‹ Notre nord-ouest provincial [microforme]Chapitre 24 sur 47 · PR PT · texte numérisé non relu

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Lorsque le curé Labelle avait fondé un établissement, il s'avançait dans l’intérieur pour en fonder un autre; mais aujourd'hui, il est rendu si loin, que la construction d’un chemin de fer est absolument nécessaire pour mener à bonne fin l’entreprise qu’il dirige.

Je suis convaincu que tous les honorables députés comprennent qu’il est de l'intérêt général du pays de développer les ressources de celte région importante, et que la construction d’un chemin de fer est le seul moyen d’atteindre ce but,

On croit que le subside d’un chiffre peu élevé que l'on se propose d'accorder, ajouté à celui de la province de Québec, suflira pour ouvrir à la colonisation ce territoire,—qui, il y a quelques années à peine, était inhabité—et lui donner la même importance que les anciennes provinces, Il serait impossible de dépenser $300.000 d’une manière plus avantageuse pour le pays et pour mieux réussir à y retenir notre population, tout en offrant un vaste champ à limmigration étrangère, (Applaudissements.)

M. J. Tassé prononça ensuite les paroles suivantes :

On s’est imposé de grands sacrifices pour développer le Nord-Ouest, et aujourd'hui que la construction du chemin de fer du Pasifique est assurée, sans qu'il en ait coûté un seul dollar aux contribuables, et que nous avons en sus un excédant d’un chiffre élevé en caisse, il est du devoir du parlement de rendre justice aux anciennes provinces, sur lesquelles a pesé, autrefois, le fardeau de la construction de notre grande ligne de chemin de fer national.

M. Tassé vante l'œuvre de M. le curé Labelle et dit que la construction de ces chemins de fer favorisera la politique nationale et contribuera au repatriement des Canadiens émigrés aux Etats-Unis.

M. Alonzo Wright dit :

Qu'il n'est que juste d'aider à la construction des chemins de fer qui favorisent tout le pays.

On a dépensé des millions pour la construction d'un chemin de fer dans la’ Colombie Anglaise, dont la population est de 20,000 âmes envi. ron, tandis que le comté d'Ottawa, qui profitera de la construction du chemin de la Gatinau, a une population de 50,000 âmes et contribue pour beaucoup aux revenus du pays.

Le comté d'Ottawa s'étend presque jusquà la Baie d'Hudson, la rivière Gatineau a une iongueur de quatre cents milles et prend sa source dans la région entre le Saguenay et le Saint-Maurice, qui est encore en grande furiie peu connue, mais qui possède incontesta blement de grandes ressources,

On se propose de construire ce chemin jusqu'à la rivière du Désert, à

A. uns distance de cent milles au nord, et de là, à la baie James.

Lf Ce chemin traversera une région fertile, propre à la colonisation et

très riche en bois qu’on ne peut flotter sur la rivière Gatineau, mais que

F l’on pourra transporter par ce chemin.

| \l La coupe de ce bois nécessitera l'usage de pouvoirs d'eau, que l’on utilisera aussi, je l'espère, pour établir des manufactures,

Ce chemin traversera un district de quatre cents milles d'étendue et dont la population, amie du progrès, alimentera nos marchés en y transportant ses denrées, je crois que le gouvernement, au lieu de n'accorder une subvention que pour 50 milles, aurait pu en accorder une pour Ja hgne jusqu'au Désert,

| M. Wright fait les plus grands éloges du curé Labelle et | dit que l'on vante beaucoup le Nord-Ouest, mais qu'avant

tout, il préfère la province du Bas-Canada,

Il croit que la construction de ces chemins de fer empêchera le départ d'un grand nombre de Canadiens pour le Nord-Ouest et les Etais-Unis. Il approuve tout projet qui tend à promouvoir la colonisation et espère que le gouver. nement accordera plus tard une autre subvention au chemin

| de fer de la vallée de la Gatineau. (Appl.)

Maintenant veut-on avoir de plus amples détails sur la vallée de la rivière du Lièvre ? Nous les emprunterons aux correspondances de M. F, X. Boileau, de Buckingham, qui connaît cette région à fond et sait aussi bien la décrire qu’il a su la visiter, Voici ce qu’il écrit au journal “Le Nord” :

La rivière du Lièvre puise ses eaux dans le fond du Nord, traverse, coulant vers le sud-ouest, les comtés de Maskinongé, de Berthier, de Joliette, de Montcalm, le centre du comté d'Ottawa, et, après un parcours de plusieurs centaines de ". milles, elle mêle ses flots à ceux de :a rivière Ottawa, à l’endroit appelé Buckingham, vis-à-vis :e comté de Russell.

On ne se fait pas une idée, à “ontréal et à Saint-Jérôme, de l'activité qui règne dans la partie inférieure de cette vaste région, du mouvement croissant des affaires, de la rapidité des progrès qui s’y opèrent, Il y a trois ans à peine, le canot était le meilleur et l'unique mode de transporter les marchandises et de voyager sur la rivière du Lièvre. Des petits bateaux à vapeur commencèrent à y faire leur apparition durant l’été dernier.

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Tout le long, sur chaque côté de la rivière, nous voyons des coteaux, des prés, des établissements agricoles, surtout dans le canton de Buckingham. Celui-ci a déjà l'apparence d'une vieille paroisse, Bicutôt, à neuf milles du village, nous commençons à pénétrer dans une contrée qui produit le phosphate de chaux; car en effet, ici à notre droite, nous voyons la mine Murray avec ces nombreuses bâlisses neuves et ses grues qui, sur le sommet de la montagne, étendent en avant leurs bras forts,

Naviguons encore trois milles et le canton de Portland va apparaître avec ses bois, ses montagnes, ses mines et ses établissements plus récents, Les maisons deviennent rares et les chantiers, de distance en distance, marquent l'endroit où une courageuse famille a résolu d'édifier son foyer, Dans un avenir approché, la maison confortable de l'habitant à l'aise aura remplacé le chantier de chétive apparence, Cela se pratique même maintenant, peu à peu, assez lentement, néanmoins toujours progressivement,

Voici tout à l'heure l'emplacement d'un village nouveau qui se montre au commencement du 6e rang. Le chapelle ou église est bâtie depuis une couple d'années, les messieurs Paré, de Saint-Vincent de Paul, citoyens entreprenants, qui n’ont pas craint de s’enfoncer en pays neuf, viennent d'y ouvrir un magasin général de campagne, bien garni, bien fourni, dans une jolie maison à deux étages. Le presbytère et la maison d'école sont en ‘voie de construction. Dans quelques mois le curé y sera résidant; un bureau de poste sera installé, et la paroisse de Notre-Dame de la Salette, régulièrement formée, aura enfin, après bien des retards et des difficultés, pris un essor rapide dans la voie du progrès, Autour de ce centre naissant, des colons sont déjà établis, quelques-uns, depuis assez longtémps, dans de bonnes maisons et uns couple de chantiers: ces derniers devant être culbutés avant qu’il soit un an, Aujourd'hui, beaucoup de colons hâtissent leur maison tout de suite et ne croient plus que ce soit une stricte obligation de débuter dans un chantier.

Pas bien loin de la chapelle, —une couple de milles, —de beaux terrains, avec défrichements corimencés sur un certain

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nombre de lots, attendent leurs nouveaux propriétaires depuis des siècles ; oui, en vérité, de beaux terrains, bien arrosés, très propres à la production des fourrages et des pâturages, à l'élevage des bestiaux, situés dans une localité où les produits de la ferme se vendent vite et avantageusement.—mieux qu'au marché de la ville,—les mines exploitées des environs tenant toujours de nombreux consommateurs sous la main du producteur. On peut se procurer ces terrains facilement, à bon marché, de quelques colons qui volontiers s’en iraient encore plus loin. Que font-ils les futurs propriétaires, probablement des citoyens à la gêne, habitant dans les villes ou les vieilles paroisses ? Ils n’ont jamais été informés sans doute de ce qu'il y a ici de bon pour eux. M. le rédacteur. il ne faudrait pas manquer de leur en dire un mot. Continuant notre navigation sur la rivière du Lièvre, nous voici, à 6 ou 7 milles de l’église Notre-Dame de la Salette et sur les confins nord de la paroisse, au pied dela Grande Chute, pays grandiose, empreint de grandeur sauvage. Messieurs les industriels, quel puissant mo‘eur pour vos usines ! Touristes, amateurs de la poétique nature, venez voir un de ses spectacles les plus imposants. Vous allez sans cesse à Niagara, à Ottawa et à Montmorency ; c’est bien ! allez-y toujours admirer le fer à cheval si renommé parmi les Américains.les Chaudières légendaires,et le Grand-Saultde classique réputation, toutes autant de superbes beautés qui règnent ssns conteste, mais n'iguorez plus qu’à l'entrée du township de Villeneuve vous pouvez faire la renêontre de leur digne rivale, Les flots rapides du Lièvre, pressés les uns contre les autres, s'élancent, se précipitent d’une hauteur de 200 pieds p'#*, tombent au bas d’un roc nu et humide, énorme et solide 1ent assis, posé là pour soutenir leur rage. Leur voix sourde et, mugissante, se faisant entendre au loin, semblr: proclamer : # [ci c’est le sommet des Laurentides qu’on ne franchit pas impunément,” Pour tout ce qui a été une fois entrainé par le courant jusqu'aux abords du précipice, c’est la dernière minute de l'existence ; canots, plançons, billots, poutres, êtres vivants sont en un rien de temps jetés dans l’abime, brisés et écharpillés. De la surface du goutfre s'élève

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un tourbillon de fines gouttelettes d’eau formant un nuage, à l’arc-en-ciel à certaines heures se plait à étaler son jeu de couleurs variées. Au temps de la grande crue des eaux, la terre des environs frémit ous les pas, et les colons, jusqu'à deux milles en aval,f entendent ‘our et nuit le tremblement sonore des vitres de leur maisonneite ; c'est comme la cité de Champlain quand gronde le canon de la vieille citadelle.

A quelque distance du pied de la Grande Chute, l’eau radevient paisible et présente une surface calme qui s'étend en une anse sur la rive gauche et forme une petite baie ; et la rivière décrivant comme une espèce de faucille, le tout se combine pour laisser apercevoir un charmant bassin, De tous côtés, rochers abrupts, excepté à l’est où un profond vallon descend graduellement en face de la cataracte jusqu’au niveau du bassin, Un rétrécissement de la rivière termine celui-ci juste à l'endroit où une couple d’autres cascades tombent en élevant de gros bouillons blancs. Elles semblent demander à l’homme industrieux des moulins à faire virer,

Le bateau ne va pas plus loin, Voulons-nous pénétrer davantage vers le grand Nord, il nous faut mettre pied à terre et faire ou plutôt gravir le portage d’un mille, chemin rocheux et raide, En quelques instants nous sommes au sommet des rochers. La chute s’abat sous nos pieds ; la vue domine le bassin ainsi quele vallon creux, encaissé entre des montagnes s’abaissant doucement vers lui. Contemplons là

le site d’une ville de l'avenir, Ge vallon frais, humide, tou-

jours à l'ombre d’épaisses futaies, n’est encore que la patrie des maringouins. Mais la ville qui un jour y fera son nid, nous pouvons voir dès maintenant comment elle sera située, Elle sera bâtie en amphithéâtre, et, du balcon de sa résidence, le citadin admirera mille merveilles que la'nature etlindustrie établiront droit devant lui,

Les personnes qui aimeraient à voir le site d’une ville qui n’est pas encore édifiée, quand surtout ce site est à l’état sauvage, dans l'espérance de le revoir plus tard alors que la métamorphose sera opérée, peuvent se donner un tel luxe en venant faire une visite à la rivière du Lièvre.

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Là donc, en amont de la Grande Chute, mais se tenant à la distance de quelques arpents, l'Eddie May attend les voyageurs. Près du débarcadère, il y a toutes les bâtisses d’une belle et grande ferme appartenant à MM. Ross et frères ainsi que la partie supérieure ou la tête d’une glissoire, avec digues et estacadeæ Cette glissoire a été construite par certains marchands de bois aidés du gouvernement ; elle a une longueur de près d’un demi-miHe et jouit d’une allure gigantesque. C’est en effet un beau travail, qui paiaît solidement exécuté et bien fini. Son usage est de faire tourner aux billots qui ne sont pas assez lestes, la difficulté du grand sault.

De la ferme de la Grande Chuie à la ferme des Pins, dis: tance de huit lieues, les montagnes semblent s’abaisser ; on dirait qu’elles annoncent de loin un immense plateau dont elles ne sont que les contreforts et la dentelure. Gà et là, les rives sont éclaircies par les déboisements du pionnier, c’est la forêt qui recule devant la ferme. Du rapide des Pins, terminus actuel de notre navigation, une lieue de marche nous conduità Notre-Dame du Laus, où on trouve église, presbytè-

re, magasins et moulins. C’est là le dernier village sur la rivière du Lièvre.

Dans une couple d'années, si nous revenons, d’autres bateaux nous transporteront à une cinquantaine de milles encore plus loin ;et tout le long du nouveau parcours, nous verrons encore d’autres fermes nichées par-ci par-là au milieu de la verdure des bois, Ge sont comme les postes avancés de la civilisation dans l’immense solitude. Nous serons surtout agréablement surpris de trouver la magnifique et grande ferme de M. André Beaulieu ; et alors aussi peut-être remarquerons-nous le site de quelque nouveau village. M. André Beaulieu, en voilà un qui ne regrette pas de s’être fait pionnier ! Regardez et voyez si je n’ai pas raison : grands défrichements, vastes prairies, bonnes maisons, granges spacieuses ; des hangards, des remises, écuries et étables ; bien du foin, bien du grain, des légumes en abondance, des greniers bien fournis, des saloirs jamais vides, et de l’argent dans la

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