TOASTS GÉOGRAPHIQUES
Gomme membre ou vice-président de la Société de Géographie, ou comme président de la Commission centrale, M. Jules Duval a prononcé, dans les banquets anniversaires de la Société, une suite de toasts, qui ont ici leur place naturelle. C’est pourquoi nous les reproduisons, d’après les publications officielles de la Société.
(4Ϋ Anniversaire. — Décembre 1 863.)
A l'alliance de la Géographie avec l’Economie politique l Messieurs,
Quand j’ai accepté le périlleux honneur de porter ce toast dans notre banquet annuel, je ne me doutais pas qu’il acquerrait le mérite de l’à-propos, par la présence, au milieu de nous, d’un illustre économiste, l’un des Vice-Présidents de la Société d’Economie politique, M. Michel Chevalier, et celle d’un autre illustre économiste praticien, qui s’applique à rapprocher l’Orient de l’Occident, en supprimant une distance de trois mille lieues, M. de Lesseps ; mais je me doutais encore moins que ce que j’avais à vous dire serait rendu presque inutile par le brillant discours qui a inauguré la série des toasts 1 et qui est consacré à peu près à la même idée. Je me sentais donc disposé à renoncer à la parole; mais j’ai autour de moi de bons amis qui raniment mon courage, en me disant • que l’occasion n’en est que plus belle d’affirmer devant ces
1. Discours de M. le comte Walewski, président de la Société.
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hauts personnages les mérites économiques de la Géographie.
Je défère à leurs conseils en vous proposant ce toast : A l'alliance de la Géographie avec l’Economie politique.
Il doit en être. Messieurs, des sciences comme des puissances : celles-ci, quoique justement jalouses de leur souveraineté dans leur domaine, ne dédaignent pas de s’entourer d'alliés. Se ménager de bonnes alliances est même un des principaux soins des gouvernements. La Géographie, qui est aussi une puissance en sa qualité de science, doit faire de même. Elle est solidement assise sur ses terres, considérée et honorés de tous ; mais elle serait peut-être plus forte et plus populaire au dehors, si elle vivait un peu moins isolée : il lui faut des alliances. La plus féconde que je connaisse est celle de l’Economie politique, à laquelle cependant elle donnera plus qu’elle ne recevra. Que de fruits à espérer de leur union ! Lorsque chacun de vous. Messieurs, voyageur ou navigateur qui explore les terres et les mers, ou savant adonné aux méditations du cabinet, vous parcourez le globe, le flambeau de la géographie à la main, que découvrez-vous ? partout des mers à unir en perçant des isthmes , des fleuves à relier ou compléter par des canaux, des montagnes à traverser par des tunnels ; partout des peuples sauvages à éclairer, des peuples barbares à policer, des produits à échanger par le commerce , du bien-être à conquérir par le travail : autant de leçons pour les économistes ! Il s’est trouvé un d’entre eux, un philanthrope anglais qui, dans un accès de mélancolie, s’est imaginé de détourner le genre humain de croître et de multiplier, par la peur que les hommes ne vinssent à s’entre-dévorer, faute de place et de vivres. La géographie rectifie ces déplorables erreurs , en montrant d’immenses et fertiles territoires inhabités et incultes ; elle établit que notre planète n’est pas peuplée au cinquième de ce qu'elle pourrait nourrir d’habitants ; que pas la centième partie de ses ressources n’est exploitée. Si un jour ces richesses méconnues sont mises en valeur, elles alimenteront probablement une population décuple de ce qu’elle est aujourd’hui. Ces consolantes vérités doivent, par la géographie, pénétrer dans la conscience publique et dans l’intelligence des hommes d’Êtat.
Les bons enseignements, il faut les prendre, Messieurs, où on le3 trouve; et je dois avouer que l’Angleterre, quoiqu’elle ne nous donne pas en toute occasion d’excellents exemples, peut nous servir de modèle pour l’ardeur à connaître, visiter, décrire, peupler, défricher le globe. On ne m’accusera, je l’espère, d'aucun mauvais sentiment, si je dis que les lauriers, géographiques des Miltiades anglais doivent empêcher les Thémistocles français de dormir. C’est une noble émulation entre savants et entre peuples, qui peut s’avouer hautement.
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L’éducation géographique des Anglais lait leur supériorité ; elle dresse tous les écoliers à devenir un jour voyageurs, navigateurs, commerçants , missionnaires. Qu’il en soit de même chez nous ! nous avons le même droit, le même intérêt, et, j’ose dire, les mêmes aptitudes à sillonner les mers, à explorer, peupler, coloniser les terres nouvelles ; et le faisant avec les qualités d’affectueuse sociabilité propres à notre race, nous mériterons les bénédictions unanimes du genre humain.
Tels m’apparaissent, Messieurs, les services que la géographie peut rendre au progrès social, en se préoccupant des applications pratiques, et c’est pourquoi je renouvelle avec confiance mon toast :
A l’alliance de la Géographie avec l’Economie politique!
(45e Anniversaire, — Décembre 1866.)
Messieurs,
Je suis invité à porter un toast
Aux Explorateurs de l'Afrique.
L’Afrique semble une forteresse que d’infranchissables remparts protègent contre la curiosité des étrangers. Depuis bien des siècles on l’attaque; on a ouvert bien des brèches, on a pris bien des positions secondaires : la citadelle centrale résiste encore. A cet assaut, les vétérans et les recrues rivalisent d’élan : les vétérans (comme en comporte le climat d’Afrique!), dont l’illustre Livingstone est le chef; les recrues, comme il en accourt tous les jours et de tous les pays . Mais pour mentionner leurs principaux groupes, j’ai besoin de procéder par ordre, d’après les points de l’horizon.
Et d’abord :
Aux explorateurs de l’Afrique du Nord, et en première ligne, aux Algériens !
Pour la France, l’Algérie est la porte de l’Afrique. Honneur aux officiers, soldats, marins, savants, ingénieurs, commerçants, industriels, colons, qui ont avancé depuis trente ans, de leur épée ou de leur travail, la géographie théorique et pratique de l’Afrique septentrionale ! Presque aussi inconnue il y a trente ans que l’Afrique centrale, l’Algérie est aussi connue aujourd’hui — de belles cartes l’attestent — qu'un département français. Et de notre pays sont partis quelques voyageurs in-
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trépides qui ont fait des pointes hardies et savantes jusque dans le Désert *.
Du Nord passant à l'Ouest, je bois :
Aux explorateurs de l'Afrique occidentale.
Et en particulier à cette vaillante phalange de jeunes hommes qui, sous la féconde initiative du général Faidherbe, et sous les auspices de S. Exc. le ministre de la marine' et des colonies, se sont aventurés dans toutes les directions de la Sénégambie ; dont quelques-uns ont franchi le bassin du Sénégal et pénétré dans le haut Niger! I.a semaine dernière vous entendiez, avec une sympathique émotion, le récit des épisodes de voyage de l’un d’entre eux , aujourd’hui notre confrère et notre convive J . Honneur à ce noble exemple donné par les fils de la France !
Je bois encore :
Aux explorateurs de V Afrique australe.
Et au-dessus de tous, à*l’admirable Livingstone, que je nommais tout à l’heure, le doyen et le modèle des voyageurs en Afrique, qui réunit, à un degré supérieur, les plus hautes qualités du voyageur : vigueur physique, force morale, persévérance, savoir, sincérité, modestie, sentiment religieux, patriotisme, souci des intérêts commerciaux, et qui, grâce à ces mérites, acquiert tant d’ascendant sur les populations qu’il visite et qui l’aiment parce qu’il les aime! Autour de lui se forme une école de missionnaires, chasseurs, naturalistes, médecins, qui s'elïorce de marcher sur ses traces, et dont les exploits rehaussent la gloire de leur général.
Aux explorateurs de l'Afrique orientale.
En me rapprochant de l'équateur, je saluerai avec respect ces missionnaires 3 qui nous ont révélé l’existence de montagnes neigeuses sous les feux d’un soleil vertical. Plus au nord, je rencontrerai l’Abyssinie, dont le plus savant explorateur 4 siège en ce moment parmi nous. Vers ces mêmes parages, nous entrerons dans la vallée du Nil, parcourue par tant de voyageurs et de touristes, que leur simple énumération demanderait un dénombrement homérique. Ne pouvant l'entreprendre, qu’il me soit permis, quoique je parle dans une réunion toute masculine, de faire une seule exception, en l’honneur de ces nobles femmes hollandaises qui se sont prises d’un ardent amour pour le continent africain, et atin de parve-
t. MM. Henri Duveyrier, Bouderba, de Bonnemain, de Colomb, Colonie».
ï. M. Mage, lieutenant de vniasenn.