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LES ÉTATS-UNIS

Avant l’acquisition de l’Amérique russe, les Etats-Unis ou l’Union américaine occupaient, entre les deux océans Atlantique et Pacifique, une surface de 1 à 8 millions de kilomètres carrés, c’est-à-dire égal aux trois quarts de l’Europe : l’acquisition nouvelle a agrandi la confédération de

1 .333.000 kilomètres carrés, ce qui rapproche la superficie de 9 millions de kilomètres carrés , dont la valeur productive n’est pas encore proportionnelle à l’étendue.

Dans l’immense espace limité au nord par le 49° de latitude sur la plus grande partie de la frontière, au sud par le Mexique et le golfe du Mexique, à l’est et à l’ouest par les deux océans, se développe une société politique dont le rapide et vigoureux accroissement est un des plus instructifs événements de l’histoire. Les établissements fixes des Européens n’y remontent pas au delà du xvii e siècle : à cette époque les Français, les Hollandais, les Anglais, les

Suédois, les Allemands, les Espagnols débarquèrent sur le littoral ou se répandirent dans l’intérieur, prenant possession du pays, quelquefois d’accord avec les indigènes, les Peaux-Rouges, le plus souvent en les combattant et refoulant : à la lin du xvn e siècle, on ne comptait encore que quelques milliers de colons. Aujourd’hui, les descendants de tous ces pionniers composent une nation de 40 millions d’âmes, répartis en 37 États, unis en une puissante et riche confédération, dont l’influence politique jet économique sur le monde entier ne cesse de croître. Quant aux Indiens autochthones, les 2 millions que l’on suppose avoir existé lors de l’arrivée des Européens, sont réduits à 300,000 : depuis quelque temps, il y a un point d’arrêt, paraît-il , dans leur diminution. Un certain nombre ,

40.000 environ, sont devenus citoyens des États-Unis ou protégés de certains États particuliers. Dans le total de la population figurent 4 millions et demi de nègres et de mulâtres, esclaves avant la guerre de la sécession, affranchis depuis l’année 1865. Il faut encore mentionner 40 à

50.000 Chinois, en Californie et dans les autres territoires ou États de l’est; non admis à l’égalité civile, ils sont vus avec le même mépris que les noirs et les hommes de couleur par la population blanche.

Quant à cette population blanche, qui comprend plus de 35 millions d’habitants, elle se compose des éléments les plus hétérogènes, à ne considérer que leur origine, leur langue, leurs mœurs, leur culte; mais leur association est cimentée par une constitution qui respecte la liberté personnelle, l’autonomie communale, et, dans une large mesure, l’indépendance de chaque État. Le fonds, dominant pour le nombre et surtout pour l’esprit d’entreprise, comprend les Yankees, descendants des anciens colons anglais établis dans les États riverains de l’Atlantique depuis le xvn fi siècle; par leur type physique et moral ils forment une variété nouvelle de la race blanche, distincte de la race anglaise : la Nouvelle-Angleterre, groupe des États du nord-est, est leur vraie patrie. — Les émigrants forment le second élément; depuis 1815, il en est arrivé 6 millions

des contrées de l’Europe *, et même des autres parties du monde : les deux foyers principaux d’émigration sont l’Irlande et l’Allemagne; viennent ensuite les Français, les Scandinaves, les Suisses. Il importe de remarquer, à l’encontre d’un préjugé fort accrédité, que le courant anglosaxon y est en minorité, comparativement au courant celtique et latin : à calculer les arrivages depuis 1815, les Irlandais, les Écossais, les Gallois, additionnés avec les Français et les Suisses, forment un total supérieur aux Anglais proprement dits et aux Allemands.

Le gouvernement de l’Union américaine, née au xviii* siècle de la guerre de l’indépendance, est confié, en vertu de la constitution, à un président assisté d’un congrès (sénat et chambre des représentants). Le budget normal des dépenses est évalué à 1 milliard et demi, mais il subit en ce moment la pression de la dette qu’a entraînée la lutte du Nord contre le Sud. L’armée fédérale, après avoir compté au plus fort de la guerre un effectif de 700,000 hommes, est descendu à celui de 45,000, et ce n’est pas le dernier mot. Les forces navales ont atteint le chiffre de 4 à 500 navires, jaugeant 3 à 400,000 tonneaux, et se maintiennent dans ces proportions élevées, en vue de la défense extérieure.

Les aliments du revenu public sont divers, comme le sol et le climat, comme le génie des habitants : un aussi vaste territoire ne peut qu’être doté d’une extrême diversité de ressources. Dans la zone septentrionale, l’agriculture récolte les denrées de l’Europe : les céréales ordinaires, le raisin, le lin, le chanvre, le tabac, et un produit qui lui est propre, le sucre d’érable. Grâce aux conditions propices de culture et de transport, les États-Unis sont devenus le marché le plus considérable pour l’exportation de grains et de farines. Dans la zone méridionale se cultivent les plantes de l’Afrique et de l’Asie : la canne à sucre, le coton, le riz, l’indigo. Tous les fruits et les légumes se

1 Voir notre Histoire de l’Emigration européenne, africaine et asiatique au xix° siècle.

répartissent pareillement entre les divers territoires suivant les températures. Ces cultures empiètent sans cesse, par le défrichement, sur les prairies qui s'étendent au centre des États-Unis, sur les forêts qui en ombragent les collines et les bords des rivières, sur les déserts qui semblaient voués à la stérilité. Elles ont pour auxiliaires, comme bêles de rente et de travail, tous les animaux domestiques des zones tempérées; et en outre, des métis du bison, qui erre en troupes dans les prairies de Far-West, avec la vache ordinaire : le Texas et la Californie ont importé le chameau.

L’industrie extractive exploite des mines d’or en Californie, en Orégon et dans les territoires environnants, sur une longueur de 1,800 kilomètres et une largeur de 1,200 à 1,300 : le Colorado, la Sierra-Nevada, le Kansas, doivent au précieux métal une rapide popularité parmi les chercheurs d’or. L’argent, le mercure, le cuivre, le plomb, le fer, se trouvent aussi en gisements abondants. Le terrain houiller occupe, en plusieurs régions, une étendue considérable, et il est exploité en grand : c’est dans ce terrain que se trouve l’huile de pétrole, si vite vulgarisée en Europe. •Enfin les profondes forêts fournissent, outre toutes sortes de bois de construction, d’inépuisables quantités de matières résineuses, consommées sur place ou exportées au loin. De son côté , l’industrie manufacturière élabore toutes les matières premières, à l’aide de machines que l’Américain invente et met en jeu avec une facilité qui est un des traits du caractère national.

Tant d’avantages ne sont pas sans compensations, et les colons ont à lutter contre l’hostilité des indigènes et contre divers fléaux de la nature, les sécheresses et les inondations, les miasmes paludéens et les légions de sauterelles; mais la vigueur du corps et de l'esprit se trempe dans ces combats quotidiens, et le labeur de l’homme ne tarde pas à être récompensé par la prospérité matérielle et le contentement moral. On se sent fort, riche, citoyen d’un grand pays.

Le commerce et la marine mesurent ces progrès. Le commerce dépasse 4 milliards de francs, importations et exportations réunies. La marine marchande jauge plus de

4 inillions de tonneaux. On enregistre annuellement dans

les ports des États-Unis, à l’entrée et à la sortie, 50 à GO, 000 navires jaugeant 15 à 16 millions de tonneaux.

Cette activité est servie par un admirable réseau de voies de transport :1a mer, les lacs, les fleuves, les canaux, les chemins de fer, les routes ordinaires. Sur le littoral atlantique, sinueux, découpé, dentelé, les havres naturels sont facilement devenus des ports abrités et sûrs. Les grands lacs du nord, limites communes au Canada et à l’Union, avec le lac Michigan, qui pénètre au-dedans des terres de la république , font, pour les ports et la navigation, l’office de mers intérieures. De la chaîne des monts Alleghanys, parallèle au rivage atlantique , des fleuves de médiocre longueur, mais nombreux et profonds, coulent vers la mer (Hudson, Delaware, Susquehannah, Potomac, Savannah). Dans l’immense vallée qui s’étend entre les Alleghanys et les montagnes Rocheuses, le Mississipi roule sur une longueur de 4,500 kilomètres, son courant majestueux, sillonné de paquebots , et enrichi du tribut de rivières grandes comme des fleuves, l’Illinois, l’Ohio, le Missouri, l’Arkansas, la rivière Rouge. Enfin le versant du Pacifique,* sans être aussi richement doté, est baigné par la Colombie, d’une longueur de 2,500 kil., avec plusieurs affluents importants, par le Sacramento, le San-Joaquin, le Colorado de l’ouest, etc. Toutes ces lignes liquides, unies par les voies terrestres, jalonnées par des télégraphes, vivifient toutes les régions. Un chemin de fer est déjà exécuté dans le nord, et un pareil se prépare dans le sud, pour relier les deux mers par de rapides communications. C’est le grand railway du Pacifique, digne pendant sur la terre américaine du canal de Suez dans l’ancien monde.

Lesdivers Étals, elles territoires (qui sont desEtatsen formation, n’étant pas encore admis à se faire représenter au congrès) , peuvent se classer en cinq groupes, suivant leur situation géographique :

I. Groupe de l’Est, sur le littoral de l’Atlantique. Etats: Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachussets, Rhode- Island, Connecticut, New-York, Pensylvanie, New-Jersey,

Delaware, Maryland, Virginie, Nord-Caroline, Sud-Caroline, Géorgie, Floride, — district fédéral de Colombie. Ce sont les Etals de formation primitive , parmi lesquels sont les treize colonies qui proclamèrent l’indépendance.

IL Groupe des Etats du Centre, dans le bassin du Mississipi. — Etats : Wisconsin, Michigan, Illinois, Indiana, Ohio, Virginie occidentale, Kentucky, Tennessee, Mississipi, Minnesota, Iowa, Missouri, Arkansas, Louisiane, Texas.

III. Groupe des Etats du Far-West. — Etats : Kansas, Nebraska, Nevada, Colorado, Nouveau-Mexique. Territoires : Dacotah, Nébraska, Indien, Montana, Idaho, Ulah, Arizona.

IV. Groupe du Versant du Pacitique. Etats : Californie, Orégon. Territoire : Washington.

V. Groupe du Nord-Ouest. Territoire d’Aliaska , composé de l’Amérique russe; il prend son nom de la presqu’île d’Aliaska, qui projette sa pointe en mer, et se prolonge sous les flots par une traînée dont les îles Aléoutiennes sont les sommets émergents, dans la direction du Kamtchatka : jalons jetésentre l’Amérique etl’Asie, pour les émigrations comme pour les communications télégraphiques. L’étendue du territoire est évaluée à 1,333,773 kilomètres carrés, la population à 50,000 habitants, dont 10,000 soumis. Le chef-lieu est la Nouvelle- Arkhangel, dans l’île de Sitka, magasin des fourrures et des poissons secs destinés à l’exportation.

Par une innovation fort avisée, les capitales politiques de chacun des Etats de l’Union sont habituellement autres que les villes qui doivent leur importance à l’industrie, au commerce et à la navigation : lesdélibérations sur les affaires publiques restentainsi indépendantes des influences populaires. Dans ces dernières, se trouvent les populations les plus agglomérées. Telles sont, pour ne citer que les plus importantes :

New -York (895,000), — Philadelphie (565,000), —Brooklyn (266,000), — Baltimore (21 2,000), — Boston (177,000), — Nouvelle-Orléans (168,000), — Hamilton (161,000), —

Cincinnati (181,000), — Saint-Louis (160,000), — Chicago (109,000), etc.

Washington, capitale du district fédéral de Colombie, a

60.000 habitants. C’est dans cette ville que le commandant Maury, directeur de l’Observatoire national, a fondé la science nouvelle que l’on peut appeler la Météorologie de la Mer.

Le prodigieux développement des Etats-Unis mérite une esquisse particulière.

Eu 1783, les Etats-Unis, depuis le Canada jusqu’à la Floride et depuis l’Atlantique jusqu’à la rive gauche du Mississipi, contenaient 212 millions d’hectares : quatre fois l’étendue de la France.

En 1790, quand sa population approchait de 4 millions d’individus, elle possédait 53 hectares par tête : c’était trente fois autant qu’en aurait aujourd’hui chaque Français si les terres étaient divisées en parties égales.

■Ce territoire, déjà si vaste, a fait quatre grandes acquisitions depuis le commencement du xix' siècle.

La première, en 1803, par la cession que fit la France du pays connu sous le nom de Louisiane. Cette vaste contrée, que les Français avaient occupée avec le Canada, que Bonaparte vendit pour 80 millions de francs, offrait une superficie de 232 millions 981,000 hectares, supérieure à quatre fois celle de la France. La vente équivalait à 34 centimes par hectare !

Seize ans après, en 1819, les Etats-Unis contraignaient les Espagnols à leur céder la Floride , pays de 15 millions

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