L A SIBÉRIE
La Sibérie est une dépendance asiatique de la Russie : elle occupe tout le versant septentrional du continent, à partir des chaînes qui encadrent au sud et à l’ouest le plateau central jusqu’à l’océan Arctique, et depuis la steppe desKirghiz elles monts Ourals jusqu’aux mers d’Okhotsk et de Behring, sections extrêmes du grand océan Pacifique. On évalue sa superficie à 14 millions de kilomètres carrés et sa population à 4 millions, soit une densité d’à peu près 1 habitant par 3 kilomètres carrés, une des moindres qui existent sur le globe. La nature du pays explique ce dépeuplement. A l’ouest, plaine basse et nue ; au nord, champs de glaces transformés en marécages pendant les deux ou trois mois d’été, collines ou montagnes boisées à l’est, terre volcanique au Kamtchatka et dans les îles Kouriles, la Sibérie est partout très-froide, gelée pendant une grande partie de l’année, et par suite stérile et presque inhabitable. Cependant, d’une part la mystérieuse attraction qui appelle des hommes en toute région de la terre, d’autre part la politique russe qui a fait de la Sibérie sa colonie pénitentiaire, ont fixé, même en ces déserts, un fonds de population composé de deux éléments : l’un de race jaune, l’autre de races mêlées de toute provenance.
De la race jaune dérivent les groupes divers qui sont les rameaux de sa branche ougrienne ou septentrionale (Ostiaks, Vogoules, Samoyèdes, Yakoutes, Kamtchadales, Baschkirs, Kirghis, Barabinzes, Bouriates, Khalkhas, Eleuths, Tongouses, Mandchoux, etc.). Quant à l’autre élément, moins homogène, il se compose des familles transportées en Si-, bérie, les unes pour y subir l’exil politique, d'autres pour y expier leurs crimes, certaines pour administrer ; enfin des Cosaques chargés de la garde du pays et de la surveillance des condamnés. Du croisementdes Russes et des Slaves avec les femmes indigènes est née une race de métis (Kirimki) qui unit les deux souches. L’élève du bétail, qui comprend des troupeaux de rennes dans la partie la plus septentrio-
naie ; quelques cultures dans les régions méridionales ; le travail des mines dans les Ourals et l’Altaï ; la chasse aux animaux à fourrures, sont les occupations principales, volontairesou forcées, des habitants. Lescentresadministratifs, politiques etreligieux constituent quelques villes de moyenne importance : Tobolsk, capitale de la Sibérie, avec 20,000 âmes ; Irkouslk (18,000); Kiakhta, entrepôt du commerce avec la Chine, surtout pour le thé; Omsk, Tomsk, Barnaoul (chacun 10,000); Yakoustk (4,000), entrepôt du commerce avec le nord-ouest de l’Amérique.
Par son littoral de l’orient, la Sibérie touche aux mers navigables, et c’est là peut-être son principal mérite auxyeu.y du gouvernement russe : aussi s’applique-t-il à fonder des colonies militaires et agricoles le long du fleuve Amour ou Sakhalien, quiséparela Mandchourie de la Sibérie, età ouvrir des ports sur la côte : Pétropaulosk, sur les rivages du Kamchatka, Okhotsk, Nikolaïevsk, Alexandrovsk, Ayan, révèlent ces vues d’une politique maritime, non moins clairement que l’occupation de l’île entière de Skahalien ou Tarrakaï, riche en houille, ainsi que de l’archipel des Kouriles (sauf les deux îles les plus méridionales), non moins que le traité avec la Chine par lequel la Russie a reculé sa frontière au sud de l’Amour , en pleine Mandchourie, sur un littoral couvert de forêts jusque vers le 43° de latitude. Une ligne télégraphique est en construction pour relier Nicolaïevsk avec les villes de Sibérie et de Russie.