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Les Contemporains, 2e série : Le Pire Monsahré

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le change sur leur exactitude psychologique ? Je le crois pour ma part, en compagnie des maîtres; et j’essayerai de les concilier ensemble en les réduisant à de plus justes proportions. Nous découvrirons peut-être ainsi ce qu’il y a dans la confession : 1° de conforme à la nature, 21 d’opposé à la nature, 3° de supérieur à la nature.

Une théorie chère à Joseph de Maistre, bien qu’en réalité elle remonte aux premiers maîtres de l’enseignement chrétien, c’est qu’il n’y a pas de dogme dans l’Eglise catholique et qu’il n’y a pas même d’usage général appartenant à la haute discipline, qui n’ait ses racines dans les dernières profondeurs de la nature humaine. On le prouve aisément quand il s’agit de l’existence de Dieu, de l’Eucharistie, du Jeûne, du Mariage et même de l’Infaillibilité papale. Mais la confession n’est pas exceptée et celui qu’on a surnommé le Platon chrétien le proclamait ainsi dans le Livre du Pape (Livre 3, ch. 4). “Qu’y a-t-il de plus naturel à l’homme que ce mouvement d’un cœur qui se penche vers un autre pour y verser un secret ? Le malheureux, déchiré par le remords ou par le chagrin, a besoin d’un ami, d’un confident qui l’écoute et parfois le dirige. L’estomac qui renferme un poison et qui entre de lui-même en convulsion pour le rejeter est l’image naturelle d’un cœur où le crime a versé ses poisons. Il souffre, il s’agite, il se contracte, jusqu’à ce qu’il ait rencontré l’oreille de l’amitié ou celle de la bienveillance”.

Si ce besoin de l’aveu spontané existe véritablement, s’il n’est pas imaginé ni factice, s’il n’est pas non plus une acquisition tardive de notre sensibilité, en un mot, s’il est naturel, il a dû s’exprimer dans l’histoire par quelque pratique universelle, commune à tous les peuples et à toutes les époques. Ce qui est naturel doit se retrouver partout et toujours. En effet, prenez l’histoire des religions, parcourez-la dans le temps ou dans 1 espace, et vous trouverez la confession sous une forme ou sous une autre, à un degré ou à un autre, tantôt publique, tantôt privée, parfois rudimentaire, parfois compliquée, chez toutes les races de la terre et en particulier chez les idolâtres. Vous trouverez cet usage dans l’Inde, au Thibet et au Japon, chez les Turcs, chez les habitants de Sîam, du Tonquin et de la Corée. On se confessait alors aux divinités ou aux hommes, non seulement pour se débarrasser d’un poids moral, mais aussi dans un espoir de pardon et de guérison. L’antique législateur des Indes, Manou, disait: “Plus l’homme qui a commis un péché s’en confesse véritablement et volontairement, et plus il se débarrasse de ce péché comme un serpent de sa vieille peau.” A une époque plus rapprochée du christianisme, Socrate disait: “Si l’on a commis une injustice, il faut se présenter là où l’on recevra au plus tôt la correction convenable, de peur que la maladie de l’injustice, venant à séjourner dans l’âme, n’y engendre une corruption secrète et ne devienne incurable.” Et c’est ce principe ou cette tendance qu’utilisèrent les pontifes payens en imposant l’usage de la confession à la foule des adorateurs. Sans doute, à ces lueurs de vérité

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se mêlent parfois d’étranges aberrations, comme à ces efforts vers le bien, d’incroyables monstruosités. On verra par exemple ces infidèles, après leur confession, se livrer à des rites expiatoires souvent ineptes et parfois infâmes. Ils croiront pouvoir apaiser les dieux par des sacrifices humains, ou des pratiques obscènes plus révoltantes encore que les crimes dont ils voudraient obtenir le pardon. Mais ces déviations de l’instinct naturel nous servent à prouver son existence, et déjà, je crois qu’il est difficile d’échapper à la suivante conclusion : l’aveu spontané des fautes graves à un confident est chez l’homme un fait de nature, quelque chose de primordial et d’instinctif.

Mais c’est encore chez les Juifs de l’Ancien Testament qu’on a le plus de chance de retrouver les traits fondamentaux de l’homme, puisqu’ils puisaient dans leurs institutions positives et dans un sentiment religieux fort vivace de quoi les maintenir et les préserver. Or, il n’y avait pas que des sacrifices de louange sous la Loi Ancienne. Il y avait en plus le sacrifice pour le péché. Et il ne manque pas d’auteurs sérieux pour affirmer que ce sacrifice était accompagné d’une confession particulière faite à voix haute. Chose certaine, du moins, c’est qu’il y avait différentes espèces de victimes pour les diverses sortes de péchés. Alors le prêtre, en apercevant la victime qu’on lui amenait, devait nécessairement constater la nature du délit. Il y avait donc, à défaut de confession auriculaire, une sorte de confession oculaire. Et ce qui fortifie singulièrement la preuve, c’est que le prêtre devait ensuite manger la victime en

cachette pour ne pas dévoiler le secret à lui confié. Des rabbins allèrent même jusqu’à enseigner qu’il fallait mander un lévite auprès des moribonds pour recevoir leur confession ; et S. Antonin, qui vivait au XVe siècle, nous affirme que les Juifs de son temps avaient conservé ce pieux usage.

Si nous passons maintenant du judaïsme au protestantisme, nous constatons un fait des plus dérisoires et des plus significatifs en même temps. Venus après Luther, les calvinistes se rendirent bien compte que le soi-disant réformateur avait manqué de flair et de tactique en supprimant totalement l’usage de la confession. Apôtres du succès avant tout, ces gens-là ne voulaient rien négliger pour obtenir et conserver le suffrage populaire. Et comme le bon peuple aimait encore à se confesser, laissons-lui, dirent-ils, la liberté de le faire, et gardons du rite ancien au moins la partie agréable et consolante. C’est ainsi que nous lisons dans le Catéchisme de Genève : “Dans beaucoup de cas, ce serait une chose convenable de décharger sa conscience auprès d’un Pasteur, pour en recevoir les directions nécessaires.” Après avoir aboli la confession comme sacrement, on la maintient comme institution libre, comme “conférence spirituelle.” Et voici que le Rituel anglican conseille fortement au malade, “s’il se sent la conscience chargée de quelque matière de grande importance, de faire une confession particulière au ministre.” Et le ministre, à sa demande, devra l’absoudre par une formule spéciale, laquelle correspond entièrement à la formule catholique. Inutile de signaler l’illogisme et l’audace de ces honteux

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plagiats. Après avoir aboli la confession comme sacrement, n’est-ce pas un procédé à la fois cynique et enfantin de vouloir la maintenir comme direction ou conférence spirituelle ? Et de même, puisque le péché est un si lourd fardeau à l’heure de la mort, comment et pourquoi le laisse-t-on porter d’une façon aussi allègre durant la vie ? Histoire de plaire avant tout et de flatter la nature : c’est le fond même du protestantisme.

Mais, qu’on le veuille Ou non, il y a de tous ces faits une conclusion nette à tirer : c’est que l’aveu spontané des fautes de grande importance est un besoin si naturel et si universellement répandu, que chaque système religieux s’est cru obligé d’en tenir compte, de peur de tomber dans le discrédit populaire bientôt suivi de l’inévitable banqueroute.

Jésus-Christ n’est pas venu en ce monde pour détruire ni pour flatter la nature. Il est venu pour la contraindre et la morigéner, tout en tenant compte de ses légitimes aspirations. C’est pourquoi il a voulu, par son institution pénitentiaire, mettre à profit pour l’homme ce besoin de confidence inné chez lui. Mais en même temps, et toujours au profit de l’homme, comme nous verrons, il a voulu entourer cet aveu de certaines conditions ou circonstances qui en font décidément une chose pénible, sans rien lui ôter de son consolant caractère. Et c’est en examinant une à une ces diverses conditions et circonstances que l’on peut découvrir, sans

crainte d’errer, ce qu’il y a dans la confession d opposé à la nature.

La nature autorise et demande un aveu libre, formulé quand bon nous semble, ou du moins un aveu spontané, formulé dans une crise d’abattement, de terreur ou de désespoir. Ce criminel qui semble glisser aujourd’hui sur la pente des aveux, demain se retranchera peut-être dans un mutisme absolu. Jésus-Christ proclame virtuellement que l’aveu sera obligatoire, obligatoire à l’heure de la mort, obligatoire à certaines dates, obligatoire en certaines situations morales, obligatoire enfin, chaque fois qu’un fidèle ayant un confesseur à sa disposition voudra sortir de l’état du péché.

La nature autorise et demande l’aveu à un confident de notre choix, homme, femme ou enfant, peu importe. Il peut arriver que ce confident soit unique au monde, et Socrate se montrait déjà bien rigoriste en exigeant du pécheur qu’il allât se présenter là où il pouvait recevoir une correction convenable. Mais Jésus-Christ nous a désigné le confident de son choix, et le seul confident muni des pouvoirs du Christ, c’est le prêtre. Vous pourrez avouer ce qui fait le tourment de votre existence, non pas à un ami de la terre, ni à un juge de la terre, ni aux dieux ni à Dieu, mais au prêtre comme prêtre. Si vous rencontrez bienveillance et charité chez le prêtre, tant mieux; c’est devoir pour lui et consolation pour vous; mais, au fond, la justice vous suffit. En échange de ses aveux, le pénitent bien disposé a droit au pardon sacerdotal et c’est tout. On le voit, le sentiment de la nature est déjà notablement heurté; car une confidence

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obligatoire faite à un confident obligatoire, — qui nous garantit que le confident selon notre cœur serait pris dans les rangs du sacerdoce ? — revêt tout de suite un caractère onéreux, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle tend à gêner la liberté de nos mouvements.

Remarquons de plus ces mots de crime et de criminel qui reviennent fréquemment dans nos citations. La nature autorise et demande l’aveu du crime et des grandes injustices; mais les fautes ordinaires de la vie, si graves soient-elles; mais les manquements de toutes sortes aux lois positives de Dieu et des hommes; mais les fautes purement intérieures qui ne nous attirent aucune réprobation de la part de nos semblables : le détail de pareilles misères serait-il encore un postulat de la nature ? Au contraire, la nature ne tend-elle pas de toutes ses forces à nous détourner de ces aveux toujours les mêmes et répugnants à force d’être toujours les mêmes ?

Ici, de nouveau le Christ a voulu tenir tête à la nature. “Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez.” Les péchés: le Sauveur ne mentionne pas le crime proprement dit, le meurtre, le vol ou le sacrilège ; les péchés : tous les péchés, depuis le péché contre le Christ jusqu’au péché contre un de ces petits qui croient en lui, et depuis les exploits qui conduisent à la potence jusqu’aux défaillances intimes qui ont lieu dans les retraites inaccessibles de l’esprit et du cœur. Tel est l’objet de la confidence imposée au pécheur à la grille du confessional, confidence érigée en code et transformée en système. “Les péchés

seront remis à ceux à qui vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez.” Si le Christ avait dit seulement : les péchés seront remis, on aurait pu croire qu’il n’en exigeait pas l’accusation, ou du moins, pas une accusation particulière et détaillée. Quand un juge reçoit pour mission d’amnistier tous les coupables et de pardonner tous les genres de délits, il n’a pas besoin de voir et entendre les accusés, ni d’instruire leur cause. “Les péchés seront remis ou retenus”, nous a déclaré le Sauveur. Mais comment le juge, c’est-à-dire le prêtre, pourra-t-il distinguer entre la matière à pardonner et la matière à retenir, si cette matière ne lui est soumise auparavant par l’accusation ? L’on dira : Tous les péchés sont pardonnables, et ce sont les dispositions du pénitent qui parfois ne le sont pas. Mais là encore, comment juger des dispositions du pénitent, si ce n’est par la nature et le ton de ses accusations et les garanties au moins verbales que Ton obtient de lui pour l’avenir ?

Ainsi donc, il ne peut subsider aucun doute sur les intentions du Sauveur : aussi bien par le caractère obligatioire et universel qu’il impose à la confidence que par la désignation officielle et plus ou moins rigoureuse du confident, il est manifeste qu’il veut contraindre et morigéner la nature, tout en comblant Tune de ses plus secrètes aspirations.

Le lecteur qui m’aura suivi jusqu’ici se demande peut-être où peut conduire cette analyse de la confession,

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acte sacramentel à la fois conforme et opposé à l’humaine nature. Elle peut conduire et de fait elle conduit à une conclusion d’ordre apologétique aussi rigoureuse qu’on le peut souhaiter dans l’instance. Il résulte de ces observations que la confession auriculaire, telle qu’elle existe aujourd’hui dans l’Eglise, n’est au fond ni naturelle ni anti-naturelle, mais surnaturelle dans son origine et ses effets. Voilà l’explication finale, sans quoi on ne peut même pas concevoir son existence et sa durée ici-bas.

Si je considère, en effet, l’aveu de nos fautes comme conforme à la nature, je dis qu’il fallait un Dieu pour découvrir et mettre à profit cette harmonie fondamentale. Voilà une assertion étrange à première vue. Sans doute, il fallait un Dieu pour révéler Dieu à l’homme. Mais pour révéler l’homme à l’homme, pour faire connaître à l’homme le penchant de sa propre nature et le réintégrer dans cette voie, ne suffisait-il pas d’un vague sentiment religieux ou de l’apparition sur terre d’un génie tant soit peu observateur et entraînant ? Certes non. Rappelonsnous le célèbre reproche de l’Apôtre S. Paul aux hommes de l’antiquité : Immutaverunt naturalem usum in eum 'usum qui est contra naturam. (Rom. 1,26). Ils avaient non-seulement méconnu, mais renversé l’ordre de la nature. L’aveu des crimes était naturel et l’on en retrouvait des traces en tout lieu. Mais combien peu y avaient recours ! Et parmi ceux qui suivaient cet usage, combien y mêlaient encore d’abominables pratiques ! Pour arrêter l’humanité dans sa suprême déroute, il fallait autre chose que le génie ou la superstition. On vit bien apparaître avant Jésus-Christ des génies dans les écoles,

comme on supposait des divinités dans l’Olympe. Où donc était leur vertu illuminatrice et leur puissance d’entraînement? La nature ayant parlé, on violait ses préceptes; les philosophes ayant parlé, on se riait de leurs sentences; les dieux ayant parlé, on méprisait leurs oracles; mais, cette fois, il faudra bien qu’on entende, car le Dieu des dieux va parler. Il va interpeller le monde et le courber aux lois qui le régissent: Deus deorum Dominus locutus est , et vocavit terram. (Ps. 49, v. 1.) Et qu’on me permette de recourir ici, de nouveau, à une phrase de Joseph de Maistre qui caractérise fortement la nature de l’intervention divine : “Sur ce point de la confession, comme sur les autres, qu’a fait le Christ en faveur de l’humanité? Il a révélé l’homme à l’homme; il s’est emparé de ses inclinations et de ses croyances éternelles ; il a mis à découvert ces fondements antiques; il les a débarrassés de toute souillure, de tout mélange étranger; et, sur ces bases naturelles, il a établi sa théorie surnaturelle de la pénitence et de la confession sacramentelle.” On ne saurait mieux dire, ni mieux montrer la sagesse divine à l’œuvre, présidant aux origines de la confession.

Mais nous avons vu que le Christ, en élevant la confidence à la dignité de sacrement, y avait adjoint certaines conditions très oppressives pour notre amourpropre. Si donc je considère à présent l’aveu des fautes comme opposé à la nature, je dis qu’il faut absolument, pour nous arracher à cet aveu, qu’une vertu surnaturelle y soit attachée. Lequel d’entre nous, sur la foi d’un prêtre ou d’un philosophe, dans l’espoir d’un pardon

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vague, d’un soulagement problématique, d'une direction incertaine et flottante, irait se soumettre à cette dure et positive discipline, accompagnée, précédée et suivie d’une série d’actes qui sont des châtiments par essence et qui doivent comme nécessairement amener la rougeur au front et la confusion dans l’âme ? Ce qu’il me faut, avant d’oser une telle démarche, c’est la certitude et, pour ainsi dire, l’énormité du résultat attendu. Je consens à m’humilier, mais à condition que l’humilité me relève; je veux proférer des aveux de honte, mais à condition d’entendre une sentence de pardon ; en un mot, j’accepte la confusion, à condition qu’il en jaillisse de la grâce et même de la gloire. Et tous ceux qui, au cours des siècles, entrèrent avant moi dans le confessional y sont entrés avec les mêmes exigences et dans les mêmes dispositions. Et le confessional est toujours debout, et la confession vit encore ! C’est donc qu’on a senti, expérimentalement, la vertu surnaturelle de l’institution apportée par Jésus-Christ.

En effet, saint Augustin, parlant de la confusion du pécheur aux pieds de son juge, nous enseigne que cette confusion va produire la grâce et la gloire. Il applique au sujet le mot de l’Ecclésiaste (IV, 24, 25) : ne confundaris dicere verum : est enim confusio adducens gratiam et gloriam. Oui la grâce : d’abord, si besoin en est, celle que les théologiens nomment grâce première, qui nous réconcilie avec le Seigneur et nous rétablit dans son amitié ; à tout le moins une augmentation de cette grâce, si elle existe déjà dans l’âme du pénitent; puis en second lieu, la grâce proprement sacramentelle dont les effets

correspondent aux fins de l’institution pénitentiaire. Vérité des plus consolantes, surtout pour une certaine classe de pénitents, celle qui se confesse à intervalles courts et réglés. Combien parmi les habitués de la grille diront au confesseur: “A quoi bon produire sans cesse cette fade nomenclature de manquements légers, toujours les mêmes, et dont on nous enseigne qu’on peut obtenir le pardon par une foule d’autres moyens ?” Il est à ce problème une large et vivifiante réponse. N’abusez pas de cette pratique, si par ailleurs vous communiez souvent. Puis, quand vous jugez le moment venu de vous rendre à confesse, n’y allez pas simplement pour obtenir le pardon de vos fautes, mais pour recevoir la grâce. Cette grâce sacramentelle est communiquée à l’âme pour y faire croître en permanence la douleur du péché, la disposition à l’aveu et le désir de l’expiation : de cela nous avons toujours besoin : ce souvenir du péché que Dieu nous laisse avec son pardon, c’est peut-être la fine fleur de la grâce, le plus merveilleux et le plus salutaire effet du sacrement. L’on s’étonne moins, dès lors, de voir un S. François de Sales se confesser chaque jour, un P. Lacordaire se jeter aux pieds du premier prêtre qu’il rencontrait.

D’où vient dans le christianisme, malgré l’immense espérance qui palpite dans son âme et qui transfigure jusqu’à l’idée du trépas et au visage de nos morts, d’où vient cette nuance de tristesse qui imprime son cachet sur nos plus franches réjouissances, dans la pensée du mal toujours possible et du péché à craindre? Cela vient des agenouillements séculaires à l’ombre du

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confessionnal, cela vient des anciens repentirs et des anciennes larmes. Le tempérament chrétien s’est façonné là. Un chrétien, c’est un être qui s’afflige sans cesse en se réjouissant de son affliction : Semper doleat et de dolore semper gaudeat. (Saint Augustin). Il s’en réjouit sans cesse et il va même jusqu’à s’en glorifier: Est confusio adducens gratiam et gloriam. Out. même dans ce réduit de honte, ce mot de gloire paraît bien à sa place. Gloire au pénitent chrétien, ou plutôt, — puisque les membres dissidents de la famille chrétienne n’ont voulu garder qu’un simulacre de confession, — gloire au pénitent catholique ! C’est lui le vrai homme de la nature, puisque seul il sait écouter sa plainte sourde, obéir à sa secrète impulsion. Gloire au pénitent catholique ! C’est lui le vrai disciple de la raison, puisque il se soumet, quand elle lui ordonne de mâter la nature au lieu de la suivre en ses déviations et ses caprices. Gloire au pénitent catholique ! C’est lui le véritable enfant de la grâce, puisque une sentence en quatre mots, prononcée sur ce limon terrestre, en fait jaillir un homme nouveau, semblable à celui que Dieu créa un jour dans la justice et la sainteté.

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UN GRAND HOMME D’EGLISE

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