‹ Notre nord-ouest provincial [microforme]Chapitre 40 sur 47 · D, ME · texte numérisé non relu

D, ME

Québec qui a tant besoin de régénérescence, etsur ce groupe héroïque de pionniers de la forêt, qui se sont fixés là-bas à quelque trois cent milles des grands centres habités, comme les précurseurs d’une œuvre de régénération, de vitalité, peut-être de salut pour la région de Québec si pitoyablement réduite à quelques lieues de bonnes terres en des montagnes incultes d'un côté et de l’autre les flots du Saint- Laurent ! à

Aujourd'hui que cette entreprise est terminée, quel est l'homme politique qui va regretter les sacrifices qu’elle a coûtés au trésor provincial ? {l n’en est aucun; car tout le monde comprend que la vraie politique, ici, dans un jeune pays où tant de choses sont à créer, consiste principalement dans l’accaparement et l'exploitation du sol qui est à l'heure actuelle à moitié, plus qu'à moitié, inoccupé, inexploité, Il y à place chez nous pour des millions additionnels d’habitants et cette place on ne la découvrirait pas ! on la tiendrait éloignée, presque inaccessible, on la cacherait pour ainsi dire, de crainte, sans doute, que les milliers de vigoureux compatriotes qui s’en vont enrichir des étrangers, des ennemis, ne s'en emparent etn’y vivent heureux, certains du présent pour eux-mêmes, assurés de l'avenir pour leurs enfants ! Non, cela ne peut être, cela n’a pas été pour le bassin du lac Saint- Jean, cela ne sera pas pour la vallée de l'Ottawa,

Si l'opinion publique était chez nous plus sensible qu’elle ne l’est; si l’on s’étudiait tant soit peu à regarder les phénomènes qui se passent dans notre chère province, on ne serait pas lent à découvrir tout ce qu’il y a de hideux dans cette plaie de l’émigration qui nous ronge, qui nous épuise et nous emportera, alors même qu'à deux pas de nous, avec des communications rapides et faciles, comme il en existe partout, aux Etats-Unis, à Ontario, il y a de l’espace pour faire autant de riches paroisses et de villes florissantes que l'agriculture et l’industrie de nos pauvres émigrants pourraient en désirer.

Ce que l’on a vu dans les cantons de l'Est, ce que l’on vaik dans nos comtés maritimes, sur la rive nord du Saint-Lau-

rent, dans les profondeurs du territoire saguenayen ; ce que montre lie Pacifique dans l'immense Nord-Ouest, c'est-à-dire colonisation rapide d’un domaine presque incommensurable ; ce que nous avons vu de tout temps, en tons lieux, quand la civilisation moderne entreprend de coloniser quelque part, nous pouvons, nous devons le voir dans la vallée de l’Ottawa, aussi vite, avec les mêmes succès, les mêmes résultats bienfaisants, si l’on a recours au même moyen. Et ce moyen n'est autre qu’un chemin de fer.

C'est une entreprise considérable, puisqu'il s'agit d’une voie ferrée de 150 lieues environ de Saint-Jérôme au Témiscamingue; mais c’est unè belle, grande et bonne entreprise, puisque cette ligne traverserait, en la coupant par le milieu à environ trente lieues de l'Ottawa, la plus étendue, la plus riche et la mieux située vers l’ouest, au nord de Montréal et d'Ottawa, de toutes les vallées qui restent à coloniser, à exploiter, non seu.ement dans la province de Québec, mais dans le Dominion :nême toutentier, Nous n'avons qu’à jeter un coupd'œil sur notre carte provinciale pour rester frappés de l’importance, de la nécessité urgente d'un chemin de fer, si nous voulons coloniser ce territoire dont léloignement à l’intérieur est en moyenne de trente lieues de Saint-Jérôme, Papineauville, Buckingham, Pointe-à-Gatineau et Hull, Trente lieues, quatre-vingt-dix iailles ! c’est peu, sans doute, si l’on tient compte de la richesse de ce sol vierge prêt à livrer ses trésors au travail, si l’on considère les ressources multiples de ce grand pays qui rous tend les bras; c’est peu si l’on songe que chag' jour Ce courageux travailleurs s'en vont à des centaines de lieues, sous des climats inconnus, au milieu de populations quelquefois inhospitalières, planter leurs tentes loin de nous, dans Ontario, dans le Nord-Ouest, un peu partout au Canada, C'est peu encore, c’est encore moins, si l'on veut se rappeler que des milliers de compatriotes quittent chaque année le sol sacré de la patrie pour se livrer

leur race, souvent pour leur foi.

au gouffre américain et se perdre à jamais pour nous, pour

‘ Qu'on nous donns de l'ouvrage, des terres, de l'argent,

nous disent plusieurs d’entre eux, et nous resterons au pays.”

C'est à nos gouvernants, à notre presse, un peu, beaucoup à chaque classe de notre société qu’il appartient de répondre à cette demande que posent généralement la mauvaise conduite, la paresse, l'amour des aventures, des désirs de richesse immodérés, les folies de jeunesse, mais que profèrent aussi, souvent, la misère et le plus complet dénuement,

Et puis tant de séductions, tant d’attraits, ceux de l'inconnu surtout attirent nos compairiotes loin de nous! Tant de mirobolants récits leur sont faits sur ces contrées lointaines, qu'ils abandonnent, chez nous, un pays pour le moins aussi favorisé que ceux qui les attirent, mais &4 il n’y a guère

entures, guère d'inconnu, à attendre que le travail dur, sévère, au fond des retraites isolées de la forêt,

Ces retraites isolées, dans les profondeurs de la forêt, ce travail dur, sévère, loin de tout monde civilisé, comme dit le

colon découragé, voilà ce qu’il faut faire disparaitre au

moyen d’un chemin de fer, pour garder ces concitoyens qui

veulent nous laisser.

Si le vaste et riche territoire de l'Ottawa se trouvait un bon jour transporté sur les rives américaines ou même ontariennes, il serait vite mis en Communication journalière avec la civilisation et nos compatriotes y accawrraient en foule, sans trop s'occuper de la longueur du chemin que l’on ferait à la vapeur, et ils s'écrieraient qu'ils ont trouvé un eldorado. Mais ce pays est chez nous, à trente lieues seulement; on n’y peut aller à pied, on n'ira pas en voiture, c’est trop fatiguant, c'est ce qui fait qu'on n'y va pas du tout: il n’y a pas de chemin de fer, voyez-vous, et aujourd’hui on ira partout, au bout du monde, pourvu que ce soit en chemin de fer. Et un pays qui touche à Montréal, qui est limitrophe de nos comtés les plus avancés, est aussi délaissé que sil se trouvait arrosu par les flots de la baie d'Hudson ! On ne le connaît pas, ou on le méconnait; les braves, el les plus braves parmi les braves, osent seuls s’y fixer.

11 faut donc un chemin de fer pour mettre la vallée de l'Ottawa, dans sa partie centrale, à la portée de tout le monde

et non-seulerment des intrépides, des héroïques, car les intrépides, les héroïques, seront toujours le petit nombre, aujourd'hui surtout, qu’il est si facile d’aller s'établir à la vapeur, HE au Haut-Canadä, au Nord-Ouest, aux Etats-Unis ; là on n’aui} ra guère que l'embarras du choix de son établissement, presque pas de frais de transport, et dans tous les cas, il sera aisé de se tenir chaque jour, au moyen des chemins de fer, en rapport avec sa famille, ses amis, la société en général. En un mot, n'est-ce pas ridicule de vouloir coloniser en ai grand aujourd’hui, à pied ou avec la charrette, le canot ou | la traîne en hiver, quand partout on colonise à la vapeur ? N'est-ce pas même un faitextraordinaire que tant de progrès

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1h se soient réalisés dans de pareilles conditions ? Et ce fait n’estal il pas particulier à cette race éminemment vigoureuse du | colon canadien-français ? Mais faut-il éternellement se repo- |, ser sur ces qualités nationales, sur cet héroïsme du défri-

cheur, du soin d'ouvrir notre pays?

| Le chemin de fer est devenu l’une des nécessités de la vie

| moderne, au Ganada comme ailleurs, peut-être plus qu’ailleurs encore, car eu égard à sa population, il n’est pas un pays qui ait construit autant de chemins de fer depuis

il une quinzaine d'années que le nôtre. Notre Nord-Ouest, malgré son immense étendue, en est traversé ; Ontario en hi est couvert et Québec possède son réseau qui ne le cède fl À guère à ce que l’on voit chez nos voisins. Le sud du Saint- Laurent aura peu de choses à désirer quand les entreprises, n) À actuellement en voie, seront complétées, Il n’en est pas | | ainsi de la rive nord du grand fleuve; ici il y a lacune, car L| 1 une seule ligre ferrée la traverse dans toute son étendue 1H d'Ottawa à Québec, mais dans la partie la plus étroite de son LR territoire habitable, c’est-à-dire entre la rive du fleuve et les Laurentides, tandis que l’espace, les vastes horizons son: plus

à l’intérieur, s'étendant du versant nord des Laurentides jus-

qu’à la crête de la hauteur des terres, soit un espace de 300

lieues, si l’on compte du Témiscamingue au lac Saint-Jean,

Les

et de 150 lieues environ si l’on veut s’en tenir au bassin arrosé par l’'Ottawa et ses affluents,

Cest là qu'est l'avenir, le salut peut-être, car c’est là, dirons-nous encore, ‘ qu'est le territoire immense, riche, le ‘ plus à notre portée, et qu'aucun angement, aucune ré- “yolution politique ne pourra jamais sérieusement nous # disputer” Eh bien! n'est-ce pas là aussi que doivent se reporter maintenant toutes nos attentions, tous les efforts de notre politique, de notre colonisation ?

Et comment va-t-on espérer l'établissement d'une aussi vaste contrée, si elle n’est pas sous le plus bref délai traversée par un chemin de fer ?

Cest dans la forêt, dans les pays nouveaux, que la loco. motive opère le plus de transformations étonnantes, C'est sous le souflle créateur de Pinfatigable machine qu'ont surgi les cantons de l'Est, les principaux centres américains, ces jeunes villes pleines de vie et d'activité de l'Ouest, La vapeur fait plus en un an que la voiture en dix ans et que le pied ou le canot en trente ans, La règle qui a présidé à la fondation des colonies modernes est la même qui présidera à l'établissement de notre vallée de l’'Ottawa.

Pour colôniser eflicacement, c’est-à-dire, garder nos gens. les arracher à l'étranger, les conserver ici, pour bénéficier du travail de leurs bras et de leur intelligence, pour fonder des paroisses, des villages, des villes—c'est là véritable colonisation—non pour élablir lentement et peniblement quelques courageux colons disséminés ça et là, destinés

végéter plus ou moins dans l'isolement, suivant les d “. cultés de communications, il faut pouver, chaque jour, jete une vie nouvelle, abondante venant de tout côt ins les jeunes colonies, et l’on ne peut arriver à cet objectif tan désirable que par le moyen d’un chemin .

Autrement, dix aanées, vingt annees se seron

siècle viendra et des villages charmants form.

des villes importautes resteront stamomnmai: paroisses capables de nourrir une population double &s ce qu'elles

possèdent se dépeuplerout, comme cela se vois &rap sou

ar

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