‹ Notre planèteChapitre 68 sur 73 · M. Antoine d'Abbadie · texte numérisé non relu

M. Antoine d'Abbadie

APPENDICE

nir — jusqu'à son cœur, — se sont bravement engagées sur les flots marécageux du haut Nil. Vaincues par la fatalité de la maladie et de la mort, quelques-unes ont succombé avec plusieurs de leurs compagnes de péril, et il a fallu reculer; mais celle qui survit 1 , fidèle à sa vocation de voyageuse, promène en ce moment sur la Méditerranée son pavillon de capitaine de navire. Dans sa personne, je bois :

A la légion des explorateurs du bassin du Nil!

En achevant le tour de l'horizon et me rapprochant de l’Afrique septentrionale, je rencontre enfin le plus héroïque peut-être des groupes de voyageurs, celui que Barth a personnifié avec tant de gloire, celui qui a éclairé de tant de lumières et malheureusement semé de tant de deuils les routes du Soudan. Trois fois honneur à ces pionniers, aux vivants et aux morts. Je bois :

Aux explorateurs du Soudan!

Mais dans cette rapide excursion, je laisse un grand vide, l’Afrique centrale , jusqu’à ce jour sanctuaire inviolable. Heureusement qu’un jeune officier français 1 s’est levé parmi nous pour réclamer l'honneur de cette entreprise ardue; et sous le patronage de notre Société de géographie, il se prépare à l’exécution de ce grand dessein. En le voyant s’apprêter pour son prochain départ, je sens se réveiller en moi le souvenir d’une parabole, qui fut l’une des vives émotions de ma jeunesse, et de la vôtre aussi peut-être, pour beaucoup d’entre vous. Comme La Mennais, dans les Paroles d'un croyant, je serais tenté de dire à notre jeune et intrépide compatriote, partant pour l’Afrique :

« Jeune soldat, où vas-tu? »

II me répondrait sans doute :

« Soldat de la science, je vais, la foi dans l’ûme, l’œil au ciel, les mains armées d'instruments de défense et d'étude, je vais, d’un pied ferme et d'un cœur résolu, là où nul Européen n’a osé aller jusqu’à présent. Je vais m’enfoncer dans les solitudes les plus inconnues et les plus brûlantes du monde africain. Sous de nouveaux cieuk, je vais observer les étoiles, converser avec les hommes, décrire la nature, calculer des distances, recueillir des plantes et des animaux, esquisser des vues, lever des cartes. Partant des hautes vallées du Nil et me dirigeant au sud-ouest, je laisserai à ma gauche les routes qu'ont illustrées les Speke, les Grant, les Burton, les Baker; sur ma droite, celles qui ont couronné de tant d’éclat les noms de René Caillé, de Richardson, de Barth, d'Overweg, de Vogel; et

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