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D'après ces relevés, on voit que notre marine marchande à vapeur a augmente de 68 646 tonneaux depuis 1896, pendant que la marine à vapeur de TAngloterre s'est accrue do 260 997 tonneaux et celle de TAllemagne de près de 140 ()(K) tonneaux, en y comprenant les navires vendus par ses chantiers aux Japonais et à d'autres nations.
A côte de la marine à vapeur moderne, il existe une marine à voiles moderne.
Le mot de voilier ne doit pas évoquer l'idée du pauvre navire en bois qui naviguait il y a trente ans, car on est arrivé à perfectionner le navire à voiles au point de le rendre totalement différent de celui d'autrefois.
Grâce à l'emploi du fer et de l'acier, on a pu donner aux navires des formes et des dimensions inconnues il y a encore peu d'années. Grâce h l'emploi des
moteurs auxiliaires à vapeur manœuvrant les voiles, les guindeaux, les treuils, etc., il s'est créé un type de voiliers nouveaux n'ayant de commun avec l'ancien voilier que l'emploi du vent comme propulseur.
Ce voilier a sa place marquée dans les transactions maritimes modernes, et les vapeurs ne peuvent lui disputer avec avantage certains transports à grande distance. Aussi, constatons-nous que, depuis 1890, il a été construit en Europe plus de 1 million de tonnes de grands voiliers en acier, La plupart de ces navires ont été construits en Angleterre, pour le compte d'armateurs anglais.
La proportion des voiliers construits en Angleterre seulement a atteint t'I p. 100 en 1891 et ^4 p. 100 en 1892.
Depuis 1881 jusqu'à ce jour, il est sorti des chantiers européens plus de 2 200000 tonnes de navires à voiles en fer ou en acier représentant un capital de 600 millions environ.
Les Allemands sont tellement persuadés que la marine à voiles moderne a sa place marquée dans les transactions maritimes, qu'ils s'efforcent d'augmenter et d'améliorer leur flotte à voile tout aussi bien que leur matériel à vapeur.
(( ... Les armateurs de Hambourg s'attachent sans cesse à maintenir leur matériel au niveau des nécessités modernes et quelques changements très considérables ont été effectués l'année dernière dans la composition de la flotte. Un certain nombre de navires, dont plusieurs à peine âgés de quelques années, ont fait place à des types plus nouveaux, plus granîds et plus perfectionnés.
52 NOTRK MARINE MARCHANDK
« C'est n'uxui qiio durant l'aniiéo, 2i voiliers et 32 steomer* uiit été éliminée, et ce vide a é\é comldé et plus que compensé par de nouveanx tonnages consistant eu il nnvircs à voiles cl 37 steamers '. »
Au mois de juin dernier, lors de la visite faite en Allemagne par la Société des Naval Architects anglais, le président de la Chambre de Commerce de Hambourg no s'est pas borné à montrer à ses hAlcs les grands progrès accomplis par la marine à vapeur allemande, il s'est occupe nussi de la marine q voiles. Il a tenu à énumérer les principaux voiliers construits durant ces dernières années dans les chantiers allemands et il n'a pas manqué de faire ressortir les succès obtenus dans ce pays pour ce genre de constructions.
11 est donc bien évident (|ue si, d'une part, les armotcurs du plus grand port du continent s'attachent à perfectionner leur marine à vapeur, ils comprennent aussi l'importance et In ni-cessité d'avoir une marine à voiles, puisque, lorsque des vides se produisentdansleurmatérielàvoiles, ils les comblent non point avec des vapeurs, mais avec des voiliers mieux condiliunnés.
En ne prenant que les navires ù voiles en fer ou en acier de 1000 tonneaux de jauge nette et au-dessus, '■"i représentent la vraie marine à voiles moderne, llemogne, en 1891, possédait 120 navires de cette égoric jaugeant ensemble 160306 tonneaux, depuis, nos voisins sont arrivés à accroître cette
flotte de telle sorte qu'elle se compose aujourd'hui de 202 navires jaugeant ensemble 311742 tonneaux.
Qu'avons-nous à opposer à ce dernier chiffre? Malgré le développement de la construction des grands voiliers, il n'existe chez nous actuellement que 49 grands voiliers en fer ou en acier jaugeant ensemble 73793 tonneaux.
Si quelques voiliers ont pu être construits en France depuis 1893, c'est grâce aux concessions spéciales et momentanées de nos grands chantiers, qui, avant 1893, demandaient un supplément de 73 p. 100 sur les prix pratiqués en Angleterre et ont accepté depuis lors un certain nombre de commandes, en réduisant l'écart à 34 p. 100.
Si élevé que puisse paraître encore cet excédent de prix, quelques armateurs ont consenti à le payer en vue d'obtenir la prime de navigation qui leur permet d'espérer la compensation des efforts qu'ils tentent en faveur de l'industrie nationale.
Mais, malgré la prime de construction de 65 francs par tonneau qu'ils reçoivent de l'Etat, nos grands chantiers déclarent aujourd'hui que les voiliers dont ils ont entrepris la construction leur font éprouver des pertes considérables. Et ce n'est plus avec un écart de 34 p. 100, mais bien de 70 à 75 p. 100 que l'un d'eux se déciderait à accepter des commandes de voiliers pour l'avenir.
Il nous paraît inutile d'ajouter que de semblables conditions rendront difficile toute nouvelle construction de navires à voiles en France.
Des chiffres indiqués tout à l'heure, il résulte que, si le tonnage de grands vapeurs est inférieur à celui
de rAllcmngne de 31 p. 400, celui de nos grands voiliers lui est inférieur de 74 p. 100. Cette comparaison est peu flatteuse pour nous; mais, que dire de la situation qu'occupe Tensemble de notre marine h voiles, parmi les autres flottes à voiles du monde?
Le Bureau Veritas, qui compte dans ses statistiques les voiliers à partir de 50 tonneaux de jauge, nous attribue le huitième rang. L'administration du Lloyd, qui ne compte que les voiliers de 100 tonneaux et au-dessus, nous reporte au neuvième rang, immédiatement avant la Grèce que nous dépassons à peine d'un millier de tonnes.
Un grand effort vient d'être fait par les armateurs français pour remédier à ce déplorable état de choses.
Si, après s'être augmentée de quelques navires qui sont actuellement sur chantiers, notre marine à voiles est encore bien loin d'atteindre un tonnage important, nous aurons au moins la satisfaction de constater qu'elle se sera transformée en remplaçant ses vieux navires en bois par quelques grands et solides navires pouvant se comparer aux plus beaux échantillons des marines étrangères.
Mais cela ne suffit pas et, sans espérer que notre marine h voiles puisse arriver à égaler la marine anglaise, quinze fois plus importante que la nôtre, ce n'est pas trop prétendre que de vouloir lui rendre le rang qu'elle a si longtemps occupé, et qu'elle n'aurait jamais dû perdre.
La nécessité de développer notre matériel à voiles nous est imposée non seulement par l'exemple de ce qui se passe chez nos voisins, mais encore par Tavau-
tage qu'il y aurait à nous affranchir du pavillon étranger pour nos propres transports.
Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que, si notre commerce de long cours par vapeur est couvert dans une proportion de .34 p. 100 par le pavillon français, celui-ci ne participe que pour 14 p. 100 dans le commerce de long cours de la France effectué par des voiliers.
Nous ne supposons pas que la marine de guerre puisse être amenée un jour à revenir Aux navires à voiles comme instruments de combat. Mais nous attachons un grand prix h l'utilité des voiliers pour rentretien de la réserve de l'armée de mer.
Si la marine de guerre actuelle a besoin de chauffeurs et de mécaniciens, elle a besoin aussi de nombreux marins éprouvés, habitués à toutes les fatigues, à tous les dangers de la mer et prêts à tous les .sacrifices.
Nous n'entendons certes pas dire que ces hommes ne peuvent pas se former à bord des vapeurs, mais il est indéniable que la navigation h voiles de long cours est, infiniment mieux que la navigation à vapeur, la véritable école des hommes de mer.
Le Bureau Veritas a publié, pour 1895, la statistique du nombre et du tonnage net des Jiavires à Abolies, jaugeant 50 tonneaux et au-dessus, ainsi que celle du nombre et du tonnage brut des navires à vapeur, dont la jauge nette est de 100 tonneaux et au-dessus. En consultant ces tableaux, on verra le rang occupé par notre marine à voile et par notre marine à vapeur,
Navires & vapeur.
Vapeurs (Tune jauge supérieure à 100 tonneaux.
PAVILLON
NOMBRE
TOHt
Brut