‹ Notre paysChapitre 16 sur 25 · PAREIL .V LA FILEUSE · texte numérisé non relu

PAREIL .V LA FILEUSE

Pour que le roi par la grâce de Dieu Paye aux Anglais la rançon de celui Qu'ils tiennent clos là-bas sous d'autres cieux,

De ce Breton que la Vierge conduit, Le nettoyeur des chemins du royaume, Le bon gros chien qui veillait jour et nuit,

Le bûcheron des casques et des heaumes,

Le forgeron des crânes et des os,

Le gardien des hameaux et des chaumes,

Lui qui peinait durant que les ciseaux

Taillaient la toile en honnêtes chemises

Et que les bœufs souillaient dans leurs naseaux,

Le gas tanné par la flamme et la bise Qui besognait de la hache ou du poing Pour conserver la robe des églises,

Qui besognait pour qu'on donne les soins Qu'il faut donner à la huche, au berceau, Au blanc bonnet, à la guimpe, au pourpoint,

A la culotte, à la botte, aux houseaux. A la charrue, à la herse, aux faucilles, A la quenouille, à la laine, aux fuseaux,

// est aussi

Pour que l'on chante en piquant les aiguilles,

Pour que le foin parfume le grenier,

Pour que les fieux prennent la main aux filles,

Pour que la graine aille chez les meuniers, Que les moutons aillent à la prairie, Que les raisins aillent dans les paniers,

Pour que le lait s'en aille aux laiteries, Le pain au coffre et le vin au cellier, Les rêves blancs chez la Vierge Marie...

Pour délivrer le rude chevalier,

Voici filer jour et nuit la pauvresse,

Les pieds transis dans ses pauvres souliers,

Psalmodiant tout bas comme à la messe, Ses doigts meurtris étirent la filasse Pendant qu'au loin le royaume en détresse

Palpite et geint sous les bêtes voraces, Sous l'hiver gris, sous la chape de neige, Sous les grands vols qui passent et croassent,

Pendant qu'au loin nul homme ne protège L'enfant, la veuve et l'église et la croix, Le grenier plein, la fille prise au piège,

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