L. Massue, directeur
M. Laurent, "
Dr T. A. Brisson.
P. S. Murphy.
Arthur Fiset.
G. A. Nantel, M. P. P.
M. E. Rodier est le secrétaire de la compagnie. L'exploration préliminaire a été faite par M. Vannier jusqu'à la Chute, en 1885 et 1886. La localisation définitive du tracé et les plans et profils ont été terminés sur un espace de trente milles, jusqu'à Ste- Agathe, par MM. Harris et Garden. Ce dernier vient de recevoir instruction de pousser la localisation finale jusqu'à la Chute aux Iroquois. Plus de 80,000 traverses de chemin de fer sont coupées actuellement dont 40,000 sont déjà livrées à la compagnie en outre d'une quantité considérable de bois long consistant en pilotis pour ponts, poteaux de télégraphe et de clôture. Bref, plus de $60,000.00 ont déjà été dépensées sur la ligne dont les travaux de terrassement seront commencés cet automne ou de bonne heure au printemps pour se poursuivre activement jusqu'à leur parachèvement.
Les subsides des gouvernements, l'énergie, le travail des directeurs, l'influence considérable dn président, la bonne volonté des municipalités qui seront prêtes au besoin à faire leur part de sacrifice, mais surtout l'habileté consommée et l'expérience du constructeur, ses relations d'affaires, le crédit dont il jouit si légitimement dans le monde des chemins de fer, tout nous dit que la ligne sera terminée dans une couple d'années sur toute sa première section, c. a. d. jusqu'à la Chute aux Iroquois.
Puis, le bien incalculable que fera ce premier tronçon ; l'essor, qu'il imprimera à la colonisation de la Rouge, de la Nation, de la Lièvre, vont faire désirer la poursuite immé-
diate du projet jusqu'à Noire-Dame du Désert ; et, rendu là, le pays sera si beau, si fertile, ses progrès si rapides ; grâce aussi à la construction du chemin de la Gatineau qui doit se rendre au nôtre, il y aura tant d'impulsion dans le nord de l'Ottawa du côté du Témiscamingue qui nous donnera la main, que le reste du chemin se complétera avant longtemps, non plus à travers un pays sauvage et inhabité, mais au milieu d'une superbe région de terre où depuis longtemps auront pris pied les intrépides avant-gardes de la colonisation.
Voilà comment les choses devront se passer, chez nous, si nous voulons imiter nos entreprenants voisins. Quoiqu'il en soit, tout concourt pour activer cette entreprise ; c'est la seule qui nous reste digne d'absorber le travail et les efforts de la nation, à la suite du Grand-Tronc, de l'Intercolonial, du Pacifique, de la Rive-Nord, du lac St-Jean. Les besoins immédiats de la colonisation l'imposent aux gouvernants, et comme cette œuvre est nationale,tout le monde, gouvernants comme gouvernés, se concertera pour en assurer l'accomplissement immédiat.
Le commerce, sans nul doute, tirerait grand profit de la construction de ce chemin, car il ne faut pas oublier que cette voie, se rendant au Nord-Ouest, par le nord du lac Témiscamingue, vient en ligne droite à Montréal, et qu'en passant au nord du Nepigon, on évite un immense pays sauvage, inculte, des plus ingrats qu'il soit possible de voir, pour pénétrer jusqu'à la capitale du Manitoba par un pays des plus propres à l'agriculture. C'est bien de ce côté qu'est la route de l'Ouest que l'on a méconnue lors de la construction du Pacifique au grand détriment de la compagnie ellemême et de l'expansion des nouvelles colonies depuis Matawan. En effet, voici ce que nous lisions de ce pays, dans un journal fort au fait de toutes ces questions, le Colonisateur Canadien :
" Tout le pays que traverse le Pacifique sur ce parcours, entre Montréal et Winnipeg, est ce qu'il y a de plus propre à donner une impression peu
favorable au voyageur. On peut dire que depuis Nipissing, dans Ontario, jusqu'à l'entrée dans Manitoba, on ne voit que des savanes et des rochers. /On se demande : où sont donc ces belles prairies dont on parle tant ? Nous avons rencontré plus d'un voyageur qui faisait l'aveu de son désappointement en descendant des chars à Winnipeg."
La véritable route de l'Ouest est donc dans la direction de notre chemin. Pour le moment c'est un fait de peu d'intérêt peut-être, mais attendons quelques années et il s'en déduira naturellement, par la force des choses, des conséquences pratiques plus considérables qu'on ne voudrait le croire aujourd'hui. Notre Nord-Ouest, à nous de Québec, c'est la vallée de l'Ottawa, c'est la voie pour pénétrer plus loin, mais j>ar laquelle, auparavant, il faut passer, si l'on veut fonder un 'mouvement de colonisation sérieux, efficace qui se fasse sentir jusqu'à Winnipeg, et que l'on puisse soutenir efficacement ici.
Quelle force nous aurions si, en inclinant plus au nord que le Pacifique et en enfonçant plus avant que les limites de la province, vers l'ouest, nous créeiions une route commerciale traversant un pays uniquement habité par les nôtres, jalonné ça et là, par espaces réguliers, de groupes homogènes, vigoureux, capables d'envoyer de ce centre d'action, des essaims un peu partout, au nord et au sud, de Montréal jusqu'à Winnipeg. C'est peut-être là que nous trouverions un jour les forces de résistance qui nous sauveront; ce sera peut-être là notre boulevard, la charpente osseuse, la colonne vertébrale de notre corps national, si nous pouvons emprunter à l'anatomie une expression qui nous paraît propre à figurer ce qui doit durer, résister plus longtemps chez nous et servir en même temps de lien de cohésion, de trait d'union, un jour, entre la mère-patrie qui sera la Province de Québec et les nombreuses colonies qu'elle fonde déjà au Nord-Ouest et qu'elle devra fortifier plus tard, quand elle sera maîtresse de son sol et que son existence à ellemême ne pourra plus être jamais menacée.
Mais passons légèrement là-dessus, de crainte de blesser des oreilles chatouilleuses et toujours prêtes à percevoir des
— Oi-
sons menaçants pour les fils de la fière Albion, quand nous ne faisons après tout que nous entretenir de nos légitimes espérances et exposer des droits au sol qui existent pour les Canadiens-Français aussi bien que pour les autres habitants de ce pays. Pourquoi ceux de notre sang ne seraient-ils pas conviés eux aussi à prendre leur part de ces riches dépouilles du Nord-Ouest que l'on offre aujourd'hui en partage an monde entier?
Mais quels sont les moyens de réaliser ce vaste projet, dira-t-on ?
C'est toujours la question qu'il convient de se poser avant toute autre, pour les esprits timorés comme pour les caractères les plus fièrement trempés. C'est la question que la province s'est posée bien des fois avant de se lancer dans de grandes entreprises ; c'est la question que le Dominion se posait également en 1872, lorsque l'on discutait le projet de notre Transcontinental. Les uns ne voyaient aucun moyen de réussite, les autres n'entretenaient aucun doute.
" Donnez quelque argent, disaient ces derniers, et surtout de vos terres dont la quantité se chiffre par millions d'arpents et qui ne vous produisent rien aujourd'hui, ne font rien autre chose que nourrir le buffalo, le chien de prairie et quelques peuplades sauvages. Le chemin bâti, ces prairies immenses se peupleront, vos terres prendront un accroissement de valeur énorme, le gouvernement comme la compagnie s'intéressant à titre égal à leur colonisation, à leur développement."
Ce fut ainsi fait. Et dans le cours de moins de quinze ansr l'oeuvre colossale a été accomplie ; le gouvernement ne s'en porte que mieux ; il paie partie des intérêts sur ses avances de fonds à même la vente des terres, et le reste, il le trouve dans l'augmentation du trafic qui lui paie des redevances de douanes et l'accroissement de la population qui consomme d'autant plus de matières sujettes aux mêmes droits. Et cette
entreprise fait du Canada un tout compact, uni, grandiose, attirant les regards émerveillés de l'Europe en môme temps que le commerce incalculable de l'Asie chinoise et du Japon.
Qui va se désoler de cette politique énergique, audacieuse même de progrès? Personne ; au contraire, les ennemis les plus ardents de l'entreprise, en 1872, sont devenus ses plus entiers admirateurs.
Il s'agit maintenant, pour nous de la Province de Québec, d'ouvrir notre nord-ouest,à nous. Faisons sur un champ plus restreint ce qu'a fait le Dominion avec un territoire presque sans limites.
Donnons quelque argent à la compagnie, comme il a été fait pour la section de St-Jérôme à la Chute aux Iroquois et puis concédons-lui des terres surtout ; que ces terres soient divisées par lots alternatifs, le gouvernement s'en réservant le premier sur deux. Le chemin de fer passant à travers cette région, l'on verra de suite ces précieuses propriétés situées dans la plus belle partie de la province, en arrière de Montréal et d'Ottawa, se vendre de $1.00 à $4.00 l'arpent. Quel bénéfice ce sera même pour le trésor provincial !
Et les arpentages, dira-t on ?
Qu'ils soient faits à frais communs par la compagnie et le gouvernement, et payés en fin de compte, avec le prix d'achat par le colon concessionnaire lui-même. Pour chaque colon ce sera une bagatelle, mais toutes ces bagatelles réunies formeront un montant considérable dont le gouvernement n'a pas le moyen d'encourir la dépense immédiate, ce qui, jusqu'aujourd'hui, a fait la principale objection à la concession des terres de la Couronne aux compagnies de chemins de fer.
Le chemin bâti, la compagnie aussi bien que le gouvernement deviendra le principal agent décolonisation dè ce pays, à l'exemple du Pacifique canadien qui fait chaque année des dépenses énormes d'agence et de publicité pour attirer les émigrants au Nord-Ouest. Cette compagnie ne s'occupe guère de savoir si l'on est Anglais ou Français. Ce qu'il lui faut, ce sont des bras, des volontés pour ouvrir ses terres, des
bouches pour consommer et des bourses pour défrayer l'exploitation de sa ligne. En 1885, elle envoyait le curé Labelle en France et en Belgique. Aujourd'hui, elle a encore une ageace essentiellement française tenue par M. L. 0. Armstrong à Montréal.
Le Manitoba lui-même admet que la compagnie du Pacifique n'épargne rien, pour peupler le Nord-Ouest aussi bien de nos compatriotes que de gens étrangers à notre foi et à notre race. Pour elle, c'est une simple question d'affaires et non de sentiment.
Il en sera de même de la compagnie du Montréal et Occidental. Qu'on réussisse à la constituer sur des basses puissantes— et il faut qu'elle le soit en vue d'une entreprise de plusieurs millions de dollars — et l'on aura en elle le plus intéressé, le plus actif et le plus efficace des agents de colonisation.
L'initiative privée de nos concitoyens entreprenants devrait aussi faire quelque chose pour le succès immédiat de l'entreprise. Les actions de la compagnie sont de $10.00 chacune. Pourquoi craindrait-on d'y investir quelque placement à la portée de toutes les bourses? Un chemin de fer de cette étendue passant à travers des régions nouvelles, qu'il desservira sans compétition d'aucune sorte, offre les plus grandes chances de succès et de rémunération ; il renferme pour l'avenir les conditions les plus certaines d'une augmentation considérable de valeur d'année en année. Grâce aux généreux subsides des gouvernements le chemin coûtera une somme relativement peu élevée aux actionnaires, laquelle placée en première hypothèque sur la ligne devra nécessairement constituer des garanties avantageuses.
Dans tous les cas, la population d'Ottawa, de Montréal surtout, devrait voir cette entreprise d'un œil favorable, car elle ouvrirait à notre métropole un vaste champ de consommation qui devra s'approvisionner sur son marché. Deux cents à trois cents paroisses nouvelles, s'alimentant soit directement soit indirectement à Montréal, constituent de suite u*i
débouché comme peu de grandes cités en Amérique peuvent en avoir de plus considérable.
An point de vue de l'industrie en général, dans toute la province, sait-on bien ce que ferait l'établissement de la contrée la mieux boisée du Canada, nous le disons sans crainte de démenti, et l'une des plus favorisées sous le rapport des forces motrices, car on ne l'ignore pas, la vallée de l'Ottawa est coupée en tout sens par d'innombrables cours d'eau dont les chutes et les rapides, comptant quelquefois des centaines de pieds d'élévation, forment autant de pouvoirs hydrauliques incomparables par leur puissance et la facilité de leur mise en exploitation ?
Sait-on ce que contiennent ces millions d'acres de terres recouvertes de forêts épaisses où se disputent l'espace les grands ormes nerveux, les frênes pliants, les merisiers rouges, les érables piqués et comme travaillés à l'avance par le ciseau du sculpteur en bois, la plane ondée au tissu si fin, si poli, si recherché, le chêne aux teintes variées, le noyer aussi dur que la roche et dont nos carrosseries ne peuvent jamais suffisamment s'approvisionner?
Sait-on ce que pourraient donner, avec un chemin de fer, ces gisements de minerais divers qui existent un peu partout là-bas et dont la richesse n'est mise en doute par personne ?
Tous ces produits du sol et de la forêt ne sont-ils pas entièrement perdus pour le pays ? Ne sont-ce pas autant de richesses que nous laissons improductives, de ressources inertes que nous dédaignons chez nous, pendant que tant de nos compatriotes s'exténuent à en exploiter de semblables à l'étranger ?
Par le feu des forêts, ne perd-on pas chaque année tes milliers de dollars qui ne nous reviendront plus sous aucune forme ? N'est-ce pas là une mine qui s'épuise chaque jour, que pourtant chacun pourrait exploiter, qui renfermeUe bien-être, la fortune des colons, des industriels, mais dont
nous ne pouvons tirer aucun profit, car cette mine est cachée dans les profondeurs des bois, loin des marchés, inaccessible aux bienfaits de la civilisation.
Et l'on dira que le pays est pauvre, qu'il ne peut bâtir ce chemin de fer qui coûterait deux à trois millions quand le feu mis par le colon, seulement pour lé débarrasser de ces magnifiques bois à lui inutiles, même nuisibles, consume pour des valeurs peut-être égales à l'intérêt que nous paierions sur le coût du chemin tout entier!
L'exploitation de ces bois ne donnerait rien à la caisse publique, vous dira-t-on ?
Avec un chemin de fer qui en rendrait la vente possible, qui empêcherait le gouvernement d'exiger une certaine redevance pour ce bois tout comme pour le bois de pin et autres aujourd'hui ?
Et puis quels paysages/ quelles places d'été, quel pays de chasse et de pêche, ne trouve-t-on pas dans cette Suisse du Canada ?
Voyez ces montagnes pittoresques, couronnées de verdure, gardées par des bosquets touffus où reposent comme dans un gîte inviolable l'ombre et le frais éternels. Voyez ces lacs innombrables dont tout le pays est parsemé, avec les îlots verdoyants, les eaux limpides, où le canard provoque votre plomb meurtrier, où la truite énorme, le brochet monstre, le doré vorace tiennent en réserve tou-t exprès pour vous autant de vives impressions, de douces et pures jouissances que le cœur d'un pêcheur raffiné peut en contenir à> la fois.
^.Que de charmants séjours s'établiraient là-bas ! Que de paisibles et heureuses demeures, que de gais et souriants cottages se riveraient au bord de nos lacs, se colleraient, nouveaux chalets des Alpes, au flanc de nos montagnes, ou se détacheraient coquettement du sein des eaux, sur les îlots, à travers ces épaisses touffes de verdure si grassement
entretenue par nn sol fécond et surabondamment arrosé ! . Que de places d'été, recherchées par les amants de la belle et fraîche nature, s'établiraient sur nos grands lacs, si l'on pouvait s'y rendre commodément ! Que de touristes, que d'habitants fatigués fie nos villes passeraient là la belle saison, attirés par ces grands effets de la forêt vierge, par des montagnes à l'air pur et vivifiant, qui offrent à la vue des scènes comparables aux plus beaux panoramas que l'on recherche si avidement en Suisse et en Ecosse !
L'on croira peut-être que ces lacs dont nous parlons ne peuvent guères porter que le léger canot d'écorce ou la modeste embarcation du colon. Rien de moins vrai. Partout, dans cet immense pays du nord de l'Ottawa, vous trouverez de grandes, superbes et profondes nappes d'eau. La chaloupe à grande voile s'y balancera tout aussi bien à son aise que l'esquif à aviron, et le yacht à vapeur n'y sera pas plus déplacé que l'embarcation à double rangée de rames. Allez au Nominingue, aux lacs Maskinonge, Ouareau, Archambault, des Iles, du Poisson-Blanc, Long, Tapenagouang ou Grand-Lac, Piscatongue, et vous serez amplement satisfaits à moins que vous ne soyez trop difficiles. Dans ce cas, dirigez-vous vers le lac Victoria qui compte avec toutes ses ramifications ses 560 milles de superficie ; le lac Kepanee avec ses 250 milles carrés ou 92 milles en superficie ; le Granc-Lac qui a 30 milles du nord au sud ; le Temiscamingue, 330 milles ; le Kekabonga qui s'étend sur plus de 30 milles de longueur et trois ou quatre milles de largeur.
Que de gros poissons il doit y avoir dans toutes ces petites mers intérieures ! et que de grands palmipèdes à y découvrir et chasser !
Et toutes ces rivières qui arrosent l'immense contrée 1 Non seulement elles donnent l'humidité nécessaire à la culture de la terre, l'eau indispensable aux pâturages i des bestiaux, mais encore elles embellissent cette nature déjà si abondamment pourvue ; elles lui donnent un cachet de fraîcheur inaltérable qu'on cherchera vainement ailleurs. La rivière du Moine, la rivière Noire, la Goulonge, la Gati-
neau, la Lièvre, la Rouge, la Mattawin mériteraient le nom de fleuve par le volume de leurs eaux.
N'est-ce pas que ce pays, relié par un chemin de fer d'un bout à l'autre à nos grands centres de population, offrirait les retraites les plus recherchées aux amis de la belle nature vivante et isolée tout à la fois, libre du tumulte des grandes cités et des encombrements des stations d'eau à la mode de nos jours ?
Pourquoi aller si loin à la recherche des grands bois, des eaux fraîches, du gibier, de la pêche, quand on aura tout cela, à quelques lieues de Montréal, si, encore une fois, la locomotive rapide venait nous jeter, après quelques heures de voyage, sur le bord de nos lacs enchanteurs, sur le penchant de nos verdoyantes montagnes, au Nominingue, à la Montagne-Tremblante, au Mont-d'Argent, sur le lac des Mauves, des Longues-Pointes, à l'île Chapleau, au lac Minerve, ou encore sur la baie Provencher, le lac Decelles, à moins que l'on ne choisisse cependant entre le lac Dansereau et le lac Beaubien, entre la Pointe-aux-Castors et le lac Senécal ?
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L'importance de ce chemin de fer est si évidente que toutes les personnes bien renseignées, qui ont parlé ou écrit sur la partie de notre pays qu'il devrait traverser, n'ont jamais manqué d'en demander la construction avec chaleur et conviction comme étant d'une nécessité absolue et immédiate. Citons MM. Langelier, Benoît, Beaubien, de Bellefeuille, surtout MM. les abbés Labelle et Proulx.
Les parlements ont reconnu tour à tour que de toutes nos entreprises actuelles, le chemin du lac St-Jean étant terminé, c'est la ligne dont nous parlons qui doit faire l'objet de toutes les préoccupations et des soins de ceux qui veulent efficacement l'agrandissement de notre pays. Nous nous rappelle^ rons toujours la séance mémorable des Communes, du, 17 mai 1883, au cours de laquelle les Tupper, les Alonzo Wriahf.
et les Tassé se sont plu à faire connaître cette entreprise et à démontrer tous les avantages qui en découleront pour tout ce pays. Nous nous rappelerons aussi la séance du 22 avril 1885, de la Législature provinciale, à laquelle vingtdeux députés vinrent à la suite de M. Nantel proclamer la nécessité urgente de donner suite à ce projet, en l'entourant d'autant de faveurs et de protection que le chemin du lac St- Jean.
Nous disons donc en terminant : étudions bien, apprécions comme il le mérite cet immense pays, travaillons à son développement comme le bon père de famille travaille à l'accroissement de son patrimoine. Profitons des bonnes dispositions de nos gouvernements, de l'habileté, du crédit, de l'expérience d'un homme comme M. Beemer, qui semble avoir pris à tâche de couvrir la rive nord du Saint-Laurent d'un réseau complet de chemins de fer ; faisons appel, s'il le faut, à nos amis et protecteurs naturels de la vieille France, au patriotisme de tous les citoyens de la province, afin que rien ne soit négligé pour commencer de suite et terminer dans l'espace de dix ans au plus cette entreprise.
Le Dominion a pris sur ses épaules l'entreprise herculéenne du Pacifique ; en moins de dix années de travaux suivis, tout était fini. Ne pouvons-nous pas en faire autant pour ouvrir à la civilisation notre nord-ouest provincial?
C'est le dernier mot que nous laissons aux hommes de bonne volonté qui nous ont suivi jusqu'à la fin et qui partagent notre conviction profonde que la province de Québec, au lieu de s'épuiser en vaines récriminations et en de pitoyables dissensions intestines sans fin comme sans but, doit compter d'abord, nous dirons presque uniquement, sur l'énergie, la volonté, le travail et l'intelligence de ses habitants pour tirer parti de son admirable territoire et marcher de front, à la vapeur, avec les provinces sœurs ses voisines, qui avancent si rapidement que nous avons à craindre quelquefois d'être rejetés loin en arrière dans cette course vertigineuse au progrès, et d'être ensevp.HR «nus le
flot toujours montant qui nous entoure et nous presse de tant de parts à la fois.
G. A. Nantel,
Député de Terrebonne à la Législature de Québec et rédacteur du Nord.
St-JérGme, comté de Terrebonne, Canada.