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forme le tirage et la ventilation. Sur notre planète, la zone équatoriale est le calorifère qu’alimentent les vents frais affluant des deux pôles en sens contraire. Leur mouvement ne se fait pas en ligne droite, suivant la direction des méridiens, parce que les molécules aériennes reçoivent, comme les divers points de la surface de la terre, ainsi que nous l’avons dit, une vitesse inégale suivant la latitude : vitesse extrême à l’équateur, nulle aux pôles, variable d’après une échelle décroissante de l’équateur au pôle. A cette influence s’ajoutent les causes locales, tellement nombreuses et compliquées que, sous les zones tempérées, les vents semblent échapper à la régularité des lois auxquelles ils obéissent dans la zone torride et glaciale. Citons, entre autres causes influentes : la barrière des montagnes et des forêts , les grandes nappes d’eau, les plateaux aux longues pentes, la forme du relief, la nature du sol et de la végétation, inégalement échauffés par le soleil et refroidis par la nuit. A des hauteurs différentes, les vents suivent souvent des courants opposés, que l'œil reconnaît à la marche des nuages; et, en s’élevant vers les limites de l’atmosphère, on rencontrerait les contrecourants permanents qui ramènent l’air échauffé des régions centrales vers les régions polaires, en le laissant se rapprocher de la terre, à mesure qu’il se refroidit. Au ras du sol, par le contre-coup des causes locales, le vent est toujours intermittent, tandis qu’il conserve une régularité constante dans les hauteurs de l’atmosphère.

La succession des jours et des nuits détermine l’alternance des brises de terre et de mer, qui s’observe au voisinage des côtes. Pendant le jour, la terre échauffée appelle, comme un foyer embrasé, l’air qui reposait sur la mer; il afflue pour rétablir l’équilibre : c’est la brise de mer. Puis survient la nuit; alors la terre se refroidissant plus vite que la mer, le vent se retourne vers les flots : c’est la brise de terre. Cette double et agréable sensation tempère la chaleur des pays maritimes, même sous les climats tropicaux, au point de les rendre souvent plus agréables à habiter que les pays continentaux, auxquels manque cette double brise périodique. Des effets pareils

L’ATMOSPHÈRE

s’observent dans les vallées et les montagnes par l’inégal éehauffernent des couches aériennes , durant le jour et durant la nuit ; il s’y établit une sorte de marée ascendante et descendante, comme au pourtour des continents. Les Alpes connaissent surtout ces flux et reflux qui passent assez fréquemment aux vents solaires, c’est-à-dire tournant avec le soleil sur le cercle de l'horizon : effet local d’une loi qui parait s’appliquer à chacun des hémisphères , la loi de giration.

De la combinaison des vents alisés, des vents polaires et des calmes résulte une division du globe terrestre en zones parallèles, qui se distinguent par un état particulier de l’atmosphère, et que l’on peut, en allant du pôle nord vers le pôle du sud, reconnaître aux traits suivants.

Autour du pôle nord règne le calme froid et triste, bientôt remplacé par la zone des contre-alisés du nord, où dominent les vents du sud-ouest jusqu’au 50 e parallèle. De là jusqu’au 40°, les vents nord-ouest disputent la prépondérance à ceux du sud-ouest : entre eux se partage la majeure partie du cercle de l'année. Du 40* au 35 e , les vents trèsvariables succèdent, entremêlés aux calmes, qui, en s’approchant du 30 e parallèle, dominent, et prennent le nom du Cancer. Au delà régnent, sans perturbation notable, les vents alisés, qui soufflent du nord-est toute l’année. On entre enfin dans la zone des calmes équatoriaux, qui occupe une largeur de 5 degrés au nord de la ligne. A partir de cette latitude jusqu’au 30° au sud, la giration des vents continue en sens inverse et les vents alisés du sud-est régnent sans partage. Puis succède, pendant 5 degrés, la zone calme du tropique du Capricorne, analogue à celle que nous avons trouvée au tropique du Cancer. Entre le 35° et le 40° degré sud, la direction de l’ouest reprend le dessus, en variant du sud-ouest au nord-ouest. Au delà du 40°, ce dernier domine et constitue les courants des contre-alisés du sud, qui prévalent, aussi loin que les observations ont été faites, du côté du pôle austral, autour duquel doit régner une autre zone de calme et de froid, malgré quelques remous et quelques vents variables. Les calmes permanents

sont pour les navires à voile les fléaux de la zone équatoriale dans l’Atlantique et le Pacifique : leur largeur varie de 250 à 1,000 kilomètres; leur axe se déplace du sud au nord et du nord au sud en suivant le mouvement apparent du soleil.

Au travers de ces vents généraux, d’autres vents, variables suivant les saisons et suivant les lieux, viennent jeter leurs souffles et troubler la symétrie qui naîtrait de la configuration et du mouvement géométriques , agissant seuls. Les uns sont assujettis à une périodicité régulière : ce sont les moussons. Les autres, toujours intermittents, souvent accidentels, affectent des formes et décrivent des mouvements qui rappellent les tempêtes; ils portent les noms de cyclones, typhons, trombes, tornades, ouragans, tourmentes ; d’un nom local, ce sont les harmattan, simoun, sirocco, khamsin, mistral, et une foule d’autres familiers à chaque peuple, et inconnus au loin.

Les moussons ne sont autres que les vents alisés détournés de leur direction normale par des causes qui se font sentir principalement dans la mer des Indes , dans celle de la Chine et entre Java et l’Australie. En ces parages, pendant six mois, les vents soufflent dans une direction et, pendant six mois, dans la direction contraire. Quand le soleil entre dans 1 hémisphère boréal (l’été), l’atmosphère échauffée et raréfiée appelle vers le nord les courants du sud-est au sud-ouest, qui forment la mousson de ce nom ; et, quand le soleil se porte vers l’hémisphère austral (hiver), la même cause, en se déplaçant, renverse la mousson qui, du nordest au nord-ouest, soufflera vers le sud. Des perturbations pareilles s’observent dans les vents alisés de l’Atlantique, au voisinage de l’Afrique, entre 0 et 13» de latitude nord, ainsi qu’au voisinage de l’Amérique centrale, et s’expliquent de la même manière : l’action du soleil sur les sables du Sahara et sur les hauts plateaux de l’Ulah et du Mexique. C’est encore au foyer ardent du Sahara que sont dus les vents étésiens de la Méditerranée, véritables moussons qui soufflent du nord en été et du sud en hiver.

Le choc des courants atmosphériques se rencontrant de

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face ou latéralement produit des remous aériens, qui se meuvent quelquefois avec une vitesse extrême. Tandis que le vent le plus faible ne parcourt que 30 mètres par minute, les vents les plus violents en parcourent 2.700, et les vents moyens 100 mètres, ou plus de 50 kilomètres à l’heure. A la vitesse de 2,400 mètres par minute, ou •40 mètres par seconde, — quatre fois la vitesse des plus rapides locomotives, — ce sont les tempêtes qui ravagent les terres et les mers. Dans les tempêtes les plus fréquentes, ainsi que dans les coups de vent, l'air se meut peu à peu en ligne droite, et ne change de direction qu’à des intervalles réguliers, et cette direction se maintient, sur la rose des vents, au même rhumb, quelquefois pendant des semaines entières. D’autres tempêtes, plus rares, se déchaînent suivant un mouvement circulaire. Leur action est-elle locale, elles se nomment trombes, de terre ou de mer, et consistent dans des tourbillons extrêmement rapides, de masses d’air, de sables, de vapeur ou de molécules d’eau présentant la forme d’un cylindre, ou d’un cône renversé, ou de deux cônes opposés, et violemment soulevés de bas en haut et de haut en bas, et agitant autour d’elles toute l’atmosphère, puis se dissipant silencieusement ou se brisant avec fracas. Les trombes éclatent dans tous les lieux, sur les mers et les continents, sur les lacs et sur les rivières, sur les lieux habités et sur les déserts, sans que leur naissance puisse être expliquée autrement que par cette cause, générale et vague, de l’équilibre quelque part rompu entre les ondes atmosphériques.

Quand les tempêtes circulaires ou tournoyantes embrassent une grande étendue de pays, elles prennent le nom générique de cyclones, dont le sens étymologique s’applique également aux ouragans des Antilles et de la mer des Indes, t

aux typhons des mers de la Chine, aux tornados de la côte occidentale d’Afrique, aux grands coups de vent de l’Europe occidentale. Toutefois l’usage a prévalu de le réserver principalement pour les tempêtes qui se dévelop- t pent suivant une courbe régulière, entre les limites des régions équatoriales, dans l’océan Indien et dans la mer des

Antilles, plus rarement dans le Pacifique. Les cyclônes se produisent surtout aux époques où le renversement des vents réguliers imprime aux courants aériens des inflexions soudaines, qui déterminent des chocs violents et des mouvements irréguliers, jusqu’à ce que s’établissent de nouveaux courants en sens contraire : ils représentent la transition anormale d’une direction à une autre. Dans les Indes occidentales, les deux tiers des cyclônes ont lieu d’août en octobre, et dans les Indes orientales vers l’équinoxe de mars. Les dimensions des cyclônes mesurent leur force : leur diamètre dépasse parfois 100 kilomètres; leur hauteur s’élève jusqu’à 3,000 et 4,000 mètres; la translation s’opère suivant une courbe parabolique, avec une vitesse progressive qui débute par 12 à 15 kilomètres et arrive à 90 kilomètres à son maximum d’intensité ; elle se combine avec une rotation intérieure, variable aux divers points de la masse ; au maximum elle peut atteindre 100 à 150 kilomètres par heure et va décroissant jusqu’au centre où règne le calme.

Ces soulèvements de l’atmosphère sont accompagnés de phénomènes qui en accroissent la redoutable puissance : une très-grande tension électrique, manifestée par des décharges nombreuses d’éclairs et de tonnerre, des nuages sombres et lourds qui se condensent en fleuves de pluies et en grêles précipitées ; la mer ébranlée jusque dans ses couches les plus profondes envahit les rivages.

De si imposants spectacles remplissent les âmes d’effroi, sèment de ruines les terres, bouleversent les mers qui se trouvent sur leur passage. Les navires sont jetés les uns contre les autres ou engloutis dans les flots, ou brisés contre les écueils et les côtes ; les maisons sont renversées, les arbres tordus et déracinés; les récoltes saccagées, les terres balayées : animaux et hommes périssent en nombre, écrasés, entraînés, noyés. La fortune des pays atteints par l’ouragan est emportée par ces coups aussi imprévus que terribles, et un long souvenir de deuil grave les années néfastes dans la mémoire des populations.

Sur la terre l’homme ne peut que s’incliner sous la fureur

L’ATMOSPHÈRE

des éléments, et réparer de son mieux des désastres qu’il ne peut pas conjurer; mais, sur l’Océan, il est parvenu à diriger les navires de manière à les préserver de la destruction : c’est en étudiant et découvrant les lois de l’apparition et de l’action des cyclones. A des symptômes nombreux, tels que la forme et la couleur des nuages, la houle de la mer, la dépression barométrique, la hausse du thermomètre, les allures môme des animaux, l’observateur reconnaît,^ quelques jours de distance, l’approche de l’ouragan. Que sur la terre un coup de canon donne le signal d’alarme, le navire peut s’éloigner au large et fuir la tempête. Même quand il en est atteint, il peut manœuvrer de manière à se sauver en se livrant à la courbe gyratoire, tandis qu’il serait perdu en voulant la traverser ou la remonter.

Parmi les vents irréguliers et locaux, il en est qui doivent à leurs ravages ou à leurs bienfaits une véritable célébrité. Tels sont les vents brûlants; nés à l’intérieur ou au voisinage du continent africain, et nommés le khamsin en Egypte, le simoun dans le Sahara, le sirocco en Algérie, en Sicile et dans le midi de l’Italie, Yharmattan sur la côte occidentale, le samül de l’Arabie, le solano de l’Espagne. Leurs chaudes bouffées, entremêlées de calmes étouffants, soulèvent des tourbillons d’une poqgsière brûlante, enflamment l’atmosphère, oppressent la respiration, brûlent les rameaux des arbres, dessèchent les herbes. Franchissant la Méditerranée, dont la fraîcheur tempère leur ardeur, ils soufflent sur l’Europe méridionale de tièdes effluves, nuisibles aux récoltes. Dans la vallée du Rhône, ils rencontrent le mistral, un vrai fléau, qui descend, en violentes rafales, des Cévennes refroidies en hiver et au printemps, se précipite en renversant tout sur les plages marines encore chaudes des rayons du soleil, et fait sentir au loin dans le golfe du Lion ses effets redoutables aux navires. Le fæltn est plus bienfaisant : soufflant de l’Afrique, et des hauteurs de l’atmosphère s’abattant sur les cimes et les vallées supérieures des Alpes, il adoucit l’âpreté du froid, il fond les glaces et alimente les sources des

rivières et des fleuves qui baignent et vivifient les contrées d’une partie de l’Europe. Beaucoup d’autres régions ont leurs vents propres, parmi lesquels le pampero de la république Argentine est signalé par la force, la régularité et l’étendue de son courant.

Agents géologiques d’une grande puissance, les vents dessèchent et inondent les terres, soulèvent et dépriment les mers, lancent les flots contre les rives, ou refoulent l’eau des estuaires; ils ébranlent et renversent parfois les œuvres de la nature et celles des hommes; ils rendent stériles les terres en les recouvrant de sable ; dans les pays incultes, ils ne tardent pas à ensevelir sous la poussière les ruines des cités. Mais ce ne sont là que les accidents en quelque sorte, si fréquents qu’ils soient, de leurs fonctions. Leur vrai rôle çonsiste à agiter incessamment les couches de l’atmosphère, pour en renouveler et purifier l’air, pour en mélanger tous les éléments : par cet incessant mélange, toutes les régions de la terre se communiquent et leurs contrastes s’harmonisent.

Ces forces, aveugles mais non inertes, l’homme à son tour les a fait servir à ses besoins. Sur terre, le moulin, mû par le vent, élève l’eau, épuise les marais, broie le grain; sur mer, le navire ouvre ses voiles au vent, pour fendre rapidement les flots; tandis que 1 aérostat demande a 1 air un point d’appui et une direction, qu’il n’a pu jusqu’à présent y découvrir.

Au contact de l’atmosphère et par l’action de la chaleur, l’eau des mers, des rivières, des lacs s’évapore; les vapeurs d’eau s’élèvent dans les airs, où elles flottent tantôt à 1 état gazeux et invisible, tantôt sous la forme visible de nuages; puis elles retombent sur la terre en gouttes liquides ou en particules solides et cristallines, produisant par leurs mouvements propres ou par leur alliance avec la lumière, la chaleur et l 'électricité, une infinie variété de phénomènes. Transportée par les vents à travers toutes les régions de l’atmosphère, d’où elle retombe sur la terre, la vapeur d eau rafraîchit les diverses zones de notre planète, à l’exception d’un petit nombre de localités. Elle est un des grands agents

L’ATMOSPHERE

de la vie des êtres végétaux et animaux qui peuplent le globe et l’une des grandes forces qui en modifient les formes'.

La vapeur d’eau est très-inégalement distribuée dans l’atmosphère, qui en dissout des quantités variables suivant la température : en moyenne, l'atmosphère des continents renferme les trois cinquièmes de l’humidité qu’elle recevrait si elle était complètement saturée dans toute son étendue. Il est des pays, comme les Iles-Britanniques, où l’air est presque toujours à peu près saturé de vapeur, ce qui cause la fraîcheur du climat, tandis que l’air des steppes de l’Asie centrale et du Sahara africain ne contient qu’une faible partie de la quantité qu’il pourrait absorber : là sont les climats les plus secs.

Quand l’air est plus que saturé de vapeur d’eau, l’excédant devient visible sous forme de brouillards ou brumes, sortes de nuages inférieurs qui, se dégageant de la terre, surtout au-dessus des surfaces marécageuses et des prairies humides, enveloppent les campagnes, rampent sur les Hancs des monts, couvrent le paysage de leur voile blanchâtre. L’Océan aussi se couvre de brouillards, parfois sur de vastes étendues : le Galf-Stream en produit sur tout son parcours.

Les nuages sont des brouillards que la force élastique de la vapeur d’eau a portés dans les régions supérieures de l’atmosphère, où leurs formes et leurs mouvements donnent tant de vie au spectacle du ciel; ils témoignent du refroidissement de l’atmosphère, ou du mélange de deux courants aériens qui se rencontrent à des degrés différents de saturation; ils résultent de l’agglomération et de la condensation des molécules d’humidité; ils occupent tous les étages de l’atmosphère. Tandis que certains nuages rasent les sommets des édifices et des arbres, d’autres s’élèvent à plus de 10 kilomètres : leur hauteur habituelle varie entre 1,000 à 3,000 mètres. A celte dernière limite, la zone des nuages n’est dépassée dans l’Europe occidentale que par les sommets des Alpes et des Pyrénées, d’où les observateurs la voient s’étendre à leurs pieds ; mais les aéronautes , dans

leurs plus hautes ascensions, ont toujours vu des riuages au-dessus de leur tête.

Leur épaisseur varie comme leur altitude, depuis le simple voile transparent qui laisse passer l’azur du ciel et la lumière des astres jusqu’à ces énormes et sombres amas de 5,000 mètres que traversèrent Barrai et Bixio dans leur ascension du 3 août 1850. Des couches nuageuses de 300 à 500 mètres sont communes et souvent elles se superposent, de manière à doubler et à tripler la hauteur verticale de l’entassement.

Par leur mobilité et leur gradation, les formes et les couleurs des nuages défient la peinture et la poésie; elles excitent l’imagination à y reconnaître toutes sortes de fantômes, reflets de la terre ou caprices d’invisibles génies. Cependant la science a tenté de les soumettre à la rigueur de ses descriptions et- de ses classements. Sous la forme de petites nuées blanches et fines, imitant des coups de pinceau ou des filaments déliés, flottant à une très-grande hauteur dans le ciel, parsemés par légers groupes ou rangés en lignes, ce sont les cirrus , queue-de-chat des marins : ils se composent de particules de glace. Les cumulus, que les marins appellent des balles de coton, justifient assez bien ce nom par leurs formes, à base horizontale , aux contours arrondis , aux sommets mamelonnés, formant au bord de l’horizon, à des hauteurs qui ne dépassent guère 3,000 mètres, des chaînes de montagnes à l’aspect lourd, mais relevé par des teintes agréables ; ils sont formés de vapeurs vésiculaires. Les stratus sont des bandes de nuagfes qui apparaissent ordinairement près de l’horizon, où ils se disposent en longues traînées parallèles. Les nimbus sont les images à pluie et à grains, d’une teinte grise, presque uniforme et à bords déchirés. Il y a enfin à ajouter le ciel couvert, tantôt par une enveloppe générale qui cache l’azur du firmament et le soleil, tantôt par des nuages agglomérés, sombres, livides messagers des pluies prochaines, dont l’aspect attriste l’esprit, et les yeux, et la nature tout entière. Sous le jeu des vents et des oscillations de la température ces formes se composent et se décomposent, et

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L’ATMOSPHÈRE

dessinent des types mixtes ou intermédiaires, les cirrocumulus, les cirro-stratus, les cumulo-stratus, sans que la variété de ces noms suffise encore à la variété des dessins.

Tant que la vésicule de vapeur se conserve entière, le nuage subsiste ; qu’elle éclate ou crève, par excès de saturation ou refroidissement , et aussitôt commence une nouvelle série de phénomènes où l’eau, reprenant sa forme liquide, tombe en pluies fines, en averses torrentielles, en déluges.

La distribution des pluies sur le globe dépend en général du système de circulation aérienne et d’insolation. Au voisinage de l'équateur, un peu au nord, s’étend une zone de pluies presque constantes accompagnées d’éclairs électriques correspondant à l’action verticale du soleil. En deçà et au delà, vers les tropiques, les pluies divisent l’année en deux saisons semestrielles, comme la course du soleil , l’estivage et l’hivernage. Aumord et au sud des tropiques, suivant l’hémisphère, à distance de l’action per- , pendiculaire du soleil, les pluies intermittentes et con r stantes se renouvellent à périodes et en quantités irrégulières pendant tous les mois de l’année. A partir des cercles polaires, la pluie, devenue plus rare, est remplacée par la neige et la glace. Le grand désert de Sahara, avec son prolongement en Asie, trouble la régularité de cette loi de distribution par réchauffement de son atmosphère, qui ,empêche la condensation des vapeurs d’eau emportées par les hauts courants aériens; au-dessus de sa surface vouée à une éternelle sécheresse les nuages même sont très-rares. Par le rayonnement de la chaleur saharienne, le caractère pluvieux ou sec des saisons se trouve modifié dans toute l’Afrique septentrionale, où les pluies tantôt manquent à peu près entièrement comme en Egypte, et tantôt se répartissent en deux périodes , sèche et humide , comme au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Pareille sécheresse sans pluies s’observe, pour des raisons locales, sur quelques autres points de la terre : dans l’Afrique australe, en Australie , dans l’Amérique méridionale sur les côtes du Pérou, sur les plateaux de l’Utah.

La quantité de pluie qui tombe annuellement varie entre les limites les plus étendues ; depuis le manque absolu jusqu’à une épaisseur de 14 à 15 mètres, qui s’observe dans l’Inde, au sud de la vallée du Brahmapoutrah : là, il pleut presque autant en une année qu’à Alexandrie dans un siècle ; et probablement cette dose énorme est dépassée dans plusieurs vallées de l’Himalaya. Sur les degrés de cette échelle se placent les divers pays, suivant des lois trèscomplexes. L’altitude est une des causes les plus décisives de la précipitation des pluies. En Europe, la moyenne est de 1 mètre 300 pour les districts montagneux , tandis qu’elle varie entre 500 et 600 millimètres pour les districts de plaines et les vallées.

La latitude a aussi sdn influence. Toutes choses égales d’ailleurs, la pluie est en raison du voisinage de l’équateur, car avec la chaleur du soleil s’accroît l’évaporation, et, par suite, la condensation de l'humidité produite par le conflit des vents. En s’éloignant de l’équateur, la pluie suit une progression décroissante à travers les zones tropicales, subtropicales, tempérées, glaciales. Mais les circonstances locales peuvent changer beaucoup cette loi. La Grande- Bretagne et la Scandinavie, entourées de mers froides et brumeuses, connaissent des moyennes annuelles de 2 à 3 mètres, tandis que Paris ne reçoit que 500 millimètres de pluie, Arles 450, Alexandrie 175. Les contours et les reliefs des continents, la rencontre des îles, l’orientation et l’élévation des montagnes, la direction des vents, l’étendue et la position des nappes d’eau de l’intérieur, l’éloignement ou le voisinage des forêts ajoutent leurs Influences à celles de la situation géographique, pour doter chaque localité d’un tribut inégal d’eaux pluviales.

L’action des pluies taille et sculpte les continents. Les gouttes liquides dessinent des rigoles qui commencent à tracer le lit des courants; les ravins le marquent, les torrents le creusent. Les averses violentes lavent les surfaces, entraînent et délayent les matières peu adhérentes, feuilles, terres, cailloux, roches. L’absence des pluies imprime au sol un cachet de monotonie autant que de stérilité, tandis que

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leur fréquence en varie les aspects ; elle ravive la végétation et sert un grand nombre d’industries, jusqu’au moment où elle devient importune et nuisible par son excès.

Quand les gouttelettes de pluie traversent en tombant une couche d’air d’une température inférieure à zéro, elles se congèlent, cristallisent et forment la neige, dont le blanc manteau recouvre les hautes montagnes et protège la terre, avec les semences ou les racines des plantes ; au-dessous d’une certaine élévation, les neiges se fondent; plus haut, elles se conservent solides. C’est ainsi que les neiges perpétuelles signalent de haut et de loin la tête des principales chaînes montagneuses du globe, mais à des niveaux d’altitude variables suivant les climats. Dans les Alpes centrales, la limite varie entre 2,700 et 3,100 mètres; dans les Pyrénées, entre 2,700 et 2,800. Dans l’Amérique méridonale, l’échelle est beaucoup plus étendue : de 1,072 (mont Sarmiento) à -4,687 (Sierra Nevada de Santa-Marta). Dans l'Asie centrale, on trouve des neiges persistantes sur l’Altaï, à 2,144- mètres, et certaines montagnes du Thibet en sont dégarnies à 5,000 mètres. L’Afrique elle-même connaît ce brillant phénomène, et sous les î'eux du soleil équatorial, le Kénia et le Kilimandjaro restent éternellement couronnés de neige, à des hauteurs qu’on évalue entre 5 ou 0,000 mètres.

A la longue, les neiges qui ne sont pas fondues par le soleil, ni emportées par les vents, ni entraînées par les avalanches, subissent diverses transformations. Les flocons se tassent, durcissent, se massent en granules opaques, et forment le névé, d’un aspect blanchâtre et d’un gris terne. Une nouvelle phase se prépare lorsque, sous la pression des masses supérieures, les couches de névé deviennent plus compactes encore et plus dures. Peu à peu les strates superposées se modifient dans leur structure intime; une succession de dégels et de régels chasse tout l’air enfermé dans l’ancienne neige. A la longue, la masse entière prend une transparence presque parfaite et une belle nuance d’azur : le glacier est formé. Lien de l’atmosphère, de l’eau et de la terre, il unit ces trois éléments par un échange incessant de particules. L’atmosphère fournit la .vapeur

d’eau qui tombe en neige sur la terre, se change en blocs de glace, dont les veines inferieures coulent en sources et en ruisseaux, qui forment les rivières et les lleuves. Les glaciers eux-mêmes sont des lleuves congelés, encaissés dans un lit de rochers, flanqués et mêlés de grossières alluvions (moraines), percés de crevasses ; ils coulent avec une lenteur séculaire le long des hautes vallées et des montagnes, se renouvelant vers leurs sommets par la neige, se fondant au bas par les nappes fluides, à mesure qu’ils rencontrent une température qui les liquéfie.

Tous les continents ont leurs glaciers, sources des grands lleuves. Les Alpes seules eu comptent près de 1,100, dont la superficie est évaluée à 3,050 kilomètres carrés : le mont ' Blanc est le vrai centre de cette région de glaces. Moins élevées, les Pyrénées ne comptent qu’une centaine de glaciers, remarquables, à défaut d’une vaste étendue, par leurs crevasses, leurs parois, leurs lacs. Les glaciers du Caucase, quoique nombreux, n’égalent pas en grandeur ceux des Alpes, ni en beauté ceux des Pyrénées. Il en est autrement en Asie, où les énormes glaciers de l’Himalaya et du Karakorum dépassent de beaucoup, comme les chaînes mêmes qui les enserrent, leurs pareils d’Europe : celui de Biafo, dans le Karakorum, n’a pas moins de 58 kilomètres de longueur, et sa superficie, égale à celle de beaucoup de lacs, est de plusieurs reniâmes de kilomètres carrés. En Amérique, les glaciers apparaissent, en des proportions étendues, à plus de 5,000 mètres d’élévation, sur les sommets des Andes centrales de la Colombie et de la Nouvelle-Grenade, de l’Equateur et de la Bolivie. A nos antipodes ceux des Alpes néo-zélandaises rappellent l’Europe. Enfin, toute la couronne des régions arctiques et antarctiques étincelle de glaciers et de névés, dont le Groenland, le Spitzberg et les autres îles et terres voisines du pôle, sont le domaine naturel.

Auprès de ces grands faits hydrographiques, les glaciers, les neiges, les pluies, les nuages, la vapeur d’eau, qui sont des agents cosmogoniques, une rapide mention suffira pour quelques autres phénomènes, d’un caractère plutôt

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météorologique que géographique, dont l’atmosphère est aussi le théâtre.

Sous le nom de serein une pluie, si fine qu’elle est invisible, tombe pendant les mois des grandes chaleurs, au coucher du soleil, quand la vapeur abonde dans l’air, dès que la température s’abaisse un peu : les objets en sont imprégnés sans que l’atmosphère en soit obscurcie. Un refroidissement plus intense produit la rosée, qui mouille fortement les corps, et se dépose pendant la nuit, le matin principalement, où elle couvre les herbes et les pierres de ses perles étincelantes aux rayons de l’aurore. Quand la température des corps à la surface de la terre est inférieure à zéro, la rosée devient la gelée blanche, sous la forme de fines aiguilles diaphanes et blanches, nuisible aux bourgeons et aux plantes délicates; à son maximum d'intensité, la gelée blanche se nomme le givre, qui fait ressembler les arbres à des candélabres éblouissants. Le grésil est une variété de neige, dont les aiguilles s’entremêlent de grains de glace pressés et entrelacés.* Enfin la pluie, congelée dans des conditions particulières d’électricité, produit la grêle, ce fléau où les éléments constituants de l’atmosphère se combinent avec les fluides impondérables qui seront l’objet du chapitre suivant.

L’atmosphère est enfin le véhicule du son et de tous les bruits qui s’entendent sur notre planète. Roulements du tonnerre, explosion des bolides, mugissement des flots, retentissement des cataractes, murmures des ruisseaux, sifflement des vents, bruissement des forêts, paroles et concerts de l’homme, vibrations mélodiques et symplioniques des instruments, cris et chants des animaux, bourdonnements des insectes, échos des vallées, toutes ces voix, qui animent la nature, ne seraient pas perçues si l’atmosphère n’existait pas. Un lugubre silence régnerait au sein des airs, à la surface de la terre et des mers. La vie serait privée de l’un de ses principaux charmes ; et tel paraît être le triste sort que le manque d’atmosphère fait à la lune.

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