SITUATION TOPOGRAPHIQUE
La vallée de l'Ottawa s'étend toute en arrière de Montréal et de plusieurs autres districts des plus riches et des plus populeux de la province. Enumérons ceux de Joliette, de Terrebonne et d'Ottawa où se trouve Hull avec sa population de 15,000 âmes; énumérons l'île de Montréal et l'île Jésus ; les districts de Beauharnois et partie de ceux de Saint-Hyacinthe, d'Iberville et de Richelieu. Grâce aux différents chemins de fer construits sur la rive sud du Saint-Laurent, on peut dire que les cantons du Nord touchent à ces divers districts qui regorgent de population et doivent nécessairement établir quelque part le surplus de leurs habitants. Or toute cette région de Montréal et de l'Ottawa comptait en 1881 562,853 âmes réparties comme suit:
Tableau de la population de Montréal et des Comtés directement intéressés a la colonisation de la vallée de l'ottawa.
Comtés Population (1881)
Pontiac 19,934
Ottawa 49,422
Argenteuil 16,042
Deux-Montagnes 15,856
Terrebonne 21,892
Laval 9,462
Jacques-Cartier 12,345
Bochelaga 40,079
Montréal 140,747
Monlcalm 12,966
L'Assomplion 15,282
Vaudreuil 11,485
Soulanges 10,220
Beauharnois 16,005
Napierville 10 511
Saiiil-Jean 12,265
Ibervill^i 1 i,459
Ghambly 10,858
Verchères 12,449
Laprairie 11,436
Saint-Hyacinthe 20,631
Richelieu , 20,218
Rouville 14,459
Jolietle 21,988
Berthier , 21,839
Total 562,853
Où peut se déverser cette population ? Où va-t-elle s'établir aujourd'hui? nous parlons de ceux qui veulent rester au pays et se fixer sur des terres, à côté de leurs compatriotes. Elle va au Nord, et de fait, il n'est pas un seul des comtés que nous venons d'énumérer qui n'ait envoyé là-bas son contingent plus ou moins considérable de courageux colons.
La vallée de l'Ottawa est donc naturellement désignée comme le réceptacle, le domaine, le back-country, réservé à une population actuelle de près de 600,000 âmes, soit près de la moitié de la population de notre province.
Nous considérons comme vains ou à peu près infructueux, eu égard à l'énormité des sacrifices que l'on s'impose, les efforts faits à différentes reprises pour ouvrir à la colonisation des contrées perdues dans les profondeurs de la forêt, loin de tout centre d'affaires et de population de quelque importance , qui puisse fournir jour par jour des hommes et des secours pécuniaires aux jeunes colonies.
Or, sous ce rapport, où va-t-on trouver, dans la province,
dans le Dominion même, une région à coloniser qui soit mieux située que la vallée de l'Ottawa, qui soit plus à proximité des grands centres, populeux, prospères, entièrement développés et ressentent chaque jour la nécessité de diriger vers les nouveaux établissements le trop plein de leur population ?
Aussi le mouvement vers le Nord loin de diminuer, comme certains élans passagers, fort en vogue à périodes déterminées, augmente-t-il continuellement et trouve-t-il chaque jour un aliment plus considérable et plus empressé de s'emparer des nouvelles terres. Et n'étaient-ce les difficultés des communications pour tout le monde et l'impossibilité absolue pour la classe pauvre et travailleuse, pour les gens de peine, de se rendre si loin, sans ressources, alors que le coût des transports s'élève à une somme exorbitante, nous verrions avant une dizaine d'années, tous ces cantons se couvrir d'habitations, à l'instar des cantons de l'Est et former autant de jeunes paroisses aussi pittoresques que florissantes et mouvementées.
Ce ne sont pas les colons qui manquent au pays, au gouvernement soucieux d'établir nos territoires inhabités, ce sont les voies de communications, je ne dirai pas faciles, on ne parle pas de cela, (les beaux chemins sont un luxe à peu près inouï en colonisation, de ce côté-ci au moins du pays), mais je dirai possibles; ce sont les chemins qui manquent aux colons.
Et ce chemin de fer que tant de vœux appellent, qui doit traverser tout le cœur de la vallée de l'Ottawa, devrait être fait déjà jusqu'à la Ghute-aux-Iroquois. L'on compterait vingt paroisses de plus dès aujourd'hui et vingt autres dans cinq ans, tant le foyer alimentateur de la colonisation du Nord regorge d'éléments qui ne demandent qu'à se fixer et qui restent à l'état mobile ou plutôt nomade, qui restent par conséquent perdus pour notre pays, parce que le champ de colonisation, le siège de leur habitation agricole, n'est pas prêt à les recevoir.
Ce fait est grave et déplorable : nous le livrons à la médi«
tation de nos hommes publics et aux organes de notre grande presse appelée à former l'opinion dans le sens le plus favorable au développement de la province. Nous prions les uns comme les autres d'y songer sérieusement, s'ils veulent penser à autre chose qu'au vain travail de partisannerie outrée et aux stériles efforts qu'engendrent nos divisions intestines au dépens des labeurs pratiques qui font seuls marcher et grandir les pays.