CHAPITRE VII
LA FLORE
Lorsque, à une époque inconnue dans l’obscure histoire de ses origines, notre Planète eut atteint le degré de refroidissement nécessaire à la vie des êtres, les végétaux et les animaux y apparurent sous des formes dont les fossiles ont fidèlement conservé l’empreinte. On trouve les premiers vestiges des plantes dans le terrain cambrien, assise inférieure des terrains de transition : elles y sont rares et rudimentaires , l’énorme quantité d’acide carbonique que contient alors l’atmosphère ne pouvant être absorbée par la végétation naissante. Dès le terrain silurien les types se multiplient : on y a recueilli environ 80 plantes fossiles de la classe des algues. Dans le terrain dévonien les débris végétaux abondent et constituent des couches d’anthracite , premiers dépôts importants de combustibles, qui présagent les grandes accumulations de houille de l’âge qui suivra. Sur les îles naissent dès lors des conifères semblables aux araucarias et des cryptogames analogues aux fougères.
Avec la période carbonifère la vie végétale apparaît dans toute son énergie exubérante. L’atmosphère, saturée de vapeur d’eau et d’acide carbonique , est réchauffée pàr une température torride. De cette alliance d’une humidité et d’une chaleur également extrêmes naissent les forets primitives, que nous retrouvons aujourd’hui, sous la forme de mines de houille. Débarrassés d'une partie de leurs éléments constitutifs , imprégnés de substances bitumi-
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neuses et goudronneuses qui sont les produits de la décomposition des matières organiques, les troncs et les feuilles de ces végétaux antiques nous présentent ces couches puissantes de charbon, qui ont une influence si directe sur les conditions de la vie humaine, de l’industrie et de la civilisation. En ces masses noires, emmagasinées dans la profondeur ténébreuse du sol, les hommes puisent à la fois la force, la chaleur et la lumière; dans un milieu si bien préparé, les usines s’élèvent, les populations se condensent et les villes grandissent avec une surprenante rapidité. Les plantes, dont les débris composent les dépôts de houille, sont au nombre de mille espèces environ , cryptogames pour la plupart et de dimensions bien plus fortes que leurs congénères aujourd’hui vivantes. Avec les fougères ayant 25 à 30 mètres de haut, les prêles, les marsilées, les lycopodes formaient les quatre cinquièmes des végétaux de cette époque : le cinquième restant appartenait à des classes plus élevées. Là se retrouvent les énormes calamites et les sigillaires au tronc élancé, et les gigantesques lépidodeudrons, et les walchias, ancêtres des palmiers et des conifères, une foule d’autres arbres disparus, ou dont on ne retrouve plus les analogues que sous les tropiques. Dès cette époque la vie végétale atteignit son maximum d’intensité, à la différence de la vie animale moins effervescente, et depuis lors ses types se sont infiniment multipliés, mais sur de moindres proportions. Le sol très-mouillé, peu élevé au-dessus du niveau des mers, était couvert de bois hauts et touffus, donnant au paysage un aspect très-uniforme, d’une verdure éternelle, mais sans fleurs ni fruits. A juger de leur état actuel par ce qui en reste , la densité de ces bois devait être beaucoup plus grande que celle des forêts vierges, aujourd’hui les plus épaisses, du Brésil et des rives de l’Amazone.
Durant l’époque secondaire, la végétation se modifie; le nombre des espèces augmente, en même temps que s’amoindrissent leur taille et leur masse totale ; les débris qui s’en retrouvent indiquent un grand nombre de conifères et cycadées qui n’existent plus que dans les pays chauds.
98 NOTHE PLANÈTE
Auprès des fougères croissaient des fucus, d’ordre inférieur ; sous des formes atténuées, dans les forêts épaisses survivent même quelques essences qui ménagent la transition d’une époque à l’autre, à côté d’espèces nouvelles qui se montrent, de manière à compléter toutes les grandes classes du règne végétal avant la fin de l’époque secondaire. La décomposition de ces plantes a donné lieu à des nappes abondantes et souterraines de pétrole et de sel, que la sonde en notre temps devait appeler au jour. Aux bancs de houille succèdent les gisements de lignite , combustible plus maigre, plus sec, présentant dans ses couches fibreuses la texture du bois, et utile encore pour l’industrie.
Dans les âges postérieurs aux terrains secondaires, les végétaux dicotylédones dominent, et parmi eux apparaissent les genres et les espèces de nos jours. Dès le terrain tertiaire, on distingue le cèdre, le sapin, le chêne, le châtaignier, le hêtre, le peuplier, le poirier, la vigne, en même temps que survivent quelques grands monocotylédones, des palmiers entre autres, comme si un climat subtropical régnait sur toute l’Europe. Au milieu de ces forêts aux épais feuillages sont déposées des couches de charbon fossile, lignite ou bois pétrifié.
A l’âge quaternaire correspondent les vastes amas de plantes aquatiques fibreuses, qui forment les tourbières, déposées au fond d’anciens lacs et d’anciens marais, ou étendues sur certains plateaux : végétaux fossiles, entrelacés et comme feutrés, qui servent de combustibles. Composée de plantes qui croissent de nos jours, une tourbière est une sorte de forêt aquatique, susceptible d’exploitation et d’aménagement comme une forêt ordinaire. Enfin, l’humus et le terreau se forment de nos jours avec les détritus de toute la végétation, et ils alimentent les herbes et les arbres qui composent la flore contemporaine, dont il nous reste à esquisser les principaux caractères.
A la différence des minéraux, qui sont distribués, par un hasard apparent, sur toutes les parties de la terre , et dans la même espèce se présentent partout pareils, la végétation est modifiée par le milieu où elle se développe. Les plantes
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varient, dans quelque mesure, suivant la nature du sol qui les porte ; elles varient surtout suivant la température, réglée elle-même par la latitude et l’altitude, par l’éloignement ou le voisinage de la mer. Sous la zone torride, où la chaleur intense se combine avec une extrême humidité, la végétation est exubérante et splendide. Moins puissante et moins riche dans la zone tempérée boréale, elle y présente encore de belles familles de plantes et d’importantes cultures. La zone tempérée australe se ressent davantage du voisinage des contrées torrides : la flore y conserve une physionomie tropicale et possède des espèces qui lui sont propres. En avançant vers les pôles, comme en s’élevant vers les. hautes cimes des montagnes, la végétation diminue et se rabougrit. Sous toutes les latitudes, à toutes les hauteurs, elle forme des groupes naturels, dont la langue exprime la diversité. Les futaies, les bois, les taillis, bosquets, broussailles, buissons, makis, jungles, fourrés, marquent les massifs de végétaux arborescents, dans leur progression décroissante. Plus humbles, les prairies, savanes, pampas, pâturages, pacages, désignent les étendues couvertes de plantes herbacées, propres à la nourriture des animaux; les steppes, les landes, marquent le même aspect avec une teinte plus sauvage et plus stérile; les plantations, les cultures et les récoltes expriment les œuvres du labeur agricole de l’homme, dont les guérets et les friches désignent les intermittences de travail et de repos. Entre ces divers traits, en y ajoutant les déserts, se répartit la surface solide du globe, sans qu’il soit possible d’assigner à chacun son lot quelque peu précis. Sur les 13 milliards d’hectares de terre émergés, une division approximative assigne une superficie de 5 milliards aux forêts, de 2 milliards aux prairies, de 1 milliard aux cultures, le reste étant par moitié non cultivé encore et par moitié non cultivable, ou à peu près interdit à une végétation permanente.
Chaque contrée possède un certain nombre de végétaux, dons spontanés de la nature ou conquêtes du travail humain, qui en font la richesse ou l’ornement, et souvent impriment au paysage une physionomie particulière. L’Europe, la partie
du monde la plus avancée en culture et en civilisation, étale à sa surface de vastes champs de céréales, qui fournissent à ses habitants leur principal aliment, le pain. Suivant les pays, les terroirs et les saisons, le blé, le seigle, l’orge, l’avoine, le maïs, le millet, le sarrasin, occupent les champs, qu’entourent des prairies de fourrages naturels ou artificiels (luzerne, sainfoin, trèfle), pour la nourriture des animaux ; ou des plantations de racines et de tubercules (pommes de terre, betteraves), que sc partagent les hommes et le bétail. Toute l’Europe centrale et méridionale cultive la vigne pour le vin ou l’eau-de-vie, ou pour le raisin de table • et les pays de vignobles se distinguent entre tous par la densité et l’activité de la population. A ces plantes d’autres s’entremêlent en vue d’un emploi principalement industriel : le chanvre, le lin, le mûrier, le tilleul fournissent des fibres textiles; l’olivier, le colza, l’œillette ou pavot somnifère, des graines oléagineuses ; la garance, le pastel, la gaude, le safran, des matières tinctoriales; la betterave fournit du sucre. Le houblon sert, par ses fruits amers, à la fabrication de la bière. Les jardins maraîchers sont remplis* de légumes aux saveurs, aux couleurs et aux formes les plus variées. Pour le renouvellement de nos tables, les vergers sont plantés d’arbres à fruit, les uns indigènes, les autres exotiques et acclimatés, qui ombragent le sol et récréent la vue avant de charmer le goût. Parmi ces fruits, il en est, comme l’oranger, le citronnier et leurs congénères de la famille embaumée des aurantiacées, qui appartiennent particulièrement à la zone méridionale de l’Europe ; de ces beaux types on peut rapprocher la grenade, la jujube, la figue, la pistache, la caroube, l’olive. L’amande, l’abricot, la pêche, la prune, la poire, la pomme, la châtaigne, lq noix, remontent volontiers vers la zone moyenne de l’Europe. La cerise, la pomme, s’accommodent de l’atmosphère plus fraîche de la zone septentrionale.
Les arbres fruitiers forment des massifs moins étendus que les arbres forestiers, qui composent la presque totalité des forêts de l’Europe. Ici, on remarque, ensemble ou séparément, des essences dont l’industrie tire un plus grand
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parti : le chêne, si estimé pour son bois, qui domine dans les forêts de l'Europe tempérée; l’odorante ét nombreuse famille des conifères (pin, sapin, mélèze, épicéa, if, cèdre), l’orme, le hêtre, le frêne, le charme, le tilleul, le bouleau, l’érable, le châtaignier. Ce dernier, comme le noyer, le mûrier, le peuplier, le saule, l’olivier et l’oranger, forme souvent des plantations régulières de main d’homme. Au midi, de rares cantons sont embellis par des bois de palmiers-dattiers qui rappellent l’Afrique; au nord, les chênes ne dépassent guère le 50° de latitude ; quelques espèces vont jusqu’au 00 e ; les conifères s’avancent jusqu’au 68 e et 09 e ; le bouleau atteint le 70°, et le bouleau nain ne s’arrête qu’au 71°. Sur les montagnes de 1 Europe tempérée, une échelle analogue assigne au chêne une élévation de 800 mètres au plus; de 1,000 à 1,200 mètres au hêtre ; de 1,800 aux conifères; de 2,000 au bouleau, qui ne forme plus que des buissons, quand il dépasse ce niveau.
Il n’est aucun de ces bois qui ne serve à quelque usage : constructions navales, constructions civiles (charpente, menuiserie), ébénislerie, boissellerie, charronnage, chemins de fer, télégraphie, toutes les industries qui emploient le bois trouvent d’abondantes ressources dans les forêts de l’Europe; et les débris ligneux, ou même les essences de moindre valeur, servent comme combustibles des foyers. Outre le bois, les arbres fournissent des écorces, des feuilles, des fleurs, des fruits, des racines, des gommes, des résines dont on tire également bon profit.
Les autres parties du monde ne sont pas moins riches en végétation arborescente. En Afrique, le thuya, aux veines et aux nuances délicates, est particulier à l’Algérie. Le palmier-dattier embellit toute’ la zone saharienne de ses hautes et élégantes colonnades, couronnées d’ondoyants panaches de feuilles et de régimes inclinés de fruits ; ombrage et manne des populations, sur toute la lisière du désert jusqu’en Egypte, en Arabie, en Syrie et en Mésopotamie. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, l’Afrique montre ses acacias àgomine, ses mangliers, ses palmiers à huile, ses baobabs, ses ébéniers, ses tamariniers, ses euphorbes,
ses bois de teinture, ses cocotiers, auxquels succèdent, dans l’Afrique australe, les bruyères et les cactus. — En Asie, la Chine et le Japon sont renommés pour leurs bambous; l’Inde, pour ses figuiers de banians et ses cocotiers ; l’Himalaya, pour ses rhododendrons. — L’Australie montre aux voyageurs étonnés ses fougères arborescentes et ses cycadées, ses gommiers et ses eucalyptus ; les îles de la Sonde, leurs arbresàépices ; les îles de l’Océanie, leurs arbres à pain et leurs cocotiers. — En Amérique, la scène change : les forêts canadiennes sont peuplées d’érables et de chênes ; sur les monts de la Californie et du Mexique se dressent les séquoia, géants hauts de plus de cent mètres ; les rives du Mississipi sont bordées de magnolias et de tulipiers; la vallée de l’Amazone est couverte de palmiers, de mimosas et d’euphorbes ; le Brésil, de palmiers et d’autres arbres sans nombre ; les cimes des Andes sont couronnées d’araucarias, derniers représentants d’une immense famille des temps géologiques. Sur tous les rivages des contrées chaudes, les mangliers et les palétuviers ceignent les terres d’une barrière entrelacée de tiges, de branches et de racines qui arrête les ondes et fixe les limons humides de la mer. Quelques-uns de ces arbres, le bambou, le cocotier, le dattier, le palmier-carauba du Brésil, sont la providence des populations, qui en tirent à peu près tout ce que leurs besoins exigent : du bois pour leurs demeures et leurs mobiliers, des feuilles pour la toiture des cases et le vêtement des personnes, des libres pour faire des nattes, des cordes, toutes sortes d’ustensiles ; puis des teintures et des cires et surtout des vivres solides (dattes, cocos, noix, sucre) ou liquides (vin, arack, huile, lait).
En scrutant les richesses infinies du monde végétal, les botanistes y ont reconnu et décrit environ 120,000 espèces, qu’ils rangent en ordres et en familles, dont la distribution à la surface du globe est en rapport avec les latitudes, les continents et les mers. D’un trait général, la complexité de l’organisme va croissant du pôle à l’équateur, du froid au chaud : les cryptogames et les monocotylédones sont relativement plus nombreux à mesure que l’on avance vers les
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régions polaires, les dicotylédones vers les régions équatoriales. Les affinités végétales avec le climat s’observent jusque dans les familles, dont les unes prédominent et les autres manquent, suivant les latitudes. Leurs aires d’expansion, d’une étendue variable pour chaque genre et chaque espèce, se pénètrent et se limitent suivant des lois que la sciçnce s’applique à reconnaître : leurs lignes de stationnement se rapprochent des courbes isothermiques sans se confondre avec elles, parce que ces dernières marquent des moyennes d'égale température, tandis que l'orbe d’existence de la plupart des plantes dépend du maximum de chaleur et de froid, plutôt que des moyennes.
La partie solide de la terre n’est pas seule peuplée de végétaux. Les eaux stagnantes ou courantes ont leurs plantes spéciales: algues ou conferves, nénuphars ou renoncules. Les océans sont bordés de prairies de varechs que le flot rejette sur le rivage et que le cultivateur emploie comme engrais ; au large, ils sont parsemés de champs flottants de fucus, dont le plus étendu est la mer de Sargasse, au sein de l’océan Atlantique, au centre du circuit que décrivent les courants qui tournoient entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. L’atmosphère elle-même possède une végétation appropriée à la hauteur et à la température de ses couches, et composée de plantes pour qui le sol, les rocs ou les arbres ne sont qu’un point d’appui. Lianes aux guirlandes flottantes, orchidées aux fleurs bizarres, mousses ou lichens aux verdoyants tapis, ces plantes tirent leur principale nourriture de l’air ambiant
Classés, non plus d’après leur seule provenance, ou leur • mode d’existence, mais d’après leurs emplois, les produits végétaux présentent des richesses inépuisables et appropriées à tous les besoins de l’homme : par l’échange entre les divers pays, ils deviennent 'le principal aliment de la navigation et du commerce, et par leur élaboration industrielle, un des principaux éléments de l’activité des peuples civilisés.
jÿenquiert-on de vivres? Sans parler de ceux que nous avons nommés à propos de l’Europe, toutes les terres qui
baignent l’océan Indien, et particulièrement l’Inde, l’Indo- Chine et la Chine, y chargent les navires de riz, à destination de toutes les colonies et même des métropoles. Le Nord- Amérique vend à l’Europe ses farines et ses blés ; l’Amérique presque tout entière cultive en grand le maïs pour les colons, le manioc pour la nourriture de ses travailleurs. L’Afrique se nourrit de millet et de sorgho ou dourah. Les Antilles partagent avec la Louisane et les colonies de la mer des Indes l’approvisionnement du monde en sucre, dont la betterave leur dispute depuis un quart de siècle le privilège. La zone intertropicale conserve le monopole du café; l’Asie orientale, celui du thé; l’Amérique centrale et tropicale, celui du cacao. Longtemps cantonnés dans leur pays d’origine, divers fruits et grains, divers légumes et tubercules commencent à circuler au loin : citons seulement les ananas, les bananes, les goyaves, les oranges et citrons, les noix de coco.
Veut-on relever la nourriture par des épices? L’Orient et l’Occident s’en disputent la fourniture à l’Europe, qui ne peut les obtenir de sa température trop modérée. Depuis la côte indienne de Malabar jusqu’aux rives malaises de Sumatra, de Java et de Bornéo, le poivrier abonde. La cannelle se récolte à Ceylan, et sur le littoral asiatique jusqu’à l’archipel malais. Le muscadier prospère dans les Moluques, à Amboine et dans la presqu’île occidentale de la Nouvelle-Guinée. Le girofle croît aux mêmes lieux et, transportée dans les îles Mascareignes et à Zanzibar, il y a réussi à merveille. Le gingembre abonde au Malabar, la vanille à l’île de la Réunion.
La plupart de ces épices, spontanées ou importées dans le Nouveau-Monde, s’y sont multipliées. La vanille du Mexique, la cannelle des Antilles, le girofle de Cayenne, le gingembre et le piment de la Jamaïque, ont pris rang à côté des denrées coloniales, comme la malaguette de l’Afrique occidentale, comme les aromates des régions les plus chaudes, comme le tabac, qui tient le milieu entre les vivres et les aromates, et qui est du petit nombre des plantes presque cosmopolites. Par ses propriétés narcotiques, le tabac se rapproche de
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l’opium, plus funeste encore aux Orientaux; du haschich (préparation de feuilles de chanvre), usité de préférence chez les peuples musulmans de la Perse, de la Turquie, de l’Inde et de l’Afrique ; du bétel, non moins cher aux Indiens, aux Chinois et aux Malais; du coca, recherché, pour ses propriétés excitantes et toniques, des habitants de l’Amérique méridionale, ainsi que le maté. -
De ces groupes on peut rapprocher quelques tubercules et fécules alimentaires (arrow-root, sagou, salep, choucaraïbe), et même les drogues médicinales, également destinées au corps humain, pour le fortifier et le guérir. A cet égard, la libéralité de la nature semble défier l’art humain.
Les Aqdes centrales et méridionales fournissent l’écorce de quinquina, spécifique si apprécié contre la fièvre, que l’Hindoustan, Plie de Ceylan et Java ont commencé à produire, par l’introduction des cinchona américains. A peu près les mêmes climatures produisent les racines dépuratives de la salsepareille et divers baumes doués de propriétés analogues. Le cousso, employé contre le ténia ou ver solitaire, croît dans les hautes montagnes de l’Abyssinie; 'le poivre cubèbe à Java. Les plantes à propriétés purgatives ou vomitives sont des moins rares. L'ile Socotora et l’Afrique produisent l’aloès; la casse est commune dans les Indes orientales et occidentales, comme le séné en Afrique ; l’ipécacuanha est la racine d’une plante qui se trouve dans les forêts du Brésil central ; le jalap doit son nom à la ville de Xalapa, au Mexique, dont il est originaire; la noix vomique vient de Ceylan, de la côte de Coromandel et de la Cochinchine; la rhubarbe se récolte dans l’Asie centrale et orientale, depuis la Bouckharie jusqu’à la Chine; la manne dé-' coule de divers frênes en Calabre et en Sicile.
Pour donner un aperçu des ressources que la flore du globe offre à l’art pharmaceutique et à la science médicale, il y aurait encore bien d’autres drogues et substances médicinales à citer. Ne pouvant tout énumérer, mentionnons seulement le camphre d’une vogue si récente et si générale, qui vient des îles de la Sonde et des extrémités de l’Asie
orientale; la gomme adragante, qui découle de plusieurs arbres de l’Asie Mineure; la gomme arabique, qui, sous le feu d’un vent desséchant, suinte des acacias du Sénégal, aussi bien que de ceux de l’Arabie.
Si utiles et nombreuses que soient ces substances végétales, elles sont loin d’imprimer à l’activité humaine une aussi forte impulsion que les matières textiles, oléagineuses et tinctoriales.
Entre les fibres et filaments qui, assouplis par la main de l’homme ou le travail des machines, forment des tissus, le coton se distingue par son rôle de premier ordre : c’est le duvet blanc, léger et délicat qui entoure lagraine du cotonnier, dans une capsule florale, d’où il s’échappe par flocons après les fortes chaleurs. Dans les pays les plus chauds, le cotonnier devient un arbre; dans la zone subtropicale, où il réussit encore très-bien, il reste une plante herbacée à longue et courte soie, suivant la variété cultivée. Les Etats- Unis sont le principal centre de production, et ils approvisionnent pour la plus grande partie les fabriques européennes ; viennent ensuite les Indes orientales, l’Egypte, le Brésil. La rébellion des Etats du sud, suivie de l’abolition de l’esclavage, ayant désorganisé le travail pendant quelques années, une vive impulsion a été donnée à la culture du cotonnier dans toutes les contrées où ce végétal atteint sa pleine maturité : il s’est avancé jusqu’en Algérie et en Italie.
Ce n’est qu’à une assez grande distance du coton que se rangent le lin et le chanvre, dont nous avons constaté la récolte en Europe ; et plus loin encore le jute, le chinagrass, Yabaca ou chanvre de Manille, filaments que jl’Asie orientale et la Malaisie fournissent à l’Angleterre, le phormium, tenax, propre à la Nouvelle-Zélande, et une quantité d’autres filaments d’origine végétale.
Il est peu d’écorces et de fibres qui ne soient transformées en fils ; les moins fins forment des nattes, des paniers, des cordes, tous les objets de la vannerie et de la sparterie; et la papeterie trouve encore à utiliser les fibres les plus grossières ou les moins souples, en les triturant en pâtes (palmier nain, alfa, écorce do mûrier, paille).
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La série des huiles végétales est encore plus variée. Sans revenir sur l’olivier et les autres plantes oléagineuses de l’Europe, mentionnons : l’huile d’arachide, qui s’extrait de la graine de cette légumineuse, appelée aussi pistache de terre, et dont la côte occidentale d’Afrique est le principal centre de production ; les huiles de coco et de palme, qui se récoltent en Guinée, puis au Sénégal et dans l’Inde ; l’huile de sésame, originaire de l’Inde principalement, les huiles de ben, de croton, de ricin, d’illipé, de bancoul, que, d’année en année, l’industrie européenne dispute à la consommation locale des pays chauds.
Les teintures végétales sont aussi représentées en dehors de l’Europe, où nous avons reconnu la garance, originaire de la Perse, le safran et le pastel. La plus renommée de toutes est l’indigo, à la belle et solide couleur bleu foncé, dont le nom indique la provenance. L’Afrique fournit l’orseille, qui s’extrait des lichens qui tapissent les roches de ses côtes; le henné, qui colore surtout les substances animales et tatoue la peau des populations africaines ; divers sumacs, dont on retrouve les analogues dans le midi de l’Europe. Le roucou, qui teint en rouge, vient du nouveau monde; la gomme-gutte, le cachou, le sang-dragon, de l’hémisphère oriental. Les bois colorants complètent la série des teintures végétales : le Brésil fournit le bois de son nom ; l’Amérique centrale, le campêche ; Cuba, le bois jaune ; le monde asiatique et océanien, le sapan et bien d’autres.
On peut enfin grouper, dans une catégorie mélangée, un assez grand nombre de substances qui ne rentrent pas dans les' classes précédentes : ce sont surtout des sécrétions de divers organes végétaux. Telles sont les gommes médicales dont l’industrie se sert non moins que la pharmacie, et divers sucs tenaces, élastiques ou résineux, dont les plus connus sont : le caoutchouc ou gomme élastique, etlagutta-percha, conquêtes toutes récentes de l’industrie qui en fait des milliers d’applications aussiingénieuses qu’utiles ; — les baumes odoriférants, benjoin et myrrhe, recherchés pour les usages de luxe et de culte religieux ; — la laque et le copal, dont
on compose des vernis estimés, les graisses et les cires végétales. Nous n’indiquons pas de lieu d’origine pour ces diverses substances qui s’extraient toutes d’arbres que l’on trouve dans les forêts vierges de l’ancien et du nouveau monde, sous la zone torride : leur nombre et leur importance semblent n’avoir d’autres limites que les recherches mêmes des arts de la civilisation, tant la luxuriante nature des contrées tropicales déborde en sève, mêlée d’huiles, de résines, de gommes, qui coulent spontanément ou s’en extraient par incision et pression.
C’est encore aux mêmes sources que l’on va puiser des huiles volatiles ou essences, recherchées’ par la parfumerie et la distillerie, qui en fixent l’arome dans leurs compositions solides ou liquides. L’Orient et l’Occident s’en partagent la production, et la zone tempérée rivalise avec la zone torride, comme on le voit pour les essences de jasmin, de rose, de géranium.
L’homme n’use pas seulement des richesses végétales que la nature lui a mises sous la main, il en abuse aussi pour les détruire, et la hache du défricheur, bienfaisante quand elle se borne à éclaircir les forêts trop épaisses, et à réduire les forêts trop étendues, cause bien des ravages par des défrichements et des déboisements intempestifs. Par cet abus, non-seulement les ressources destinées aux futures générations sont d’avance épuisées, mais les climats en reçoivent une profonde perturbation. Cessant d’être alimentées par les vapeurs d’eau refroidies et par les pluies qu’attirent les forêts, les sources diminuent et tarissent ; leur puissance d’irrigation et de mouvement s’affaiblit et disparaît ; le climat se dessèche comme les récoltes ; la santé et le bien-être des populations sont éprouvés par les fléaux. Le rétablissement de l’équilibre entre les diverses forces de la nature appelle, pour un âge prochain et surtout pour les âges à venir, la restauration des climatures par une culture régulière des forêts. C’est que les plantes ne concourent pas seulement à purifier l’air, en en fixant le carbone; à nourrir en partie l’homme et la plupart des animaux ; à fournir par leurs détritus une base de nutrition
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ou un engrais pour le renouvellement incessant des générations végétales ; enfin, à parer et embellir le globe par leur branchage et leur feuillage aux teintes variées : champs de rencontre des fluides impondérables, lumière et chaleur, magnétisme et électricité, aussi bien que des forces pondérables, air et humidité, les forêts sont un des instruments essentiels des harmonies de la nature, dont on ne détruit pas impunément la providentielle ordonnance.