CHAPITRE VIII
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La môme époque, perdue dans les profondeurs insondables de la genèse de notre Planète, vit poindre lavie animale et la vie végétale, presque confondues dans les organismes primitifs, mais bientôt épanouies sous des types distincts. Le feu ne comportant pas la vie organique, les uns et les autres manquent aux terrains ignés ; c’est dans les terrains de transition, ou de l’époque intermédiaire entre le feu et l’eau, qu’apparaissent pour la première fois des débris fossiles, témoins irrécusables de la vie naissante : pour les animaux, ce sont les eozoon ou animaux de l’aurore êtres aquatiques, respirant par des branchies, dont les débris constituent des masses calcaires considérables. Dans la période cambrienne, on reconnaît quelques vestiges de zoophytes, coraux, radiaires, mollusques, crustacés. Dès la période silurienne, on compte plus de 7,000 types, parmi lesquels se montrent déjà quelques poissons, mais aucun animal terrestre. Avec la période dévonienne, le type des poissons prend un accroissement notable. La période carbonifère fut moins favorable à l’animalité qu’à la végétation; cependant de nouveaux types de crustacés se montrent plus rapprochés des espèces actuelles; les poissons s’y trouvent, quoique rares, et aussi quelques insectes. Bientôt les reptiles apparaissent et les premiers quadrupèdes à sang froid, respirant l’air par des poumons. A ces signes de perfectionnement dans les organismes, on reconnaît que l’atmosphère s’est modifiée.
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L’époque secondaire s’ouvre plus largement à la vie animale. En même temps que de nouveaux mollusques rappellent, en les modifiant, les animaux inférieurs, la classe des reptiles continue à se développer en se perfectionnant : c’est l’âge des ichthyosaures, des plésiosaures, des mégalosaures, qui ont plus de dix mètres de long, des pliosaures, des téléosaures, sauriens nageurs aux formes bizarres et aux énormes dimensions ; c’est l’âge du ptérodactyle ou reptile volant, quelque peu semblable aux chauves-souris, qui semble avoir réalisé le dragon de la Fable : grands quadrupèdes, encore à sang froid, qui donnent un si grand intérêt aux terrains jurassiques. L’ordre plus élevé des chéloniens ou des tortues se montre surtout dans les derniers étages oolithiques, à côté de poissons, de crustacés, d’insectes, de mollusques, de zoophytes, caractéristiques de cette période. Enfin les premiers mammifères apparaissent, fort petits encore et de types peu variés, appartenant à l’ordre singulier des marsupiaux, représenté aujourd’hui par le kangurou et l’ornithorinque : transitions entre le monde ovipare et le monde vivipare. L’organisme de la période crétacée, qui vient ensuite, quoique très-riche et très-varié, n’est guère qu’une modification du précédent, plus ou moins prononcée dans les divers types d’animaux. Les mammifères mêmes de l’ère jurassique semblent y manquer ; mais les sauriens continuent à y abonder, et s’accompagnent d’espèces nouvelles gigantesques ( iguanodon , hylœosaurus, etc ) *.
L’époque tertiaire ouvre en quelque sorte le péristyle du monde moderne : de loin s’annoncent déjà les caractères des animaux de nos jours. Dans les premiers dépôts se montrent de vrais mammifères carnassiers et herbivores de taille moyenne ; des oiseaux, dont on ne connaissait pour les âges précédents que des empreintes douteuses ; de nom-
1 Le plus étrange de ces sauriens de l’époque secondaire est le Archœopterix lithographicus, ayant une queue vertébrée de reptile, avec des ailes garnies de plumes, qui a été découvert, il y a quelques années, dans la pierre lithographique du Jura supérieur.
breuses tribus d’insectes ailés. Autant de signes de nouvelles créations. Le terrain éocène est caractérisé par les premiers herbivores : le terrain miocène par le dinothérium, le plus grand des animaux terrestres, dont la tête avait un mètre et demi de longueur ; par le mastodonte, dépassant les éléphants actuels, et par un énorme singe, le dryopithecus. Le terrain pliocène est caractérisé par le mégathérium, une énorme édenté, analogue au paresseux, et par des bœufs plus grands que nos bœufs, par des chevaux plus grands que nos chevaux. Toutes les autres classes du règne animal participent à ces ébauches de vie exubérante : le nombre des types se multiplie ; leurs formes se compliquent : des tortues acquièrent des proportions colossales.
C’est dans les gypses dès terrains tertiaires de Paris , très-riches en débris fossiles, que Cuvier a découvert celte grande quantité d’animaux fossiles (palæothérium, anoplothérium, etc.), qui lui ont permis, en reconstruisant le squelette et même les formes organiques d’animaux aujourd’hui disparus, de fonder la science de la paléontologie.
L’époque quaternaire, qui a précédé immédiatement le monde organique actuel, accomplit de nouveaux progrès de la vie animale, sur les continents et dans les eaux. Les terres émergées avaient pris peu à peu l’aspect que nous leur voyons, et leurs vastes surfaces favorisaient le développement des animaux supérieurs, en même temps que la profondeur accrue des bassins océaniques était propice à l’existence des grands mammifères marins. Les débris de la faune quaternaire se trouvent en deux sortes de gisements, contemporains, quoique très-différents. : d’une part, les dépôts de transports fluviatiles des plaines et des vallées ; de l’autre , les cavernes etles brèches à ossements. Ils donnent la certitude que tout l’ancien continent, depuis l’Irlande jusqu’au détroit de Behring, était alors habité par d’innombrables troupes de mammouths ( elephas primigenius ), accompagnés de rhinocéros à narines cloisonnées ; plusieurs autres espèces de ces deux genres vivaient en même temps au centre de l’Asie, dans le midi de l’Europe et au nord de l’Afrique. Ils s’y trouvaient associés à bien d’autres animaux pareils ou ana-
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logues à ceux de nos jours : l’ours, le renne, le cheval, la chèvre, le mouton, le chamois, le chevreuil, et aussi à quelques herbivores dont le type a disparu, entre autres deux espèces de bœufs, l’aurochs, le cerf gigantesque d’Irlande.
Aux pachydermes, aux ruminants, aux solipèdes, se mêlaient une multitude de carnassiers : l’hyène, un grand felis (lion ou tigre), le loup, le renard, le chien, etc. ; des rongeurs, des insectivores, dont les types subsistent encore identiques. Le nouveau monde et l’Australie, à mesure que les savants y portent leurs recherches, ajoutent des types les uns disparus, les autres encore subsistants. En Amérique, on est surtout frappé de l’existence en grande abondance de gigantesques édentés, les mégathéroïdes, qui vivaient avec les éléphants, les mastodontes, les ruminants et les autres animaux contemporains. Dans les deux mondes, les singes ont déjà fait leur apparition et l’homme luimême, comme nous le verrons au chapitre suivant. Toutes les autres classes étaient représentées par des types étranges, comme Yépiomis, oiseau de Madagascar, qui devait avoir au moins quatre mètres de haut, à en juger par ses œufs, dont la capacité égale six fois celle des œufs d’autruche, ou cent quarante-huit fois celle d’un œuf de poule.
Ainsi se sont succédé, d àgeen âge, durant une suite incalculable de siècles, jusqu’à l’époque moderne, d’innombrables espèces animales, dont beaucoup étaient plus grandes que leurs congénères actuelles qui vivent dans les mêmes régions. Disparus pour la plupart des cadres du monde zoologique, ces êtres nous ont légué leurs débris accumulés dans les alluvionsdes vallées, dans le sol des plateaux, dans le fond des marais, dans les cavernes et les brèches, et ils nous servent à déterminer l’âge des terrains, qui est aussi le leur. A l’aide de ces archives fossiles, hiéroglyphes jadis impénétrables, aujourd’hui bien expliqués, se reconstituent peu à peu toute la chronologie, la géogonie et l’histoire de notre planète, jusqu'à l’apparition de l’humanité, qui seule a pu se donner d’autres annales.
Bien qu’exemptes de tout mystère, autre que celui de leurs origines, les espèces animales qui vivent de nos jours,
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continuation ou représentation des créations passées, n’en ont pas moins un haut degré d’intérêt, soit que l’on étudie leur répartition entre les diverses contrées, soit que l’on considère le rôle qu’elles accomplissent sur le globe et les services que l’homme en retire, durant leur vie ou après leur mort.
L’ancien continent, l’Amérique, l’Australie, les régions polaires, les océans présentent des types ou des groupes animaux qui s’y trouvent distribués en régions distinctes, y habitent des aires spéciales, suivant les climats et les autres éléments du milieu ambiant. Comme pour la flore, c’est la température qui est la condition dominante : aussi les zones homozoïques ou des mêmes animaux ont-elles une corrélation directe avec les zones isothermiques.
La zone torride, en Afrique et en Asie, est peuplée des grandes et des petites espèces de singes ; de carnassiers , dont les lions et les tigres sont les plus redoutables ; de pachydermes, derniers survivants des faunes primitives (éléphants , rhinocéros , hippopotames) ; de ruminadts, parmi lesquels se distinguent la girafe par sa haute encolure , la gazelle et l’antilope par la rapidité de leur course et l’élégance de leurs formes , le zèbre par les bandes colorées -de son pelage, le chameau à une et à deux bosses, le buffle, l’yack par les services que l’homme en tire.
La zone torride de l’ancien continent est encore la patrie des oiseaux au plumage éclatant (perroquets, faisans, flamants) et d’autres, remarquables par leur taille (l’autruche et le casoar). Là se traînent les plus énormes ou dangereux reptiles : tortues, caïmans, boas et crocodiles; là pullulent les légions d’insectes dévorants (sauterelles, termites), d’insectes venimeux ou incommodes (scorpions, moustiques), que compensent imparfaitement les essaims utiles d’abeilles et de vers à soie.
Ces auxiliaires précieux de l’homme se retrouvent encore en nombre dans la zone tempérée boréale, en même temps que les troupeaux de mammifères et d’oiseaux domestiques : chevaux, bœufs, moutons, chèvres, porcs, volatiles de basse-cour ; la civilisation, par ses engins deslrue-
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teurs, même la simple présence de la population humaine y ont réduit les animaux nuisibles à un petit nombre d’espèces dont l’ours, le loup et le renard sont les principales.
On y a ménagé, à titre de gibier et pour les plaisirs de la chasse, autant que par l’impossibilité de les détruire, quelques animaux plus sauvages que dangereux : le sanglier, le cerf, le daim. A la même 2011e appartiennent les oiseaux chanteurs de premier ordre (rossignol, fauvette), le gibier ailé le plus délicat (perdrix, caille, bécasse, ortolan) et les oiseaux de proie les plus puissants : l’aigle, le vautour, dont la zone torride possède les similaires.
L’Amérique manque d’un grand nombre d’espèces animales de l’ancien continent et en possède plusieurs qui lui sont propres. Les espèces d’ours, de loups, de singes, de cerfs, de bœufs, comme celles de perroquets, de serpents, de crocodiles, de tortues, y sont les analogues, mais non les pareilles de celles de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Parmi les animaux qui sont particuliers au continent américain, les plus grands sont des ruminants, tels que le lama, l’alpaga, la vigogne, le bison, le caribou ; ou des pachydermes, tels que le tapir. Le castor est célèbre par son instinct d’ingénieur et d’architecte. Les plus jolis, les plus gracieux et les plus petits oiseaux voltigent de fleur en fleur, dans les prairies et les forêts cfe la zone torride américaine ; ce sont les colibris et les oiseaux-mouches. Au plus haut des airs plane en tournoyant le condor, et sur la terre, l’autruche et le casoar sont remplacés par le nandou. Entre les innombrables insectes qui courent, s’agitent ou se fixent, la cochenille seule est appréciée. Le colon l’a trouvée établie sur les cactus du Mexique, et n’a eu qu’à la cultiver. 11 a dû y introduire les animaux domestiques de l’ancien monde, qui, presque tous, y faisaient défaut (chiens, chevaux, bœufs , moutons, porcs).
L’Australie, avec les îles avoisinantes jusqu’à l’île Bali, aux abords de l’archipel malais , paraît avoir été un centrespécial de création, où survivent certains types de la période jurassique, ailleurs disparus. On n’y trouve aucun des quadrupèdes de l’ancien continent, et ceux qui les rempla-
cent s’y font remarquer par la singularité de leurs formes. C’est là que sont cantonnés presque exclusivement les marsupiaux (kangurous, phalangers),dont les femelles ont sous le ventre une poche pour abriter leurs petits, et d’autres quadrupèdes bizarres qui relient les mammifères aux oiseaux (ornithorinques, échidnés). Malgré le contraste le plus tranché avec les animaux de l’Australie, nos races domestiques s’y sont parfaitement acclimatées. Un privilège pareil de faune locale, mais sur de moindres proportions, se retrouve à Madagascar et aux îles Galapagos.
Les régions polaires sont aussi exubérantes de vie animale qu’elles sont pauvres de vie végétale. Sur les terres qui les constituent, dans les eaux qui les baignept, et jusque sous les glaces qui les recouvrent , éclatent partout le mouvement, le bruit, l’amour : ce sont les animaux à fourrures qui dominent ; ils y habitent à distance ou en compagnie de l’ours blanc, de l’élan, du bœuf musqué. L’Esquimau, qui seul se résigne à vivre dans ces solitudes glaciales, a soumis à son service le renne et le chien. Il pêche les poissons de ces mers, et chasse le phoque en partage avec les pêcheurs et les chasseurs civilisés qui poursuivent, dans les mers polaires, les morses, les narvals, les baleines franches , après avoir attaqué le lamantin et le cachalot dans les régions plus chaudes.
L’océan n’est pas moins habité que la terre, et les cantonnements des espèces animales y sont également réglés par la nature. Les cétacés, ces géants des mers, y représentent, sous toutes les latitudes, la classe des mammifères ; les frégates, les goélands, les mouettes, l’albatros , le pingouin , celle des oiseaux. Parmi les reptiles , les tortues marines abondent sur les rivages de la zone interlropicale. Mais l’océan estle domaine propre des poissons. Quelques espèces, comme le requin, sont redoutables pour leur voracité; d’autres, comme le gymnote et la torpille, se protègent par des décharges électriques ; l’espadon, par son épée dentelée : quelques-uns ont des propriétés vénéneuses , tandis qu’un très-grand nombre fournissent à l’homme soit des aliments, soit des matières industrielles, dont la recherche a développé
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les pêches maritimes et créé la prospérité de plusieurs nations. Tels sont, dans les mers septentrionales, la morue et le poisson qui lui sert d’amorce (capelan), le saumon, le hareng , le maquereau ; sur les côtes de la Sardaigne et de la Bretagne , la sardine ; dans la Méditerranée , le thon et l’anchois ; dans la mer Noire et la Caspienne , l’esturgeon , dont les œufs forment le caviar , si apprécié des Russes. Nous ne citons que les poissons qui, assemblés en bancs épais ou en troupes tumultueuses, facilitent la grande pêche. Une multitude d’autres sont également recherchés : le turbot , la plie , la raie, la sole, etc., et tous ensemble ils viennent compléter sur nos marchés les approvisionnements des poissons d’eau douce, représentés par la carpe et le brochet, par la truite et l’anguille , sans parler d’espèces moins estimées ou moins connues.
Quelque nombreux que soient les habitants à vertèbres des mers, ils le sont moins que les invertébrés de tout ordre, qui fourmillent par myriades infinies dans toutes les eaux, à toutes les hauteurs, sur tous les fonds, aux abords de tous les rivages, et semblent faire de la masse de l’océan un corps animé où la vie palpite. Ils se trahissent aux plis de l’onde, à son agitation, à sa phosphorescence, aux incrustations des roches, aux édifices qu’ils bâtissent. Un petit nombre paraissent sur nos tables : les homards et les langoustes, les crevettes, les huîtres , les moules , les trépangs ou holothuries. Ignorée ou dédaignée des hommes, dévorée par les animaux plus forts, l’immense majorité de ces êtres inférieurs accomplit silencieusement, au sein des mers , son obscure destinée, dont les aquariums permettent de se faire une idée. L’éclat des couleurs de beaucoup d’entre eux est un des spectacles que l’on admire le plus dans ce monde de la mer ; en beaucoup d’autres , comme les poulpes (la pieuvre), comme les limules polyphèmes, c’est l’étrange bizarrerie des formes qui cause le plus de surprise.
Pour terminer l’esquisse géographique de la vie animale, il y a encore à indiquer ces phalanges ailées d’insectes qui peuplent l’atmosphère , apparaissant et disparaissant à des dates qui fixent les heures du jour et les saisons de l’année;
pendant leur vol passager, bruissant, bourdonnant, étincelant sur la terre ou sur les eaux : on peut les rapporter aux régions terrestres et aquatiques, dont en effet le climat les attire ou les éloigne.
Grâce à la faculté de locomotion dont jouissent les animaux, leur aire d’habitation est moins inflexible que celle des espèces végétales. Beaucoup émigrent de leur lieu de naissance et, après une absence, mesurée sur la marche des saisons, ils y reviennent, afin de toujours jouir d’une température égale ou de trouver leur nourriture. Il en est qui, guidés par le même instinct, montent et descendent le long des montagnes sans quitter leur contrée originaire. Pour les mammifères, cette habitude de déplacement échappe à nos regards , et il faut quelque attention pour reconnaître leur présence ou leur absence en certains mois de l’année; il est même des oiseaux, comme le rossignol, qui pratiquent cette sorte d’émigration isolée et inaperçue. Mais la plupart des oiseaux partent et arrivent par bandes, dont l’œil se plaît à suivre dans les airs les rassemblements. Le projet de départ s’annonce par des mouvements et des cris inusités ; le vol s’effectue avec ordre , tantôt en longs alignements, tantôt en escadrons serrés, avec éclaireurs en avant, avec escorte sur les côtés, avec arrière-garde : la crépitation stridente des ailes et des becs retentit au loin. Si l’armée voyageuse redoute l’attaque de quelque ennemi , elle traversera les cieux pendant la nuit, et s’abattra , dès l’aube , dans les profondeurs des bois, attendant le crépuscule pour repartir. Ces phénomènes, régulièrement renouvelés, animent les solitudes de l’air ; et, après avoir charmé les yeux, ils fournissent à l’esprit, qui en étudie les causes et l’enchaînement, des indications plausibles sur les températures lointaines, sur le commencement et la fin , sur l’intensité et la durée des frimas et des chaleurs : les oiseaux nomades sont des thermomètres vivants. — Au sein des eaux, beaucoup de poissons accomplissent de pareilles migrations, que connaissent et surveillent les pêcheurs pour tendre leurs filets ou lancer leurs hameçons. Plutôt que d’émigrer, les reptiles s’engourdissent et s’endorment pour passer
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l’hiver , et parmi les mammifères l’ours , la marmotte , le blaireau, le loir font de même , vivant de la provision de graisse amassée pendant l’été.
Pour le déplacement des animaux, l’homme ajoute à leurs propres instincts son action personnelle. Il s’en est attaché quelques espèces par un lien si intime, qu’ elles l’ont suivi sur tous les points du globe, et que plusieurs sont devenues cosmopolites comme lui. Les peuples chasseurs et pêcheurs ont, les premiers, attiré à eux le chien ; leurs successeurs ont dressé le faucon et le furet à la chasse, le cormoran à la pêche ; les peuples- pasteurs ont assemblé des troupeaux de buffles, de bœufs, de moutons, de chèvres; les nomades et les guerriers ont dompté et assujetti l’éléphant, le chameau, le cheval, le renne, l’âne et le mulet, pour les transports ; certains animaux de parade et de lutte ont servi aux combats, aux triomphes, aux jeux publics. En tous pays, depuis les plus sauvages jusqu’aux plus civilisés , les maisons sont hantées par les chats et les basses-cours peuplées de volailles (poules, oies, canards, pigeons, et plus récemment, le faisan, la pintade, le dindon). Le renne et le lapin participent à la vie libre et à la vie domestique : le cochon, dérivé du sanglier, s’est multiplié partout où l’homme l’a introduit. L’abeille est une autre compagne de l’homme qui se rallie à lui par un sens de sympathie intelligente qui manque aux vers à soie et à la cochenille, rivales de l’abeille pour l’utilité. Des tentatives de domestication continuant de nos jours l’œuvre des siècles passés, on entrevoit la possibilité d’ajouter à la liste de nos conquêtes animales l’autruche, l’yack, le lama, l’alpaga, la vigogne; mais ces espèces, de même que le chameau, l’éléphant, le renne, subissent l’empire du climat beaucoup plus que celles dont la domesticité remonte à des dates inconnues, et qui semblent naturelle-; ment associées à l’existence de l’homme.
Toutefois, le nombre des espèces domestiques reste trèsfaible comparativement au nombre total des espèces connues, 300,000 environ. La moitié de la faune appartient ’ à la seule classe des insectes, et le reste se partage inégalement entre les types supérieurs et les inférieurs. Les
mammifères ne dépassent guère le nombre de 1,400, les oiseaux celui de 8,000, tandis que les articulés de tout genre , les mollusques, les zoophytes se comptent par dizaines de mille , et encore la science s’enrichit-elle chaque jour de nouvelles espèces , sous le microscope des naturalistes de cabinet et les découvertes des naturalistes voyageurs : les déserts même les plus sauvages sont habités par des êtres animés. Chaque plante , chaque famille de plantes et chaque animal lui-même ont leur faune spéciale, composée de parasites qui vivent de sa substance , ou de papijlons et autres insectes ailés qui ën puisent les sucs. Même la neige et la glace, les eaux thermales et les eaux froides souterraines ont leur faune; toute goutte d’eau douce ou salée est un monde peuplé d’infusoires et toute motte de terre une cité vivante.
Entre les termes extrêmes de la série animale, l’échelle des dimensions varie depuis une longueur de 30 à 30 mètres, (baleine, rorqual) , depuis une hauteur de 7 mètres (girafe) , jusqu’à ces proportions infinitésimales qu’aucun chiffre ne peut exprimer, car il en entre des millions dans un centimètre cube (8,000 foraminifères en un grain de sable). La taille paraît avoir quelques rapports avec l’étendue des continents habités ; du moins , c’est dans l’ancien monde qu’habitent les plus fortes espèces animales : éléphants, chameaux, gorilles, girafes ; et les types de l’Amérique sont tous moindres, dans les mêmes familles, que leurs similaires de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. L’harmonie de ces relations est assez bien établie , pour que la grandeur des fossiles trouvés dans une petite île révèle une ancienne attache avec un continent.
Le nombre des individus du règne animal échappe à tout calcul ; on peut juger cependant qu’ils sont aussi nombreux que ceux du règne végétal, bien qu’ils ne frappent pas les regards, comme ceux-ci, par des nappes continues, telles que les forêts, les prairies, les champs cultivés, les landes herbacées : à peine si l’on peut quelquefois observer des masses animales ayant avec celles-là quelque affinité, . dans les nuées de sauterelles, les vols d’étourneaux, les lé-
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gions de pigeons qui obscurcissent l’air, les troupeaux de buffles et d’antilopes qui couvrent le sol, ou les bancs de poissons qui soulèvent les flots de la mer comme des montagnes. En général, la vie animale paraît plus disséminée, plus individuelle que la vie végétale : c’est même un signe de sa supériorité.
Sa fonction n’est pas moins essentielle à l’harmonie générale. Les animaux aspirent et fixent l’oxygène et dégagent le carbone sous forme d’acide carbonique, opération inverse de celle qu’accomplissent les végétaux : en se complétant par leur contraste, les deux règnes organiques maintiennent l’équilibre des éléments atmosphériques. Pareil équilibre est maintenu pour les éléments solides, par la nutrition, qui transforme les végétaux sous la dent des herbivores, le bec des granivores, les suçoirs, les mandibules et les trompes des invertébrés ; puis les déjections et les dépouilles des animaux rendent à la terre les matériaux qu’ils y ont puisés, et ces débris deviennent, à litre d’engrais, des éléments de fertilité végétale. Ainsi se compose et se renouvelle sans fin le tissu de la vie , dont la végétation est la chaîne, l’animalité la trame.
La fonction physiologique devient même une fonction cosmique pour les animaux qui concourent par masses à la formation et à l’élaboration de la substance solide de notre planète : c’est au sein des mers, comme nous l’avons dit, que s’accomplit cette prodigieuse métamorphose, dont les phases actuelles ne font que continuer les phases antiques. Les dépôts calcaires, les craies spécialement, ne sont que des amas de milliards de coquilles autrefois sécrétées par les animaux qui les habitaient. Dans les mers intertropicales, les madrépores poursuivent cette œuvre de création : leurs colonies pierreuses édifient des récifs, des atolls , rudiments des îles, des groupes et archipels du Pacifique, de l’océan Indien, de la mer Rouge, du golfe du Mexique ; ils les entourent de ceintures de coraux qui protègent les ^rivages contre les flots du large, tout en ouvrant passage "* ! t&ux courants d’eaux douces qui coulent des terres vers la rüer : sur les côtes de la Floride, la croissance moyenne
des bancs de coraux est de 20 à 30 centimètres par siècle.
La mer de Corail, en Océanie, doit son nom à celte architecture de polypiers, tellement continue, quoique si lente, que l’on peut entrevoir- l’époque où les surfaces émergées, se reliant entre elles, constitueront un nouveau continent, ou annexeront à l’Australie la Nouvelle-Guinée avec les archipels environnants. Une portion notable de la planète a été ainsi sécrétée par des animalcules, dont la trace se reconnaît encore dans l’œuvre colossale. Le sol qui en provient, déjà animé en quelque sorte, est le plus fertile de tous : ce premier degré d’élaboration, loin d’épuiser la vie, l’a concentrée et rendue plus intense.
Au règne animal l'homme demande encore plus de services qu’au règne végétal, et il y trouve des ressources aussi variées que ses propres besoins. Pour sa nourriture d’abord : carnivore par son organisation, et plus encore par ses habitudes, l’espèce humaine se nourrit de la chair des animaux, des œufs que pondent les femelles, du lait qu’elles sécrètent et qui, manipulé, fournit le beuite et le fromage. Les graisses animales, le sang même, entrent dans l’alimentation : à titre de gibier, certaines espèces des plus sauvages sont recherchées ; bien que commun, le miel des abeilles est apprécié. C’est surtout en vue de la nourriture, que le chasseur bat les bois et les champs, que le marin pêche le poisson, que le propriétaire élève du bétail, se réservant de demander à certains de ses serviteurs du travail , en même temps que la viande et le lait, ou même du travail seulement. Ainsi le bœuf, le cheval, le mulet, l’âne servent dans nos contrées aux labours des terres, aux transports des personnes, au tirage des véhicules ; en des pays plus chauds, le chameau et l’éléphant se plient à des travaux analogues, et le renne dans des pays plus froids.
Après la nourriture viennent le vêtement, le logement, l’ameublement. Qui ignore l’usage des laines des moutons, des poils de la plupart des animaux, des fourrures de beaucoup d’entre eux, des duvets fins et chauds de certains oi-* seaux, les emplois élégants et utiles des peaux, des cuirs, des plumes? Les textiles végétaux ont leur analogue darts
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la soie que sécrète le ver qui se nourrit des feuilles de mûrier, et dans celle, moins estimée, que filent Jes vers du ricin, de l'ailanthe, de divers chênes : importée de la Chine (le pays des Sères), la soie est devenue l’un des plus importants et des plus précieux objets de la fabrication européenne; des contrées entières, de grandes villes (Lyon) lui doivent leur principale prospérité, et le luxe, son vêtement à la fois le plus brillant et le plus solide.
Les teintures végétales ont aussi des rivales dans la co chenille et le kermès, insectes qui croissent sur des plantes spéciales, dont les sucs, transformés en leur propre substance, donnent les belles couleurs rouges de ce nom. La pourpre antique, dont la nature a été reconnue seulement de nos jours, était fournie par un coquillage.
Il n’est aucune matière , aucun organe ou débris d’origine animale dont l’industrie ne tire quelque parti. Elle utilise la cire des abeilles pour l’éclairage et l’ameublement; le musc et la civette pour la parfumerie ; les éponges pour la vie domestique et la propreté corporelle ; le corail et la perle pour la parure. Avec les matières dures, la tabletterie fait une multitude de meubles communs ou chers : os, sabots, cornes, écailles, nacres, fanons de baleine, surtout avec l’ivoire qui est la défense des éléphants et dont le morse , le narval et l’hippopotame fournissent des variétés. Les matières molles ou fluides comme les suifs, les graisses , les huiles trouvent d’autres applications ; il n’est pas jusqu’aux boyaux dont on ne fasse des cordes. Enfin les os, réduits en noir animal, sont un agent puissant de défécation pour le sucre , et les débris de toute sorte un engrais énergique. Cette propriété fertilisante appartient surtout aux excrétions animales, dont une sorte, le guano , est le principal revenu du budget péruvien ; dont une autre sorte (le guano humain) est avec soin recueillie par l’agriculture chinoise et flamande.
La droguerie et la pharmacie achèvent de consacrer l’inüispensable concours du monde animal au bien-être de l’existence humaine. L’art médical emploie à l’état vivant les sangsues pour extraire du sang ; à l’état de poudre les
cantharides aux propriétés vésieantes ; à l’état sirupeux le castoréum;, à l’état liquide et adipeux les huiles de foie de morue et autres huiles , le vaccin , si apprécié comme préservatif de la petite vérole, diverses graisses, etc. Sans multiplier ces exemples, ils suffisent pour mettre en lumière le commerce incessant qui rapproche l’homme des animaux, en état de maladie comme en état de santé.
Ce concours n’est pas toujours recherché à bonne intention , et le venin des serpents a souvent servi, aussi bien que le suc de plantes vénéneuses, aux sauvages pour empoisonner leurs flèches. — La lutte se mêle ainsi à l’accord, et souvent elle doit se tourner contre les attaques ou les invasions des animaux, dont beaucoup sont hostiles ou nuisibles à l’homme, ainsi qu’au bétail qu’il élève et aux cultures qu’il dirige. Il s’arme pour se défendre , lui ou ses biens, contre le tigre et le lion , contre la panthère et le chacal en Afrique et en Asie; contre le loup, le renard et le sanglier en Europe ; contre le jaguar et le singe en Amérique. Il doit soutenir une guerre moins solennelle, mais plus difficile et plus persévérante, contre ces myriades d’insectes, ailés ou non, qui s’attachent aux corps, aux vêtements , aux meubles et à l’habitation , et qui sans des soins vigilants causent tant d’importunités , de souffrances ou de dommages, souvent de graves maladies. Des termites détruisent des navires et renversent des quartiers de ville; des moustiques rendent un pays inhabitable; des fourmis ou des pucerons ravagent des récoltes et les plantations. Autant d’ennemis à poursuivre , et dont on peut rendre la chasse plus facile, en s’aidant de certains animaux amis. Entre tous, beaucoup d’oiseaux nous viennent spontanément en aide, par la grande consommation qu’ils font d’insectes et de chenilles. Les cigognes , le secrétaire remplissent pareille besogne contre les serpents, l’étourneau et le martin triste contre les sauterelles ; et par ces services ils méritent la reconnaissance des populations, qui devraient couvrir de la même protection les nids de tout les oiseaux qui sont nos alliés, la vie de tous les animaux utiles.