‹ Notre marine marchandeChapitre 30 sur 83 · LÉGENDE · texte numérisé non relu

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Le graphique C, ci-contre, est relatif aux frais d'exploitation, pour un voyage aller et retour à New- York, et à la durée des traversées pour diverses vitesses:

Quel peut être le véritable rôle des paquebots postaux comme croiseurs auxiliaires en temps de guerre?

A plusieurs reprises, et surtout à l'occasion du renouvellement de la concession des services postaux, cette question a été longuement traitée à la tribune de la Chambre. Le jeune et éloquent député de Nice, M. Raiberti, demandait avec insistance que la vitesse des paquebots postaux atteignît au moins 23 ou 25 nœuds et définissait ainsi le rôle du croiseur auxiliaire : (( Forcer les blocus, porter les dépêches, établir des communications rapides entre la métropole et les colonies, transporter les troupes, ravitailler les ports, servir d'éçlaireurs à la marine de guerre, faire la course aux paquebots de commerce des nations ennemies, enfin combattre les similaires ».

La tâche imposée par M. Raiberti aux croiseurs auxiliaires n'est pas mince et les observations que j'ai pris la liberté de lui présenter ainsi qu'à M. Pichon, député de Brest, ont été singulièrement fortifiées par les événements récents de la guerre hispano-américaine.

Nous croyons qu'il convient de n'avoir qu'une con-

fiance très relative dans les paquebots armés en croiseurs auxiliaires comme navires de combat. Quelque excellent que soit un croiseur de cette nature, dès rinstant qu'il se trouvera à portée du plus ordinaire cuirassé ou croiseur protégé, il ne tiendra pas cinq minutes et un seul obus bien pointé le coulera ou le mettra tout au moins dans un tel état d'infériorité, qu'il sera fatalement capturé.

La vitesse ne peut donc leur servir que pour s'éloigner le plus rapidement possible des cuirassés ou des croiseurs protégés ennemis, dès qu'ils les aperçoivent; mais, pour cela, ils n'ont pas besoin de filer 25 nœuds, et même nous n'bésitons pas à soutenir que les dimensions exagérées qu'entraînerait cette vitesse seraient une entrave sérieuse pour les services réels qu'ils sont appelés à rendre.

Nous admettons très bien que les croiseurs auxiliaires peuvent servir au mouvement des troupes; mais nous espérons fermement qu'un ministre de la marine n'osera jamais embarquer 12 à 1500 hommes à bord d'un croiseur auxiliaire, pour les faire transporter sur un point quelconque, en laissant à ce bâtiment le soin de se défendre par ses propres moyens, en cas d'attaque. Il le fera convoyer ; il l'encadrera de navires de guerre qui seront à même de le protéger au besoin. Agir autrement serait une imprudente folie.

Quant au ravitaillement des ports, il faut pour cela que les croiseurs auxiliaires puissent y pénétrer. Or nous désirerions savoir dans quel port entreraient des navires de 200 ou 215 mètres de longueur. Nous voyons Brest et Cherbourg dans l'Atlantique, Toulon et Mar-

seille dans la Méditerranée; nous n'en connaissons pas d'autres. Ce serait là un grave inconvénient; car non seulement ces navires doivent pouvoir ravitailler le plus grand nombre de ports possible, mais ils doivent songer à se ravitailler eux-mêmes et se radouber. Encore convient-il de remarquer, en effet, que les croiseurs rêvés par MM. Raiberti et Pichon ne trouveraient de forme de radoub h leur dimension que dans les ports de guerre, c'est-à dire sur les points de notre côte qui seraient forcément les plus surveillés par l'adversaire et où il serait le plus difficile de pénétrer.

Nous en arrivons à la guerre de course contre les bateaux de commerce, et c'est en cela, à notre avis, que le croiseur auxiliaire doit jouer le rôle le plus efficace. Nous savons bien que la course a été abolie par le traité de Paris; mais si la fatalité voulait que nous fussions en lutte avec une nation maritime, notamment avec l'Angleterre, dont la supériorité est écrasante, il est bien certain que nous n'aurions d'autre moyen de combattre et de hâter la fin de la guerre qu'en faisant à son commerce le plus de mal possible. Il faudrait, avec notre flotte commerciale à vapeur, renouveler d'une façon beaucoup plus complète, ce que nous avons tenté avec notre marine à voiles dans la guerre de Sei)t Ans, ainsi que nous l'indiquions au début de ce livre.

Pour compléter ce court exposé sur le rôle des croiseurs auxiliaires, nous donnons deux tableaux sur lesquels sont notées les vitesses des croiseurs de guerre les plus rapides de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie ainsi que celles des croiseurs auxiliaires des mêmes nations.

TABLEAU A. — Vitesses des croiseurs les plus rapides.

BANO

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