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LES FLUIDES IMPONDÉRABLES — LES FORCES SOUTERRAINES

Les trois grandes divisions de notre Planète — les terres, les eaux, les airs, sont pénétrées par des éléments d’une extrême subtilité , que l’on nomme les fluides impondérables, et agitées par d’autres, d’une incalculable puissance, simplement et vaguement appelées forces souterraines : deux groupes de puissances unis par des liens aussi mystérieux que leur essence, et dont la géographie doit se borner à constater les manifestations.

Les fluides impondérables sont au nombre de quatre : la lumière, la chaleur, l’électricité et le magnétisme; et chacun détermine des séries de phériomènes dont notre globe est le théâtre.

A la lumière se rapportent l’éclat du soleil, la scintillation des étoiles, les reflets des planètes et de leurs satellites : les rayons de ces corps sidéraux répandent sur la terre, de jour et de nuit, un réseau continu de clartés inégales qui permet de distinguer les objets. En leur absence, le voile sombre des ténèbres couvre toute la nature; c’est la nuit noire, pleine de terreurs et de périls, qui, en se prolongeant, empêcherait toute activité humaine, et bientôt endormirait toute vie d’un sommeil éternel. Seulement à demi privés de lumière, les végétaux s’étiolent, les animaux languissent. Ce spectacle, permanent dans son alternance, de lumière et d’obscurité qui fait le jour et la nuit, est traversé par un grand nombre de phénomènes qui en varient l’uniforme régularité : traînées chevelues des comè-

tes, sillons rapides des météores, arcs irisés de l’arcen-ciel, fulguration des éclairs, nuées et fusées des aurores boréales, phosphorescence des mers, flammes des foyers allumés par la main de l’homme, feux errants, illumination des incendies et des volcans, étincelles électriques. La gamme des couleurs, aux notes infinies, marque d’une nuance propre, fixe ou changeante, chacun des êtres de la création, dont quelques-uns même, parmi les végétaux et les animaux, émettent, soit des jets soudains de lumière, soit de pâles ou vives lueurs. L’harmonie variée de ces teintes se détache de l’azur du ciel, de l’aspect grisâtre ou verdoyant de la terre, du vert d’émeraude des mers, comme d’un fond de tableau. De toutes ces joies des yeux, dues à la lumière, la plus commune et la plus agréable, c’est l’apparition, lentement progressive du soleil, s’annonçant, dès les premières heures du matin, par les vagues blancheurs de l’aube, que remplacent bientôt les splendeurs de l’aurore; puis émergeant de l’horizon avec son disque agrandi, dont le regard peut alors supporter le doux éclat, et bientôt montant, d’un mouvement insensible, comme un globe éblouissant, jusqu’au méridien, d’où il redescend, par une lente déclinaison, jusqu’au bord opposé de l’horizon, pour disparaître dans le faisceau empourpré des nuages, laissant après lui la longue irradiation du crépuscule, qui colore le firmament et les monts. Durant cette course quotidienne, l’ombre des corps s’allonge, se raccourcit, s’allonge encore, toujours mobile, et relevant, par le jeu de ses mouvements, de ses tons, de ses contrastes, les effets plus tranchés de la lumière. Ce spectacle ne déploie toute sa beauté que dans les zones tempérées, où le jour procède avec un rhythme d’une solennité ni trop rapide ni trop lente : sous la zone torride, le soleil apparaît soudainement, et disparaît de même, sans aube, sans aurore, sans crépuscule; et dans la zone glaciale il se montre six mois de suite sur l’horizon, et se cache pendant six autres mois, laissant une impression fatigante de monotonie, suivie d’une attente longuement impatiente. Cependant les habitants de ces zones déshéritées ne manquent pas de toute compensation : dans

les régions polaires, c’est le spectacle presque quotidien des aurores boréales ; dans les régions intertropicales, ce sont des nuits qui doivent à la tiède douceur de l’air, au resplendissement limpide des étoiles, un charme inconnu aux habitants des régions tempérées.

Durant la période de l’année solaire, l’accroissement et la dégradation de la lumière suivent le cours des saisons : sa moindre intensité correspond aux mois d’hiver, et la plus grande aux mois d’été. Dans notre hémisphère, par la gradation de ses tons lumineux, le semestre qui précède le solstice d’été répète la demi-journée avant midi; et le semestre qui suit ce solstice retrace la demi-journée qui précède le coucher du soleil, le temps du déclin. Cette inégalité ascendante et descendante, que l’œil constate, que la peinture imite, la science la calcule.

Mais dans la succession des saisons, la lumière n’a que le second rôle; le premier appartient à la chaleur; c’est le calorique aussi qui détermine, par un trait supérieur à tout autre, le vrai caractère des climats, d’où provient la physionomie de la végétation et de l’animalité presque entières.

Rayons émis ou ondes vibrantes, les forces caloriques dérivent principalement du soleil qui en est le grand foyer. Quand il paraît, l’air, la terre, les mers s’échauffent; la chaleur croît à mesure qu’il monte vers le zénith; elle décroît à mesure qu’il en descend; et, quand il a disparu, le calorique diminue et se perd en rayonnant dans l’espace. Le thermomètre constate la loi normale et les variations accidentelles de ce mouvement quotidien, qui montre dans le soleil le principe physique.de vie et d’action de tous les êtres. A juste titre les peuples et les poètes, devançant les savants, ont célébré en lui l’astre fécondant de notre planète, le symbole visible de la Divinité. De toutes les erreurs de l’idolâtrie, celle qui adore le soleil est la plus excusable; et de toutes ses propriétés la puissance calorifique est celle qui agit avec le plus d’énergie sur les enveloppes et sur la surface du globe.

L’obliquité de l’axe de la terre sur le plan de l’écliptique

cause l’inégalité de la chaleur et la succession des saisons, par l'exposition alternative des deux pôles et des deux hémisphères au soleil. Si l’axe de la terre était perpendiculaire à l’orbite qu’elle parcourt, en tournant autour de l’astre pivotai, les jours et les nuits séraient partout d’une égale durée et les diverses zones du globe auraient constamment la même température. C’est en effet la condition de la zone torride qui se présente toujours à peu près perpendiculairement aux rayons du soleil ; l’égalité presque constante des jours et des nuits, ainsi que la hauteur méridienne du soleil, fait que la même saison y règne toujours, sèche ou humide suivant les pluies. L’extrême opposé a lieu dans les zones glaciales, où se succèdent un hiver extrêmement rigoüreux de dix mois et un été. assez chaud de 50 à 60 jours. L’inégalité graduée de la température, corrélative à la succession régulière des saisons, est réservée aux zones comprises entre les tropiques et les pôles, dont les régions diverses sont éclairées et réchauffées par le soleil sous des angles variant à chaque jour de l’année.

Les variations de ‘température obéissent à des lois dont la connaissance constitue l’une des branches les plus neuves et les plus importantes de la géographie physique. Dans sa décroissance de l’équateur au pôle, la température est influencée en chaque lieu par un certain nombre de causes particulières qui empêchent les lignes isothermes ou d’égale chaleur d’être parallèles à l’équateur comme les cercles de latitude. Les principales de ces causes perturbatrices sont la forme, la nature et surtout l’altitude du sol, la présence ou l’absence de la végétation forestière, le voisinage ou l’éloignement de la mer et des grands lacs, l’orientation des terrains, la direction des montagnes, les vents dominants, la proximité enfin des grands foyers d’échauffement, tels que les déserts sablonneux et certains courants maritimes. De la combinaison de toutes ces influences résultent pour chaque pays des moyennes de température que l’on représente sur le globe à l’aide de courbes sinueuses, dont les degrés de chaleur oscillent entre des moyennes maxima de-f- 35 degrés centigrades et des moyennes minima de —

19°, soit une échelle de 54°; les deux séries extrêmes se terminent par un équateur et deux pôles. L’équateur isotherme ou courbe de la plus grande chaleur (27 à 35°) suit à peu près la ligne de l’équateur réel, mais en courant sur une bien plus grande étendue au nord qu’au midi. Les deux pôles du froid ont été observés dans l’hémisphère boréal, l’un en Amérique, l’autre en Asie, avec des températures évaluées de — 17 à — 19° : quant à l’hémisphère austral, on suppose qu’il y existe aussi deux pôles du froid qui n’ont pu être encore constatés.

Outre les lignes isothermes qui expriment les températures moyennes de l’année entière, on a imaginé des lignes isothères pour marquer les chaleurs moyennes de l’été, et des lignes isochimènes, pour les chaleurs moyennes de l’hiver; et l’on pourra, quand les observations seront plus nombreuses, en tracer de pareilles pour le printemps et pour l’automne, même pour chaque mois de l’année sous toutes les latitudes. Alors seront amplement connues les conditions thermométriques de chaque localité, d’où dérivent les règles qui doivent présider à la culture des terres et des végétaux comme à l’éducation dès animaux.

11 restera encore à déterminer avec la même précision les maxima et les minima de chaleur, dont l’amplitude dépasse pour l’ensemble du globe 120°, et pour le même endroit atteint presque 90°. On connaît, en effet, dans le Sahara des extrêmes de 4- 07° et en Sibérie des froids de — 58°, ce qui fait un écart de 125* ; et dans les vastes plaines gelées de l’Amérique septentrionale, on a supporté en hiver des froids de — 56° et en été des chaleurs de -f- 30°, ce qui fait uu écart de 86°. Des écarts thermométriques presque aussi étendus ont été constatés dans le Sahara, où le refroidissement intense des nuits succède aux ardeurs brûlantes du jour. L’aptitude privilégiée que montre l’espèce humaine, et souvent le même individu, pour supporter des impressions si opposées, mesure la faculté cosmopolite de l’humanité, et lui assigne pour destinée l’entière possession du globe.

De l’aspect des lignes isothermes se dégage cette loi gé-

nérale que la température, toutes choses égales, est plus uniforme sur les mers et les côtes qu’à l’intérieur des continents : ici les étés sont plus chauds et les hivers plus froids.

De là le nom de climats extrêmes donnés aux climats continentaux, où l’amplitude des oscillations est beaucoup plus étendue que dans les climats marins. Cette différence s'explique aisément : les terres s’échauffentet se refroidissent plus vite et plus fortement que les mers, dont l’atmosphère étend son influence sur le littoral jusqu’à une certaine profondeur; et comme les masses continentales sont beaucoup plus étendues dans l’hémisphère septentrional, là aussi les températures sont plus élevées, à latitude égale, que dans l’hémisphère méridional. D’autres causes expliquent le contraste que révèlent les courbes isothermiques entre les rivages orientaux et les rivages occidentaux des deux continents : à l’orient de chaque continent, le climat est sensiblement plus froid, sur les mêmes parallèles, qu’à l’occident. Ainsi l’Europe occidentale jouit d’une température plus douce que les régions de la Chine, de la Mandchourie et du Japon, situées à égale distance de l’équateur; et les États^ de la Californie et de l’Orégon ont le même avantage sur les États riverains de l’Atlantique. Sans aucun doute cet adoucissement en faveur des rives occidentales , est dû à l'influence des courants atmosphériques et maritimes dont nous avons esquissé la marche.

La distribution de la chaleur en raison des latitudes et des situations géographiques subit, par l’effet de l’élévation au-dessus du niveau des mers, une perturbation que les courbes ne peuvent tracer sur les cartes générales et que l’esprit doit suppléer. En s’élevant sur les montagnes comme dans les airs, la température baisse, ainsi que nous l’avons dit, et le voyageur qui partant du fond d’une vallée gravit les flancs d’une montagne, éprouve la même succession de température que celui qui de l’équateur marche vers les pôles : la simple vue des neiges et des glaciers accuse à distance le froid 1 des hautes cimes. Ce fait

1 Les physiciens et naturalistes diffèrent sur la loi de cette

donne aux côtes d’altitude, pour apprécier le milieu où vivent les êtres, où se développent les villes, une valeur trop longtemps négligée. On ressent une impression contraire en pénétrant dans les entrailles du sol ; la température y va croissant, aussi bas que l’homme ait atteint; et au delà d’une certaine profondeur, qui varie avec les latitudes, elle reste constante, à l’abri de toute influence de la surface de la terre ou de l’atmosphère. On explique ce phénomène par une chaleur propre de la terre, diffuse dans toutes ses molécules, ou bien concentrée dans sa masse intérieure : c’est ce que l’on appelle le feu central.

Les moyennes annuelles ou semestrielles que marquent les courbes isothermes, isothères et isoehimènes, résultent des relevés d’observations horaires, qui se font en une multitude de stations météorologiques. Les variations ainsi constatées, quoique dépendant de la course du soleil sur l’horizon, ne coïncident pas exactement avec l’élévation ou le déclin de l’astre. La plus forte chaleur de la journée se fait sentir non à midi, mais entre une heure et deux heures de l’après-midi, et le froid le plus intense n’est pas à mi-» nuit, mais seulement une demi-heure ou une heure au plus avant le lever du soleil : les lois du rayonnement et du refroidissement expliquent cette apparente anomalie. Il est une heure delà journée, suivant les pays, qui donne la moyenne du jour entier : à Paris, c’est la double heure de 8 heures 21) minutes, le matin et le soir.

Les variations mensuelles présentent le même phénomène, et pour des causes analogues : la plus forte chaleur annuelle dans l’hémisphère septentrional, ou la période des jours caniculaires, survient en juillet et non au solstice d’été ; et le froid le plus vif, en janvier, non au solstice de décembre. On a reconnu aussi que, en chaque région, tel mois et tel jour de ce mois donnent approximativement la moyenne température de l’année entière.

Par sa puissance vivifiante, la chaleur est le principe le

décroissance, depuis 1° par 160 mètres jusqu’à 240 mètres. L’espace éthéré est présumé soumis à un froid de 60°.

plus actif de l’existence et des évolutions de tous les êtres. Elle éveille la sève dans la plante, enfle le bourgeon, épanouit la feuille et la fleur, mûrit le fruit. Puisée directement aux sources de la vie, la chaleur physiologique active la circylation du sang dans les animaux supérieurs et donne à tous les membres le ressort qui aide la volonté à les mouvoir ; mais la chaleur solaire ne leur est pas moins nécessaire : que les organes essentiels se gèlent, la mort ne tarde pas. Les rayons du soleil fortifient et réjouissent, ils épanouissent Pâme et le corps : sous la zone torride, les races les plus noires sont gaies et agiles, tandis que les habitants engourdis des zones polaires traînent dans la tristesse la plus misérable existence.

Enfin la chaleur est le plus énergique instrument de la puissance humaine sur la nature. Par la cuisson, l’homme s’approprie une multitude d’aliments que son estomac ne pourrait digérer à l’état cru. Par la combustion, tantôt il réchauffe son habitation et sa personne ; tantôt il transforme les matières pour les approprier à ses besoins ; tantôt il en dégage, sous forme de vapeur, une force motrice qui lui assujettit les vents et les flots, qui l’emporte d’un vol rapide à la surface du sol. Aussi est-il remarquable que l’usage du feu est le privilège de l’homme : entre tous les signes qui séparent l’humanité de l’animalité, celui-ci est un des plus caractéristiques ; telle en est l’importance que la mythologie en faisait remonter l’origine à l’audacieuse tentative de Prométhée, et que le culte du feu prit place dans plusieurs des religions antiques.

Entourée de plus de mystère, et latente, pour ainsi dire* dans l’essence intime du globe et des êtres, au lieu de briller à leur surface comme le feu, l’électricité s’est révélée plus tard à la science. Elle avait été cependant pressentie dès l’antiquité, et l’expérience dé l’ambre frotté, qui attire les corps légers, remonte aux plus beaux âges de la Grèce. Depuis un siècle, le rôle de l’électricité a été dévoilé dans la plupart des phénomènes de la nature, et la géographie, suivant l’impulsion des autres sciences, classe dans

le domaine de cette force les orages, les grêles, les aurores boréales , funestes ou brillants phénomènes de l’atmosphère. Aux jours où les nuages s’assemblent, se condensent et se rapprochent, sous des températures et des tensions électriques très-inégales , l’équilibre ne Rétablit entre eux, avec le sol et les diverses couches d’air, qu'à l’aide de violentes décharges, accompagnées d’éclairs et suivies de tonnerre. Cette foudre aux dards fulgurants, qui pénètre de terreur les populations et dont la Fable armait la main de Jupiter Tonnant, c’est l’électricité qui se dégage, soit pour se perdre dans l’atmosphère, soit pour se dissoudre dans la terre, son réservoir. Franklin s’est acquis une gloire immortelle pour avoir découvert, dans la pointe du paratonnerre , le moyen de soutirer des nuages , sans péril, le terrible fluide.

Souvent l’orage est accompagné d’averses diluviennes et de pluies de grêlons, durs noyaux de glace, dont la condensation autour d’un petit cristal parfois très-régulier est attribuée à l’influence électrique : il en est qui pèsent jusqu’à 200 et 300 grammes; même les moindres, violemment projetés, ravagent tout sur leur passage.

Les monts attirent la foudre, répéta de tout temps l’observation instinctive des peuples, et c’est en effet dans les hauteurs de l’atmosphère que s’accumulent les nuages orageux; c’est là que la foudre déchaîne ses fureurs, au point d’abattre les pics, de fondre les roches. Les gorges élevées des montagnes tournées vers la mer semblent exercer sur les foyers d’électricité une attraction prépondérante.

Liés au phénomène des pluies, les orages suivent la même loi pour leur abondance, leur rareté, leur distribution dans le cours de l’année. Leur nombre va diminuant de l’équateur aux pôles, avec des inégalités et des intermittences correspondant aux zones, aux régions, aux saisons de sécheresse; il suit un pareil décroissement en allant des rivages vers la haute mer. Cependant c’est de l’océan Atlantique que viennent la plupart des orages qui s’abattent sur l’Europe, et les vents d’ouest et du sud-ouest

transportent les nuées orageuses jusqu’en Allemagne et en Russie.

Aux causes générales qui déterminent la formation et la marche des orages s’unissent diverses causes locales pour en modifier le parcours. Les chaînes de montagnes les arrêtent, les grandes vallées les attirent, les forêts les détournent, les défrichements les font dévier; même la composition géologique du sol paraît les appeler ou les éloigner. Toutefois le premier rôle appartient à la profondeur et à la direction des vallées, le second à la hauteur et à l’escarpement des reliefs montagneux. Soumis à ces diverses et nombreuses influences, chaque pays court, sous le rapport des orages et des grêles, des risques particuliers qui sont un des éléments de sa condition économique : à la fréquence et à la gravité du fléau se règlent lea taux des assurances, la chance des récoltes, la valeur même des propriétés. L’électricité entre ainsi pour une part dans l’évaluation des fortunes territoriales, et l’industrie humaine s’applique, sans beaucoup de succès jusqu’à présent* à en conjurer les désastres, tout au moins à les prévoir et à les réparer.

L’homme a cependant réussi, en une application importante, à asservir cette force si difficile à manier : la télégraphie électrique, sur terre et sous mer, est devenue dans ces derniers temps un moyen précieux et puissant de communication presque instantanée à toute distance. Ce triomphe, dont la seule annonce eût paru une insigne folie il y a un siècle, permet d’espérer que ce fluide indiscipliné subira le joug de l’homme sur bien d’autres points, quand les lois de son action seront mieux connues.

Les aurores polaires sont une autre manifestation de l’électricité, alliée au magnétisme, qui est propre aux régions glaciales, comme les orages aux régions tropicales et tempérées : en ce contraste éclate une nouvelle harmonie de la nature. S’annonçant d’abord par de blanches lueurs indécises,' l’aurore polaire se dessine bientôt en un arc flamboyant, qui ondule et se déplace; de cette arcade lumineuse des rayons colorés s’élancent vers le zénith et le

ciel s’illumine : le phénomène est dans tout son éclat. Ensuite ces splendeurs s’effacent et s’éteignent l’une après l’autre, comme elles s’étaient déployées; à une vision féerique de la nuit la lumière pâle du jour boréal succède. Quoique les régions extrêmes des deux hémisphères jouissent de ces scènes, c’est vers le pôle arctique qu’elles sont le plus communes, depuis les îles polaires et la baie d’Hudson jusqu’au Labrador, en Islande, en Ecosse, en Scandinavie, dans l’Amérique du Nord ; leurs clartés se prolongent quelquefois jusqu’en nos latitudes, et le ciel de Paris ne les ignore pas entièrement. Cependant ces phénomènes sont rarement visibles en certaines parties de la calotte polaire: le Groenland méridional, le nord de la Sibérie, le Spitzberg. Les aurores boréales ont pour théâtre la hauteur de l’ atmosphère, jusqu’à 1 et à 800 kilomètres; elles se renou-* vellent très-fréquemment pendant les longues nuits des régions hyperboréennes, et leur retour obéit à quelque loi de périodicité, assez bien entrevue pour qu’il soit permis de les prévoir et de les attendre. Si beaucoup ne durent que quelques heures, d’autres se prolongent un jour et deux, et parfois durant toute une semaine. Elles sont plus fréquentes aux approches des équinoxes qu’en tout autre moment de l'année. Quelques observations autorisent à croire que ces embrasements du ciel se produisent en même temps dans les deux hémisphères, quoiqu’ils échappent plus souvent aux regards de l’homme dans les régions antarctiques, occupées par les mers.

Que les aurores polaires soient des phénomènes électriques, la preuve s’en déduit de la perturbation que ressentent au même moment les batteries des télégraphes, et ainsi que de l’identité des couleurs qui brillent sur les nappes, les fusées, et les plaques aurorales avec Les nuances des étincelles électriques ordinaires. Mais ces aurores sont aussi, et avec plus de certitude encore, des phénomènes magnétiques, car elles exercent sur la boussole une action qui se manifeste par des agitatiorisdontlacoïncidence est évidente : par elles la géographie voit les domaines du magnétisme terrestre se confondre avec les siens.

Au dire des physiciens modernes, notre planète est un aimant gigantesque, au sein et autour duquel circulent, avec une incessante activité, les courants invisibles du fluide magnétique. Les merveilleuses vertus de ces fils, à la fois si subtils et si puissants, se manifestent dans la boussole, découverte, il y a sept cents ans environ, par les marins de la Méditerranée, après avoir été depuis longtemps employée par les Chinois, auxquels les Arabes l’avaient probablement empruntée.

Sous l’influence magnétique, l’aiguille aimantée pointe toujours vers l’étoile polaire ou vers le pôle nord de la planète, mais avec une déviation à droite ou à gauche qui est la déclinaison, laquelle s’observe partout, sauf en diverses séries de points qui forment des lignes sans déclinaison. De celles-ci on en connaît quatre : l’une qui traverse le continent américain dans presque toute sa longueur; l’autre qui sépare l’Europe de l’Asie, et coupe en deux moitiés inégales l’Australie; la troisième qui forme une ellipse irrégulière dans l’Asie orientale, en comprenant dans son orbe les mers de la Chine et l’archipel du Japon ; une quatrième décrit un cercle dans l’océan Pacifique, au sud-est des îles Sandwich, sur le trajet de l’équateur. A l’est et à l’ouest des lignes sans déclinaison se développent des lignes tsogones, marquant la série des lieux où la déclinaison est égale, c’est-à-dire où elle forme partout un angle égal avec le méridien terrestre. Tous les courants magnétiques se dirigent vers deux pôles qui sont distincts des pôles du monde, et où l’aiguille se tient verticale. Le pôle nord a été constaté, en 4832, par Jean Ross, dans l’île Félix Boothia, à plus de 20° au sud du pôle arctique ; le pôle magnétique austral, calculé plutôt que constaté, parait être situé au sud de l’Australie, à 44° 55' du pôle terrestre antarctique. Ces deux points d’attraction de la boussole ne sont pas antipodiques l’un à l’autre, car ils ne sont séparés que par un arc de longitude de 164°. Les pôles sont fictivement réunis par des méridiens magnétiques, qui forment et avec les méridiens terrestres, et avec les lignes isogones ou sans déclinaison, des angles variables. Pour comble de compli-

cation, ni les pôles ni la déclinaison n’ont de fixité : d’année en année ils se meuvent à l’esl ou à l’ouest, entre certaines limites, dans un cycle que des calculs évaluent à 488 ans. D’après ce chiffre, Paris, où la déclinaison était nulle en 4663, verrait de nouveau, en 2451, l’aiguille aimantée pointer droit vers le nord du monde.

La boussole subit un second genre de variation. Au lieu de rester horizontale sur son support, elle s’incline d’un certain nombre de degrés, au-dessous du plan de l’horizon, sauf sur une série unique de points qui est l’équateur magnétique, distinct de l’équateur terrestre qu’il coupe sous divers angles. A partir de cet équateur, l'inclinaison se marque par des courbes isoclines, nullement parallèles entre elles, ni avec les cercles de latitude : on a cependant imaginé et tracé des parallèles magnétiques, dont l’intersection est perpendiculaire aux méridiens magnétiques. Dans l’hémisphère nord, c’est la pointe nord de l'aiguille qui s’incline, tandis que dans l’hémisphère sud c’est la pointe sud. L’inflexion des courbes isoclines se ressent de l’influence des formes continentales et subit des variations annuelles et séculaires, comme celle des courbes isogones.

Enfin les agitations delà boussole ont une intensité inégale, suivant les lieux, et de là, à partir d’un équateur dynamique, qui se rapproche sensiblement de l’équateur magnétique, des lignes isodynamiques qui, sans se confondre avec les isogones, s’en écartent modérément : c’est dans les mers brésiliennes que les mouvements de la boussole sont les plus lents, trois fois plus que dans les mers boréales. Ici, on a reconnu deux pôles dynamiques, l’un à l’ouest de la baie d’Hudson, l’autre au nord de la Sibérie, non loin des bouches de la Léna. Dans les mers australes on n’a jusqu’à présent constaté qu’un seul pôle dynamique. L’analogie manifeste entre les lignes isodynamiques et les isothermes révèle entre la température et le magnétisme des rapports dont la loi n’est pas encore connue et dont il faut sans doute demander le secret au soleil, ce foyer central de tous les mouvements de notre univers.

A ces variations permanentes de la boussole s’ajoutent

des variations diurnes et horaires qui concourent à faire du magnétisme terrestre une force aussi complexe dans ses mouvements que puissante dans ses effets. Il intervient, un l’a vu, dans la formation des aurores polaires; il n’est peutêtre pas étranger à cette branche obscure de la physiologie que l’on a nommée, par analogie, le magnétisme animal. Il imprime à certaines roches et à certains métaux des propriétés spéciales que l’industrie utilise. Il fournit enfin, dans la boussole, le plus précieux instrument que les navigateurs aient à leur service pour se diriger sur les mers, de nuit et de jour, par le calme et la tempête; et l’on sait quel parti en tirent les géomètres pour lever les plans, les voyageurs pour régler et reconnaître leur route.

Unis ou séparés, l’électricité et le magnétisme se trahissent encore par quelques symptômes, moins connus ou moins solennels que ceux qui précèdent. Pendant des nuits sans lune et sans étoiles de vagues lueurs s’échappent du sol. Des végétaux, des rochers, des corps animés, des hommes même lancent des étincelles. Sur certains lacs s’amassent des nuages, d’où partent des flammes, des détonations, des crépitations.

A ces divers signes, qui livrent l’imagination populaire aux hallucinations de la peur, la science reconnaît le fluide électro-magnétique. Si la lumière n’est pas faite par cette explication, du moins la terreur est dissipée.

D’autres forces planétaires, jusqu’à présent et pour toujours peut-être justement redoutées , allument et déchaînent les volcans, et ébranlent la terre jusque dans ses fondements.

Distribués en nombre inégal dans les diverses parties du monde, répartis entre les îles et les continents , connus, admirés, redoutés dès la plus haute antiquité, adorés par la foi, célébrés par la poésie pt la légende, les volcans ont imprimé à beaucoup de lieux de la terre une physionomie qui se conserve à travers les siècles, et que renouvellent, sur beaucoup de points, leurs éruptions permanentes ou intermittentes. Par l’accumulation successive des matières pro-

jetëes, ils ont exhaussé des cônes graduellement accrus, qui se dressent en pics, en dômes de plusieurs milliers de mètres, couronnés de leurs cratères éteints ou fumants. Ils ont formé des îles sorties du sein des eaux. Us ont prolongé les terres en promontoires. Ils ont dévasté des contrées, englouti des villes sous leurs coulées de laves et leurs tourbillons de cendre, enseveli des milliers d’êtres humains sous les ruines qu’ils ont faites. Et malgré tant de signes ef- . frayants, ils n’ont pu, nulle part, éloignèr les populations ni éteindre l’activité de l’homme , attiré et retenu par la fécondité des sols volcaniques.

C’est dans l’immensité de l’océan Pacifique et sur son pourtour que sont groupés et alignés le plus grand nombre de volcans en activité. Ils y semblent former une chaîne aux anneaux brisés, qui a un premier point d’attache dans la Nouvelle-Zélande, et un second dans les îles Viti, d’où part un embranchement qui se projette à l’est et se termine à l’île basaltique de Juan-Fernandez. Du nœud des îles Viti la chaîne se déroule à l’ouest vers les Nouvelles-Hébrides, les Salomon, la Nouvelle-Guinée, et se déploie dans tous les sens, à travers les archipels de la Sonde , laissant l’Australie au sud, en dehors de ses lignes, mais se prolongeant au nord jusqu’aux îles Philippines et aux Mariannes : dans cette région, qui peut être considérée comme le foyer des laves, encore bouillonnantes, de la planète, il n’est guère d’îles qui ne soient percées de quelques bouches volcaniques : leur nombre total dépasse cent. Repartant de ce foyer incandescent, la chaîne de feu embrase l’île Formose ; elle allume, parmi les nombreux volcans du Japon, le Fuseyama, qui est le mont sacré d’où descendent les dieux ; et se développant en arc de cercle, autour des deux continents que sépare le détroit de Behring, elle éclaire de ses jets et de ses traînées enflammées le double chapelet des Kouriles et des Aléoutiennes, avec la pointe avancée de la presqu’île du Kamtchatka, qui ne compte pas moins de quatorze cratères en activité. Sur le continent américain, la rangée de volcans, reconnus à l’extrémité de la presqu’île Aliaska, se continue à terre et dans les îles voisines, et après un assez long

intervalle de pays, reparaît sur les hauts plateaux du Mexique, dans l’Amérique centrale, dans l’Amérique méridionale, où elle a exhaussé plusieurs des cimes culminantes des Andes. En pleine mer, la trace de la fissure incandescente se reconnaît dans les îles Gallapagos et surtout dans l’archipel des Sandwich, théâtre de fréquentes convulsions, dues au feu intérieur qui jaillit des flancs élevés de ces îles. Au sud du continent américain la force volcanique éclate encore dans la terre insulaire de B’eu, dans le groupe des Shetland et projette, à l’extrémité des terres australes, les cratères de YErebus et du Mont-Terror.

Partout ailleurs les volcans se montrent plus épars. Dans l’océan Indien, ils ont formé les îles Nicobar et Andaman, au sein du golfe du Bengale, et dans le bassin occidental, le groupe des Mascareignes, les îles Saint-Paul et Amsterdam au sud, Socotora au nord. Plusieurs terres et îles du littoral arabique sont des amas de laves.

Dans l’océan Atlantique, une rangée volcanique, pareille à celle des Kouriles et des Aléoutiennes, se remarque dans la ligne des Petites-Antilles, à l’entrée de la mer des Caraïbes : ce sont les seuls volcans près du rivage américain, tandis que le voisinage de l’Europe et de l’Afrique compte des groupes ou des pics isolés (dans les Açores, les Canaries , l’archipel duCap-Vert, le mont Camerones) qui semblent s’aligner avec les foyers encore brûlants de l’Islande et de l’île Jan-Mayen dans l’océan Polaire. Au sud de l’équateur, la force éruptive, qui jadis forma l’Ascension et Saint- Hélène, n’atteint plus la surface des flots.

La Méditerranée voit aussi s’élever de son sein, ou sur ses bords, ces cimes volcaniques qui, de bonne heure observées, et d’ailleurs placées au cœur de la civilisation primitive de l’Occident, ont obtenu plus de célébrité. L’Etna, le Vésuve, Stromboli, Lipari ! Quels noms furent plus fameux dès l’antiquité et le sont encore, comme les souvenirs terribles qu’ils rappellent, comme les spectacles effrayants et attachants que ces fournaises offrent de temps à autre aux peuples de la terre, aux navigateurs de la mer : défis jetés à la science qui s’efforce de les expliquer et à l’art

qui tente de les peindre. L’archipel grec a son lot de volcans, moins célèbres quoique non moins curieux peut-être par les phénomènes d’apparition, de disparition, de transformation qui les accompagnent, et dont l’ile Santorin (la Théra des anciens) est le principal théâtre.

Dans l’intérieur des continents, en n’y comprenant pas les cratères qui bordent les mers, les volcans sont rares. L’Eu- ^ rope n’en a plus depuis l’extinction de ses foyers qui éclairèrent les temps antéhistoriques, en France, en Espagne, en Italie, en Angleterre, en Hongrie, en Grèce. L’Afrique ne paraît en posséder qu’un seul, le Kénia. L’Asie intérieure en a plusieurs : sans compter les volcans de la Mongolie, dont l’existence n’est pas bien certaine, on cite les montagnes brûlantes de Tian-Chian et la cime fumante du Demavend, haut de 4,400 mètres. Celle-ci est du reste à une petite distance de la mer Caspienne, et rentre dans la loi générale de la proximité des volcans et des grandes masses d’eau. Ce rapprochement, qui ressort à première vue sur les cartes spéciales, donne un haut degré de vraisem- 'i blance aux théories récentes qui rattachent la force volcanique à l’irruption de la mer, par des crevasses inconnues, dans les cavités souterraines, où elle se volatilise et se dilate au contact de matières déjà enflammées ou d’une nature spéciale : l’expulsion dans les airs des gaz, des vapeurs d’eau, des sels, des roches, des laves, des scories, des cendres serait le violent et bruyant effet de ce contact, plutôt que d’un feu intérieur de la planète.

Entre toutes les forces qui agitent et modifient notre globe, la force volcanique est une des plus répandues , comme l’une des plus puissantes. On connaît plusieurs milliers de volcans éteints, et près de 300 en activité, sans parler des milliers de salses , de cônes de boue, des jets d’eau et de gaz, de solfatares, de sources thermales, qui reconnaissent la même origine, les forces souterraines et latentes. De ces phénomènes, les geysirs de l’Islande et de la Nouvelle- Zélande sont les plus singuliers et en même temps les plus beaux à voir. Pour avoir une idée complète de cette mystérieuse énergie, il faut ajouter aux volcans pour ainsi dire

extérieurs, les volcans marins, dont l’action éruptive reste enfermée sous les flots, se trahissant seulement par les commotions de la surface, et rarement par des îlots, qui un jour flottent sur les, eaux, et quelquefois disparaissent, ne laissant de trace que dans les annales de la science qui les a observés. La région de l’Atlantique la plus étroite, celle qui sépare les points extrêmes de la côte de Guinée et du Brésil, paraît être le principal siège de ces phénomènes sous-marins, qui ont été observés aussi dans la Méditerranée.

Comme les volcans, les tremblements de terre ont leur point’ de départ dans les profondeurs inconnues du sol ; et bien que de cette communauté d’origine résulte une certaine liaison dans les manifestations et les effets, ce nouvel ordre de phénomènes obéit à des lois propres qui révèlent autant de différences que d’analogies. Bien des pays à volcans ignorent les tremblements, qui bouleversent au contraire des contrées étrangères aux explosions volcaniques.

Des tremblements sont ressentis sur les terres et sur les mers, dans les cinq parties du monde ; ils semblent partir de quelques grands et profonds centres d’ébranlement, d’où la commotion s’étend, par l’ondulation des secousses, jusqu’aux régions fort éloignées. Les commotions sont plus fréquentes dans les montagnes que dans les plaines ; elles semblent plus rares en automne et en hiver qu’au printemps et en été, du moius pour l’Europe. En dressant des cartes des foyers et des cercles de tremblement, on Reconnaît que, sur la surface du globe, ils sont violents et fréquents en certains pays, insignifiants et rares dans d’autres.

Le bassin de la Méditerranée, en y comprenant le midi de la France, l’Italie, la Grèce, le nord de l’Afrique , la Syrie, l’Asie Mineure , est une des parties ,dii globe la plus sujette aux tremblements. Par le Caucase, la Caspienne et les montagnes de la Perse, ce bassin se relie à une région volcanique de l’Asie centrale, au voisinage du lac Baïkal. Les territoires exposés aux tremblements reparaissent dans l’archipel de la Sonde, au Japon et dans les Mariannes et les Philippines, déjà ébranlés par les volcans. En

Amérique, toute la longue chaîne de montagnes, du nord au sud, éprouve à la fois ou successivement le double phénomène, tandis que la plaine alluviale duMississipi ne connaît que les tremblements , familiers également aux Antilles et aux bords du golfe du Mexique.

Les rivages européens de l’Atlantique ne les ignorent pas, et le souvenir lugubre de certains désastres vivrait dans la tradition lors même que l’histoire ne le conserverait pas. En 468 la ville de Vienne, dans la province lyonnaise, fut détruite par un tremblement de terre, à la suite duquel saint Mamert, évêque de cette ville, institua la fête des Rogations. Le tremblement du 1 er novembre 1 755 renversa la ville de Lisbonne, et fit périr des milliers d’habitants : l’ébranlement retentit en Espagne et en Afrique, et jusque sur le bord occidental de l’Atlantique, dans les Petites-Antilles. Les lacs de la Suisse et de la Scandinavie furent violemment agités ; le régime deg eaux thermales d’Allemagne fut troublé. En 1783, la Calabre et la Sicile furent pareillement toutes bouleversées. La Guadeloupe subit le même sort en 1843; alors la Pointe-à-Pitre s’écroula tout entière en quelques secondes, et plus de 2,000 personnes périrent. Des lugubres souvenirs, dus à la même cause, planent sur un grand nombre de cités américaines : Lima (1746) ; Cumana (1766); Riobamba (1797) ; Bogota (1835); Santiago de Cuba (1852); Mendoza (1861). Une des plus récentes et des plus terribles catastrophes de ce genre est celle qui, en 1868, a accumujé les ruines et le deuil sur toute une vaste région de l’Amérique méridionale, et renversé maintes villes de la Bolivie, du Pérou, de l’Équateur.

De tous les coups qui frappent l’humanité, il n’en est pas de plus soudains, de plus indomptables, de plus terribles que les tremblements de terre : secoué de bas en haut, et quelquefois animé d’un mouvement giratoire, le sol ressent des vibrations précipitées qui se communiquent au loin, comme des chocs violents qui ébranlent tous les points du sol, renversent tous les édifices. Sur les bords des mers, l’inondation y ajoute ses ravages. Des mugissements souterrains accroissent l’horreur. Le sol crevassé entr’ouvre

ses abîmes. Les animaux sont épouvantés. Quand le calme reparaît, quand le silence se fait, les survivants parmi les hommes se relèvent découragés' en présence des cadavres de leurs concitoyens, en face de ruines qu’ils se sentent impuissants à déblayer.

Toutes les forces souterraines n’agissent pas avec cette fureur désordonnée. Il en est une, de toutes la plus inconnue encore, qui, par une action dont la lenteur embrasse de longs siècles, soulève certaines régions de notre planète, en abaisse d’autres, émergeant les unes, immergeant les autres, et produisant ainsi, dans les niveaux et les formes des .continents, des changements que l’homme subit d’une manière insensible. Chaque génération plie ses habitudes, sans brusque transition, à de nouvelles conditions d’existence, et révolution s’accomplit sans dommage pour les contemporains.

Ces soulèvements, qu’accompagnent toujours des dépressions sur d’autres points, ont été constatés dans l’ancien et le nouveau monde : au Spitzberg, en Sibérie, en Scandinavie surtout où le phénomène a été, depuis un siècle, soumis à des observations suivies et précises. Dans la zone septentrionale de l’Asie et d’Europe, une partie des côtes se relève, et le même phénomène s’étend au rivage de l’Ecosse et du pays de Galles. Sur le pourtour de la Méditerranée, pareil soulèvement s’observe, depuis les temps historiques, compensé par une dépression sur les rivages de son golfe Adriatique et en Egypte. C’est aussi un mouvement de dépression que subit le littoral de la Manche, des Pays-Bas, du Schlcswig et de la Prusse : là, des travaux de géant sont nécessaires pour repousser l’invasion des’ flots de la mer.

En Amérique, le mouvement de bascule redresse les côtes du Chili, de la Bolivie et du Pérou, tandis qu’il abaisse le rivage oriental de la Patagonie , de la république Argentine et du Brésil. L’Amérique du Nord obéit à la même loi d’oscillation, ascendante du côté du Pacifique, descendante du côté de l’Atlantique, mais avec moins de généralité. Sur

des aires d’une faible étendue régionale se constatent à la fois des soulèvements et des abaissements : ainsi en Labrador et à Terre-Neuve, les rivages s’exhaussent, tandis que la mer gagne les côtes de New-Jersey et de New-York, de la Caroline et de la Géorgie; et là commence une série opposée de soulèvements qui embrasse la Floride, les bords du golfe du Mexique et les Antilles. Dans un espace encore plus circonscrit le Groenland participe à la double et inverse oscillation.'

L’Océanie présente une double ondulation d’émersion et d’immersion singulièrement complexe. Parmi les îles qui croissent et montent au-dessus des flots, on compte la Nouvelle-Zélande, les îles de Samoa, Tonga, les Viti, les Nouvelles-Hébrides, les Salomon, le nord et l’ouest de la Nouvelle-Guinée, la plupart des terres de l’archipel de la Sonde. La traînée saillante se continue au nord par les Philippines, Formose,les îles Lieou-Khiou, les Kouriles, les régions basses de l’Amour, le Kamtchatka sur la plus grande partie de son parcours : elle correspond assez bien à la chaîne des volcans de l’Océanie, et cette affinité reparaît dans l’archipel des Sandwich et les îles Mariannes.

Aux deux côtés de cette vague d’élévation s’étendent des vallées d’enfoncement que la mer envahit de plus en plus. A l’ouest, c’est la côte occidentale de l’Australie (non le sud qui émerge), avec la Nouvelle-Calédonie, la Louisiane et les récifs de la mer de Corail; à l’orient, ce sont les îles Basses et celles de la Société, et le groupe de Marshall et de Gilbert, les Carolines et la côte orientale de la Chine, avec les îles qui en dépendent.

Dans l’océan Indien, même alternance de niveaux qui s’élèvent dans les archipels d’Andaman et de Nicobar, de Ceylan, des Seychelles, de Madagascar, de Maurice, de Bourbon; et de niveaux qui s’abaissent aux Maldives et aux Comores. Le continent africain se redresse de Mozambique à Monbaze et sur les rivages méridionaux de la mer Rouge, tandis qu'il s’affaisse non loin de l’isthme de Suez.

Enfin sur le bord oriental de l’Atlantique, tandis que les côtes du Sénégal se relèvent, au large Sainte-Hélène et

Madère, probablement aussi les Canaries, descendent peu à peu dans l’océan qui engloutit jadis l’ancienne Atlantide.

Quant aux masses continentales, leur seule existence constate le fait, depuis longtemps accompli, de leur émersion qui se prolonge sur certaines parties de leurs rivages, tandis qu’elle s’efface sur d’autres.

Les forces souterraines, et jusqu’à présent peu accessibles à nos observations et à nos calculs, ne concourent pas seules à cette émersion de certaines parties solides ; dans les mers du sud principalement, il s’y joint le travail, à la fois moléculaire et gigantesque, de ces myriades de polypiers qui sécrètent le corail, bâtissent des récifs, forment des atolls, sortes d’archipels au dessin régulier, et parviennent ainsi à édifier des îlots et des îles dont ne tarde pas à prendre possession la vie végétale et animale, bientôt suivie de l’installation des sociétés humaines.

L’ensemble des conditions qui dérivent de l’atmosphère et des fluides impondérables, de la température principalement, détermine le climat, milieu matériel, dont l’influence se lit en traits évidents dans la végétation, dans l’animalité, dans l’humanité; les formes des êtres, l’inteusité. de la vie, les règles de l’hygiène, les qualités du caractère, les tendances nationales s’en ressentent, et plus encore les occupations et les habitudes économiques des peuples. Par l’exubérance de la vie animale et végétale, par la clémence du ciel, qui fournissent spontanément aux premiers besoins , le climat de la zone torride dispense l’homme d’effort et de prévoyance. Par des rigueurs excessives et la pauvreté de ses productions organiques, le climat des zones glaciales lui rend au contraire le travail trop rude et'mesure mal la récompense à la peine. A distance égale de ces deux extrémités, les climats tempérés imposent un labeur modéré; excitant par l’alternance des saisons une prévoyance facile et procurant une richesse supérieure au besoin immédiat, ils préparent les moyens et les loisirs de la culture des arts et des sciences; ils assurent les progrès de la civilisation :

NOTHE PLANÈTE. C

sous ces heureux climats vivent les sociétés les plus éclair rées et les plus prospères. Là s’assemblent les populations les plus denses, d’où partent des essaims d’émigrants et des caravanes de voyageurs, de marins, de missionnaires voguant vers les autres climats et les autres pays, avec les instruments de puissance etles trésors de science ou de charité accumulés dans leur patrie. A ces signes généraux des principaux climats s’entremêlent des traits qui les nuancent, suivant que les territoires sont proches ou éloignés de la mer et des fleuves; suivant qu’il s’agit de plaines, de vallées ou de montagnes, de terrains assainis ou de marécages, de pays peuplés et cultivés ou de déserts, de villes ou de campagnes. A chacun de ces faits géographiques correspondent des faits physiologiques et sociaux qui, sans asservir l’homme, lui rappellent sans cesse la puissance des lois de la nature, et lui enseignent que le moyen le plus assuré de la bien gouverner consiste à la bien connaître.

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