‹ Notre paysChapitre 6 sur 25 · COMME UN AVENTURIER · texte numérisé non relu

COMME UN AVENTURIER

La terre chaude et les arbres dormants, La poudre d'or et les planches d'ébène, Le chant qui berce et le rêve qui ment,

Les molles nuits qui tombent sur les plaines, Le sable d'ocre et ses fuyants mirages, L'illusion des puits et des fontaines,

Tous les démons fiévreux des marécages, Tous les hurleurs que la lune déchaîne, Tous les serpents se frottant aux feuillages,

L'Inde et la Chine aux mortelles haleines, Dieux bedonnants, monstres et sacrifices, Lettrés fleuris et tours de porcelaine,

11 a quêté, dans les senteurs d'épices Et de goudron qui s'exhalent des ports, L'étreinte fauve et l'obscur maléfice,

Il a fumé l'opium et la mort, Connu l'abîme où l'esprit se dissout, Anéanti la gloire et les remords,

Puis relancé par les ouragans fous Sur les paquets de vagues en bataille Vers l'inconnu qui happe comme un trou,

Il est aussi

Saignant, rompu, transi jusqu'aux entrailles, Carguant, clouant, ficelant, amarrant, Dans l'eau qui cingle et le froid qui cisaille,

Accompagné des cris du cormoran,

Tour à tour dans un gouffre ou sur un dôme,

Il a croisé des spectres effarants,

Des rochers noirs et des vaisseaux fantômes, Le troupeau blême et vain des trépassés, Les animaux géants de ces royaumes...

Il a senti ses moelles se glacer...

Mais dans sa longue et périlleuse erreur,

Dans les oublis du sévère passé,

Dans les instants d'ivresse et de langueur, Comme dans la tempête et les orages, Les coups de flots et les dures clameurs,

Tout près de lui, le gardant des naufrages, Bien que marin de peu d'expérience, Est demeuré jusqu'au bout du voyage

Le saint Martin de son hameau d'enfance.

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