COMME UN REPAS DU SOIR
Il est aussi comme un repas du soir
Où sont assis tous ceux de la famille,
Les grands-parents devant les deux dressoirs,
Les fils, les brus, les garçons et les filles, Les tout petits qui se tiennent bien droits, L'oncle soldat qui jure comme un drille...
Il y a là aussi, graves et cois,
Dans les fumets, les clartés et les choses,
Tout ce qui fut et vécut autrefois...
Il y a là dans l'ombre où s'ankylosent Meubles boiteux, horloge, vieux fusils, L'humble vertu qui produit et dispose,
L'humble vertu qui goûte au pain moisi, Fait avant l'aube éclore un feu des cendres, Lorsque l'hiver étale son grésil,
Il est aussi
L'humble vertu en sa rudesse tendre, La ravaudeuse et la grave fîleuse Dont les récits ondulent en méandres,
La lavandière au bord de l'eau rieuse,
Celle qui fait reluire les faïences,
Celle qui suit en manteau de pleureuse...
Il y a là aussi, lourde présence, Assise comme un songe au coin du feu, Il y a là aussi la Patience,
La Patience auguste des aïeux,
Le col épais et la nuque puissante,
Les yeux petits clignant au fond d'un creux,
Les doigts noueux, les mains grises qui sentent Le foin, la terre et les fruits de l'année, Les cheveux drus et qui collent aux tempes;
La très fidèle et très enracinée,
La permanente et la recommençante,
Le dur lien de cette maisonnée...
Il y a là aussi la bien disante
Et bien prudente et toujours avisée
Et souriante et riante et pensante,