AVIS AU LECTEUR
Nous avons publié, en juillet 1883, deux éditions de la brochure ‘ Au Nord ” qui se rapportait plus particulièrement aux nouveaux cantons arrosés par la Rouge, la Lièvre et partie des rivières Gatineau et Mattawin.
Ces deux éditions, quoique tirées à 8000 exemplaires, sont à peu près épuisées : tant de monde, au pays, en France, en Belgique et aux Etats-Unis, demandant chaque jour des renseignements sur cette partie importante de notre pays que les travaux du curé Labelle ont mise en évidence depuis une douzaine d'années, chez nous comme à l'étranger.
L'édition que nous offrons aujourd’hui au public est plus considérable que les précédentes et assez complète, croyonsnous, pour fournir un guide fidèle et commode à quiconque veut s'intéresser à la cause de la colonisation. Nous y avons comblé certaines lacunes que l'expérience nous a fait découvrir, et nous sommes entré dans plus de détails (ce qu’exigent les progrès de l’œuvre,) sur un plus grand nombre de sujets et sur un espace de pays plus étendu.
Le voyage du curé Labelle en Europe, en 1885, a été une révélation pour l'immense territoire de notre Nord-Ouest provincial ; et, si l’apôtre a été acclamé là-bas, la contrée, dont il s’est fait le colonisateur, a fixé tous les regards.
Les hommes les plus graves ont vite saisi l’importance de cette contrée aux trois quarts inhabitée, grande comme plus d’un Etat européen, puisqu'elle a pour bornes à l'est, la rive du Saint-Maurice, au sud le Saint-Laurent jusqu’à l'embouchure de l'Ottawa, et l’'Ottawa même au sud et à l’ouest, jusqu'au haut du lac Témiscamingue ; contrée
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qui dépasse le 73ème degré de longitude-est et va toucher au 79 longitude-ouest, tandis qu'il faut descendre plus bas que le 46ème degré de latitude pour tracer ses .imites au sud, et monter tout au moins jusqu’au 48ème pour atteindre ses dernières délimitations vers le nord.
Nous disons toui au moins, car rien n'indique que le pays situé plus au nord ne soit pas propre à la culture, puisque la région du lac St-Jean s'étend entre le 48ème et le 49ème degré nord et que pouitant on la donne comme l'une des plus favorables à la colonisation qu'il soit possible de trouver au Canada.
Il s'agit, répétait le curé Labelle, d'ouvrir ce territoire à la colonisation, d'y fonder des ceutaines de paroisses, d'y fixer un million d'habitants.”
Les esprits réfléchis, élevés, capables d'assez d'envergure pour embrasser d’un coup d'aile une grande idée et assez forts pour couvrir un vaste projet, furent frappés d’admiration devant les conceptions du curé Labelle, et de l’admiration on passa tôt à l'enthousiasme, à l’action, au sacrifice.
Des personnages éminents en Europe, comme Bonaparte Wyse, l’initiateur couronné par l’Académie française du percement de l’Isthme de Panama, les Reclus, le Dr Chopy, etc., se mirent à la tête du mouvement, et en un clin d'œil il se fonda une société française Ge colonisation, qui en est rendue déjà à son cent mille francs de souscription, (dont cinquante mille ont été dépensés) et qui veut doubler de suite ce chiffre si le bon Père Gendreau, chargé des défrichements de la colonie de St-Emilion, peut suffire à cet élan colonisateur qui nous vient, cette fois, de la vieille France. Et tout cela s’est conçu, s'est exécuté sous le souffle d’une inspiration essentiellement généreuse, essentiellement patriotique :
“Il faut, s'est-on dit là-bas, que les colonies du T'émiscumingue, touchant à Ontario, donnent la main par-dessus les cours supérieurs de la Coulonge, de la Gatineau, de la Lièvre, de la Rouge, aux cantons du curé Labelle, situés au cœur de la population française, tout vis-à-vis Montréal, par delà cent vingt-cinq lieues de pays richement boisé, pavé
de gisements miniers et éminemment propre à la culture des céréales et à l'entretien des pâturages. Quel héritage livrer aux enfants de la Province de Québec et de l’ancienne mère-patrie elle-môme ! ”
C'est bien là l'idée qui nous inspire nous-même, en publiant cette troisième édition de notre opuscule, Nous voulons faire connaître un peu plus à l'étranger, principalement à nos compairiotes, cette immense région si ignorée, si dédaignée, si calomniée, ajouterons-nous, et qui est destinée pourtant à ne former, d'une extrémité à l’autre, qu'une suite ininterrompue de belles fermes, de paroisses florissantes, de villes actives et prospères.
La première partie de l'ouvrage n’est que la r°production de la brochure ‘“ Au Nord ” qui traite de la colonisation en général dans les cantons du Nord, Les ronseils qu'o: y trouve sont toujours également applicables Aujourd'hui comme en 1883; les notions qu'elle renferme £out exacics et se rapportent à toute la vailée de l'Ottawa, aussi bien au bassin de la Gatineau, au pays baigné par le lnr Témiscamingue, qu’au territoire arrosé par la Lièvre, la Natiou c* la Rouge. Nous voulons aujourd'hui offrir plus de détails,plus d'explications simples et précises, à ceux qui n’ont aucune idée ni de cette région, ui de la manière de coloniser et de défricher.
Nous voulons encore insister sur la grandeur et la beauté du plan général de colonisation de ce vaste domaine, Nous nous adressons, à cet effet, aux hommes publics, aux journalistes de bonne volonté, leur demandant quelques moments de réflexion, d'étude, un simple regard sur la carte régionale de ce pays. Nous demandons la mème chose aux capitalistes, aux industriels, aux agriculteurs, qui
veulent se mettre au large et assurer le sort de leurs familles. * A tous nous posons celte. question : Le temps n'est-il “ pas arrivé où toutes les volontés, toutes les énergies, toutes “ les forces de nos têtes, de nos cœurs et de nos bras devraient “ se concerter pour livrer à la patrie commune, dans vingt “ ans, un territoire qui est situé tout en arrière de Montréal, “ ce centre exubérant de population, cette métropole d'un ave-
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“ nir égal à celui de New-York et de Chicago ; un territoire, ‘# disons-nous, placé tout à fait sur le chemin du grand “ Nord-Ouest canadien, qui n’est surpassé nulle part Gans la Province de Québec et qui l'emporte sur beaucoup de “ régions par la multiplicité et la variété des ressources que & la nature et l’art des hommes peuvent livrer à l'industriel, ‘au mineur, au manufacturier, au commerçant el à l’agri- “ culteur
Nou: faisons appel à la politique en général, sans guère nous soucier des considérations de partis ou de fractions de partis. La politique véritable veut la grandeur et la prospérité d’un pays, et chez nous, à l’heure actuelie, cette politique ne saurait avoir que peu de choses en vue : donner de l’espace et du pain à ceux qui veulent rester et travailler au pays, attirer chez nous des bras et des volontés qui nous assistent dans l'œuvre commune de l'agrandissement natio: ral; c'est-i-dire, en un mot, qu’il ne nous reste plus qu’à travailler à la réforme radicale de notre agriculture, à L’établissement de nos territoires inhabités, à l'exploitation de nos inépuisables et trop ignorées ressources du sol, du sous-sol et des eaux tant de l’intérieur que des côtes de la Province.
Celui qui prend sa carte géographique et l’étudie durant un quart d'heure, en compulsant les rapports de nos explorateurs et de nos géologues, reste étonné à la vue de la diversité et de la richesse des ressources qu'offre notre pays, à la vue de la grandeur de l’œuvre colonisatrice et des résultats incalculables qu’elle produirait pour toute la " nation, si l’on poursuivait cette œuvre comme l'on fait aux Etats-Unis, à Ontario, dans les vastes prairies de notre Nord- Ouest, non à pied ou en canot, mais en bons chemins carrossables, ou plutôt, à la façon moderne, à la vapeur, Que fait-on chez nous? Que fait-on ailleurs, dans les Etats qui progressent rapidement? Que devrions-nous: faire? Voilà ce que chacun doit se demander sérieusement au fond de sa conscience de citoyen, de père de famille et de patriote.
Et celui qui veut servir son pays ne peut faire autrement que de se décider à donner, d'une manière ou d’une autre, son coup d'épaule à la roue ; que d'apporter son grain de sable, si petit qu’il soit, son morceau de pierre quelque modeste qu'il le trouve, pour élever ou cimenter ce moru4ment de la colonisation, et le faire grand, solide, durable entre tous ceux qui honorent la nation canadienne.
Puissent les quelques pages qui suivent trouver de l'écho parmi nos lecteurs, et faire de chacun d'eux, sinon un colon au fond de la forêt, au moins un ami sincère de la colonisatioc, un véritable colonisateur par l’encouragement de ses sympathies et de ses bonnes paroles!
‘St-Jérôme, août 1887,
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