‹ Notre paysChapitre 17 sur 25 · PAREIL A LA FILEUSE · texte numérisé non relu

PAREIL A LA FILEUSE

Ni les hameaux, ni les chants, ni les bois, Ni les jardins, ni les murs, ni les toits, Ni les travaux, ni l'honneur, ni la foi,

Pendant qu'au loin tout tombe en désarroi, La foi, les lois, l'honneur et le courage, L'œuvre des cœurs, des esprits et des doigts,

Pendant qu'au loin le meurtre et le pillage, Les sept péchés, les sept, et tous les autres, Les trahisons, les louches racolages,

Les reniements après les patenôtres, L'étranglement nocturne, à la muette, Les lâchetés où les âmes se vautrent,

Le pacte obscur et l'entente secrète,

La danse ignoble et la Lèpre et la faim,

Le rire ignoble et les yeux faux qui guettent,

La joie ignoble et les tours du plus fin, La course ignoble aux tas d'or et d'argent, La foire ignoble où tout est vil et feint,

Pendant qu'au loin dans un bal outrageant,

La pourriture et la perdition

Font tournoyer les arbres et les gens...

// est aussi

La nuit est close et dans sa passion

La pauvre femme obstinément marmonne

Des mots d'amour ou de contrition,

Dans ses jupons un maigre chat ronronne, Son homme las, ses enfants souffreteux Sont endormis dans une paix félonne...

Malgré le froid qui lui pique les yeux, Malgré ses doigts engourdis et brûlants, Malgré son front où bouillonne du feu,

Cette fileuse est là filant, filant Jusqu'au dégoût qui fait éclore en elle Un long vertige et de fades relents...

Cette fileuse est là dont les pieds gèlent, Dont le front cuit, dont les oreilles tintent Et dont la faim dévore les mamelles,

Cette fileuse est là parlant aux saintes

Et récitant des Ave, des Ave

Qui sont des vœux, des appels et des plaintes,

Cette fileuse est là pour nous sauver,

Dont les deux bras sont lourds comme du plomb,

Dont tout le corps à la tâche est rivé...

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