habitants
La Nouvelle-Ecosse (ancienne Acadie) était la patrie d’adoption de ces anciens colons français , redoutés par leur bravoure, et rendus célèbres par leurs malheurs : avec la petite île voisine du Cap- Breton (île Royale) elle forme une colonie particulière qui eût incliné plutôt vers les États-Unis que vers la Confédération canadienne. Ici encore prédomine, et pour les productions, et pour les climats, le caractère maritime, conséquence de la forme péninsulaire : les côtes très-poissonneuses ont suscité des pêcheries trèsproductives, qui donnent lieu à un commerce important de poisson séché et d’huile de poisson. Les mines de houille et les forêts sont des richesses naturelles, non moins fruc-
tueusement exploitées; on expédie aux Etats-Unis beaucoup de pierres à meule.
La ville principale est Halifax (.‘10,000 âmes), avec un beau port, principale station navale et premier port de guerre de l’Angleterre dans l’Amérique septentrionale. Les services de paquebots pour le Nord-Amérique fréquentent cette station d’arrivage, moins fermée par les glaces que les ports plus septentrionaux. Dans les 300,000 habitants de la Nouvelle-Ecosse comptent 20,000 Français d’origine fort attachés à la religion, aux mœurs et à la langue de la France : comme moyen de ralliement, ils publient un journal français.
L’ile de Terre-Neuve (New-Foundland) n’est tout entière qu’une grande pêcherie, cédée à l’Angleterre par la France, dans le traité d’Utrecht (1713), avec la réserve toutefois, confirmée par les traités ultérieurs, que les Français pourront pêcher et sécher le poisson sur une partie de la côte orientale, sans y pouvoir hiverner : source de difficultés diplomatiques qui ont été plutôt aplanies par un accord provisoire que réglées définitivement.
Terre-Neuve est le principal centre de pêche et de préparation de la morue, d’huile de foie de morue, et de rogues (œufs de morue salés), appât pour la pêche de la sardine. On y pêche encore beaucoup de saumons, de homards , de veaux marins. Sur la population de 130,000 habitants se trouvent quelques milliers de Français, descendants des anciens colons franco-acadiens.
La ville principale, unique, à vrai dire, est Saint-John, la capitale de l’île, avec 22,000 habitants : port de pêche et de salaisons.
A .Terre-Neuve se rattachent , comme dépendances * 1° La côte orientale du Labrador (la côte méridionale appartient au Canada, et la côte occidentale, sous le nom de Maine oriental, appartient à là compagnie de la baie d’Hudson). Cette côte, bordéU d’ilols et de rochers, découpée en fiords, est occupée par quelques milliers d’Esquimaux, qu’évangélisent des frères moraves ; on y pèche
beaucoup de veaux marins ; et deux factoreries y ont été établies pour la troque des marchandises anglaises contre les poissons et les pelleteries du pays, — 2° Les îles d’Anticosti et de la Madeleine, dans le golfe de Saint-Laurent, toutes peuplées de pêcheurs, la plupart franco-acadiens.
L’étendue des colonies précédentes, devenues provinces canadiennes , est évaluée à plus d’un million et demi de kilomètres carrés.
Les TERRITOIRES DE LA COMPAGNIE D’HüDSON, créée en i G69 pour le commerce des pelleteries, et réorganisée en 1857, s’étendent sur 6 millions de kilomètres carrés au nord du Canada, et se composent de plaines basses, de déserts parsemés de lacs et traversés de rivières qui sont gelées pendant la plus grande partie de l’année : en ces terres, dont la plus grande partie est impropre à toute culture, errent en liberté, isolés ou par troupeaux, des animaux sauvages dont la Compagnie a soin d’aménager la chasse avec la sollicitude d’un propriétaire, habile économe. Les pelleteries, que lui récoltent des trappeurs européens ou indiens, sont emmagasinées en des postes épars à travers le pays, et de là expédiées sur Londres ou sur les Etats-Unis. La principale factorerie est le fort York, ancien fort Bourbon des Français, cédé à l’Angleterre avec les rivages de la baie d’Hudson, par le traité de 1713. La population du territoire de la Compagnie est évaluée à 50 ou 60,000 individus, parmi lesquels 5 à 6,000 Ecossais, Franco-Canadiens et Bois-Brûlés, chasseurs au service de la Compagnie. Elle a été, en 1869, incorporée à la confédération canadienne, sans y être encore annexée comme province, sauf la région de Manitoba, unie en 1870.
La Colombie anglaise est une colonie nouvelle (qui a porté pendant quelques années le nom de Nouvelle-Calédonie, inscrit sur certaines cartes), située sur le versant occidental des montagnes Rocheuses, dans le bassin du grand Océan : la découverte de l'or dans la région du Fraser y a attiré d’abord des chercheurs du métal précieux,
qu’ont suivis quelques émigrants , marchands et colons. D’autres aventuriers se sont jetés dans l’ile Quadra-et-Vancouver , qui longe le rivage de la Colombie. Suivant la coutume anglaise, les uns et les autres ont été nantis du droit de s’administrer sous un commissaire anglais; et ce principe de force les soutient dans une lutte difficile contre les rigueurs de la nature et l’hostilité des Indiens sauvages, sans leur procurer une prompte et solide prospérité. Du reste, grâce à la température plus modérée sur la côte occidentale que sur la côte orientale du continent américain, le climat de la Colombie, moins âpre que celui du Canada, se rapproche de celui de la Californie.
On peut évaluer à 25,000 Européens (Anglais et Américains pour la plupart) les nouveaux habitants de ces deux jeunes colonies, et y ajouter quelques Chinois.
Considérée dans son ensemble , la Nouvelle-Bretagne occupe environ 7,800,000 kilomètres carrés, et est peuplée de 3 millions et demi d’habitants, parmi lesquels figurent environ 100,000 indigènes, partie Esquimaux et partie Indiens de la variété américaine des Peaux-Rouges, débris de l’ancienne population qui va diminuant d’année en année sous les étreintes de la misère ou l’expansion de la colonisation. Cependant quelques peuplades, se ralliant au travail agricole ou industriel et au christianisme, se fixent au sol et parviennent à fonder des familles et des villages qui s’accommodent du voisinage de la civilisation.
En dehors des terres et des îles de la Nouvelle-Bretagne, les petites îles de Saint-Pierre et de Miquelon relèvent de la France, seul débris qui nous reste en ces parages du vaste empire que nous y possédâmes au xvn e et au xvm'' siècle et qui embrassait, outre Terre-Neuve, les rivages de la baie d’IIudson, le Canada, l’Acadie et les îles voisines, le bassin du Mississipi, la Louisiane. Lasuperficie de cesilotsest de 210 kilomètres carrés, leur population de 3,000 habitants, dont le plus grand nombre dans l’île de Saint-Pierre, où est le chef-lieu de même nom, siège de l’administration.
Toute cette population est adonnée à la pêche de la morue, qui est tellement identifiée avec la vie locale qu’elle y sert de monnaie de compte. Pendant la saison de la pêche, d’avril à juillet, la population des deux îles s’élève à 8 ou
10.000 habitants. Alors les pêcheurs se dispersent dans la mer environnante : les uns se tenant à proximité du rivage; d’autres se tournant vers le golfe de Saint-Laurent; d’autres enfin, et ce sont surtout les équipages et les navires venus de France, s’avançant jusqu’au banc de Terre-Neuve, où ils soutiennent habilement la concurrence des autres nations maritimes. Les exportations dépassent 9 millions de francs; les importations, 6 millions; l’ensemble touche à 16 millions de francs, et met en mouvement 15 à 1600 navires.
La position avancée en mer de Terre-Neuve et de Saint- Pierre a fait choisir ces îles comme stations d’atterrissement des télégraphes sous-marins d’Angleterre et de France, entre l’Europe et l’Amérique.