DEPUIS
Les progrès de la colonisation dans le nord de la vallée de l'Ottawa sont la meilleure preuve de l'excellence des terres et des avantages incontestables qui résultent de leur établissement ; ils confirment 1e la manière la plus éloquente les témoignages de tant d'hommes importants qui ne cessent de dire à notre population : u Allez au Nord, établissez-y vos familles ; vous êtes à l'étroit dans les vieilles paroisses, le prix des terres est si élevé que vous ne pouvez entretenir l'espérance d'en acquérir pour vos enfants. Allez dans ce vaste pays, où le terrain s'achète pour une somme ridiculement modique ; vous aurez là de l'espace devant vous, des terrains riches et étendus, couverts de bons bois de chauffage et de menuiserie, arrosés par des sources et des ruisseaux nombreux et intarissables ; des terrains qui ne demandent que du travail et de l'intelligence pour vous rendre au centuple ce que vous leur confierez."
Les colonisateurs du Nord ne trompent personne et si tout ne réussit pas merveilleusement à chaque colon, c'est que le colon ne met pas toujours dans ses travaux la patience, les efforts de bras et de raisonnement surtout, que toute personne doit déployer si elle veut énergique ment se créer une position dans une carrière quelconque.
Voyez le prompt établissement des cantons du Nord ouverts plus spécialement par les soins du curé Labelle ou à la suite du mouvement inauguré par lui. Voyez leur rapide, leur prodigieux développement. En 1875, le bout du monde était Sainte-Agathe, du côté de la rivière du Nord ; on connaissait peu le haut de la Rouge et le cours supérieur de la Lièvre n'était guère fréquenté que par les hommes des chan-
tiers ou des grandes métairies possédées par les marchands de bois.
Aujourd'hui nous trouvons Doncaster et Lussier à Test, et à l'ouest, sur la Rouge, Wolfe, Salaberry, Howard, Arundel, Amherst, Clyde, Joly, Marchand, qui sont déjà tous organisés en municipalités scolaires et de paroisse ; en voie d'organisation ou d'établissement nous voyons Wentworth, Harrington, Ponsonby, Addington, Labelle, Minerve, Loranger, Mousseau et Lynch ; Lesage et Fontaine n'attendent qu'un chemin carrossable pour s'établir ; Archambauit, près de Sainte-Agathe, se développe rapidement ; des colons sont établis non seulement sur le chemin Ghapleau, entre la Chute-aux-Iroquoiset le lac Nominingue, espace où se trouve situé le nouveau canton de Montigny, mais encore sur le chemin du même nom qui est ouvert jusqu'à la Lièvre depuis près de deux ans. Tout autour de la ferme McLaren, M. Benoit, ex-député aux Communes, a fondé, en 1884, un établissement considérable qui est devenu la propriété des MM. Bock, ci-devant de Sainte-Anne des Plaines. Du point d'intersection de la Kiamika avec la Lièvre, les colons se sont échelonnés sur les deux rivières jusqu'à plus de trente milles vers le nord où le dernier poste est occupé par M. Victor Fortier, (Je Sainte-Adèle, et ses courageux enfants.
Tous ces progrès généraux ont été réalisés dans l'espace de quelque douze ans, sans compter les institutions des RR. PP. Jésuites, de Nominingue, et des RR. PP. de la Compagnie de Marie qui ont fondé à Wentworth une maison appelée à jouer un rôle dominant dans le Nord au triple point de vue de la religion, de l'agriculture et de l'éducation des orphelins.
Mais que d'obstacles qui semblaient insurmontables, n'at-il pas fallu renverser ? Ceux qui ont suivi le mouvement de près peuvent seuls le dire.
Par quels chemins a-t il fallu pénétrer dans la forêt, et une fois sur les lieux, que d'ennuis, de misères n'a-t-il pas fallu surmonter ?
M. Victor Dufort, de Montréal, aidé par sa courageuse
mère et par son frère, entrepreneur distingué, avait établi sur la Kiamika un superbe moulin qui était prêt à marcher au printemps de 1387, quand une terrible débâcle, secondée par la multitude de billots des chantiers, est venue tout emporter. Que l'on demande à M. Dufort ce qu'il a fallu de courage, d'énergie, pour bâtir un moulin à quarante lieues de Saint-Jérôme ! Cet accident a porté un coup sérieux à la colonie fondée par M. Benoit, qui toutefois s'en relève fièrement; les colons ne cessent d'arriver à ce pays lointain mais doté de tant d'avantages naturels que l'on a dit, avec raison, que l'endroit où la Kiamika se jette dans la Lièvre serait avant longtemps le centre, le cœur de la colonisation pour le bassin de ce grand affluent de l'Ottawa.
Le chemin que l'on est actuellement à ouvrir de Papineauville au lac Nominingue, longeant les limites-est de Ripon et traversant Hartwell — deux cantons entièrement établis — va coloniser tout à fait Preston qui possède déjà un établissement assez florissant, grâce au zèle de M. l'abbé Thérien, chapelain de la Maison de Réforme de Montréal. Ce chemin va ouvrir, en outre, nous assure-t-on, Fontaine situé à l'est de Labelle, la plus grande partie de Labelle môme, Lesage et le territoire encore innommé qui s'étend du côté ouest de Preston, de Fontaine et de Lesage. L'élan est donné partout sur ce nouveau chemin qui se trouve même dépassé par l'ardeur des colons à s'établir dans cette fertile région. Cette route sera terminée en septembre prochain et l'on nous rapporte qu'à l'automne un rang double de colons sera établi sur tout son parcours, soit sur une étendue de soixante milles au moins. Nous souhaitons vivement que cet espoir ne soit pas trompé et que ces magnifiques résultats récompensent le zèle du bon Père Nolin, S. J., qui est le principal promoteur de l'ouverture de cette grande artère de colonisation.
Ce que nous citons là sont autant de faits que chacun est à même de vérifier sur les lieux et qui prouvent sans conteste que le mouvement vers le Nord delà vallée outaouaise n'est pas le fruit d'un engouement passager, soulevé par l'enthousiasme d'un apôtre et alimenté par quelques dé-
sœuvrés qui ne savent trop que faire de leur personne ; mais qu'au contraire, c'est un élan vers la forêt qui se maintient régulièrement et augmente chaque jour en rapidité et en expansion au lieu de diminuer. C'est un mouvement raisonné qui entraîne les hommes les plus considérables de notre agriculture, de notre politique, de nos professions, de notre clergé. Qu'il suffise de nommer ici, les Benoit, les Beaubien, les Massue, tous membres du Conseil d'agriculture de notre province ; les honorables MM. Chapleau, Caron (Sir A. P.) et Lacoste ; MM. Tassé, Brisson, de Bellefeuille, Rodier, Mousseau, etc., etc. ; les RR. PP. Jésuites, les RR. PP. de la Compagnie de Marie ; MM. les abbés Labelle, Oendreau etThérien, de fait tous les missionnaires résidents qui sont autant de colonisateurs ardents et dévoués. Pourquoi ne pas ajouter aussi les noms des archevêques de Montréal et d'Ottawa et de Mgr Lorrain qui ont pris cette cause en main et la dirigent eux-mêmes avec un dévouement qui rappelle la sollicitude des évêques fondateurs de la Nouvelle-France 1
Et ce mouvement prend son point de départ, sa source d'alimentation non-seulement dans les districts appartenant à la vallée de l'Ottawa, dans les comtés du Nord, mais encore et dans une très large mesure, dans les paroisses du Sud, dans les comtés agricoles du Saint-Laurent, dans les cantons de l'Est et jusque dans les villes manufacturières de la Nouvelle-Angleterre : voilà l'aire qu'il embrasse, voilà jusqu'où il pousse ses vigoureuses ramifications.
Et pourtant pas de chemins de fer, à travers et par delà les Laurentides ; pas même de commuuications possibles, dirons-nous, pour le pauvre désireux de s'établir, car il faut se rappeler qu'il en coûte $2.00 par cent livres pour le transport des marchandises et des provisions, de St-Jérôme au Nominingue, et près de $4.00 à la Kiamika 1 1 Ne sont-ce pas là des frais au-dessus des moyens de la classe pauvre, même des gens à l'aise ?
Eh bien 1 malgré tout on colonise dans le nord de l'Ottawa et on colonise aussi rapidement sinon plus rapidement que dans toute autre région de la province. La chose serait-elle
possible, si ce pays ne présentait pas des avantages incontestables, immédiats, de la plus haute valeur pour le présent, avec des gages indiscutables de bien-être et de fortune même pour l'avenir ?
Que ceux qui s'occupent de colonisation veuillent bien réfléchir sur $e qui précède et ils y découvriront le plus fort plaidoyer qu'il soit possible de présenter en faveur de l'établissement des cantons du Nord : cause très bonne, excellente, mais qui a toujours besoin d'être défendue contre ceux qui ne connaissent pas ce territoire immense et d'une richesse inépuisable, que l'on méconnaît depuis trop longtemps et qu'un bon nombre de nos compatriotes même ont dédaigné, sinon méprisé, avec une obstination inexplicable, souvent même, nous rougissons de le dire, avec une mauvaise volonté et un acharnement trop systématiques pour ne pas être intéressés et souverainement condamnables.
En résumé nous demandons à tout esprit sincère ce qu'il eût été possible de faire avec de bonnes et promptes voies de communication quand on a reculé les défrichements avec autant de succès et en si peu de temps, dans ces nouveaux cantons, à l'aide du canot, dans de mauvais chemins, souvent même à pied, à travers la forêt vierge, les monts, les précipices, les lacs et les marais bourbeux, les savanes sombres et embarrassées. Que l'on pénètre une bonne fois dans ce pays, à l'aide de la locomotive et des grands convois de voitures chargées en allant de provisions à bon marché, de voyageurs et d'explorateurs, et à leur retour, emportant le bois, les récoltes, les produits de l'industrie pour lesquels les nouveaux colons toucheront de suite le prix de leurs labeurs, et l'on verra à quels résultats on peut arriver dans le défrichement et la colonisation d'une région vaste comme une province, remplie de richesses agricoles, forestières et minières, et située le plus avantageusement possible en arrière des centres les plus riches et les plus populeux du Canada.
C'est bien à ces trois conditions d'étendue, de richesse et de situation avantageuse, que se rattachent les garanties dô
succès de toute colonisation sérieuse et durable et c'est grâce à ces trois conditions qui se trouvent éminemment toutes réunies ici, que la vallée de l'Ottawa a pu voir se réaliser les progrès existants et qu'elle va devenir le champ le plus actif de colonisation de toute la province, peut-être même de tout le Dominion, si un chemin de fer la traverie à partir de Saint-Jérôme, en montant jusqu'à la Ghute-aux-Iroquois et de là, vers l'ouest, jusqu'au lac Témiscamingue.
Nous allons dire un mot maintenant des trois conditions d'établissement que nous venons d'énumérer.