatiques sont des récits burlesques mettant en scène des personnages qui étalent naïvement leurs vices ou leurs ridicules. Il faut surtout citer, parmi eux, le Monologue du Franc Archer de Bagnolet!, composé vers 1468 et parfois attribué sans preuve à Villon.
Pour les genres comiques cultivés au moyen âge la Renaissance ne marquera pas, comme pour les miracles et les mystères, une brusque solution de continuité : la moralité deviendra la comédie de mœurs et de caractère ; la soltie se transformera en comédie politique et sociale ; la farce subsistera telle quelle jusqu’à Molière et bien après lui ; le monologue lui-même reparaîtra dans les vingt-cinq dernières années du xix® siècle.