‹ Notre voyage au Congo en 1920Chapitre 2 sur 9 · L. GOFFIN · texte numérisé non relu

L. GOFFIN

Administrateur délégué de la Compagnie

du Chemin de fer du Congo.

(Colonial.)

Ixelles, le 3 mai 1919.

2, rue des Mélèzes.

« Mon cher Delcommune,

» Notre ami commun, F. Cattier, m'a remis, avant-hier, ton » ouvrage considérable où j'ai lu, avec reconnaissance, ton liom- » mage cordial.

» Crois que j'y suis extrêmement sensible. Avant de t'accuser » réception, j'ai voulu parcom'ir ce considérable résumé (si l'on » peut dire) de ta longue vie si bien remplie.

» Et j'ai la joie de te dire que sur les 145 premières pages, » lues hier et aujourd'hui (lues mot à mot, bien entendu), j'ai » retrouvé mes façons de voir que j'ai souvent exprimées soit dans » mes hvres, soit dans les journaux.

» Ce m'a été, en particulier, une véritable joie de lire ta défense » de la race noire.

» J'ai feuilleté le reste de l'ouvrage, m'arrêtant à quelques cha- » pitres. Je pense que nous ne serons pas toujours du même a\as (1).

» Mais, quoi qu'il en soit, je me permets de te féliciter d'avoir » donné, aux anciens coloniaux, ce bel exemple de ce que tu as vu, » fait et pensé.

)) C'est un document de grand poids pour notre httérature colo- » niale.

(1) Nous avons prié notre ami le commandant Ch. Lemaire de bien vouloir entamer publiquement une controverse des questions coloniales sur lesquelles il n'était pas d'accord avec nous.

Nous n'avons jusqu'ici reçu de lui aucune réponse, pas plus que de la part de notre ami M. Cattier, conseiller colonial, devenu de par sa vieille amitié avec M. Franck et naturellement, Véminence grise du nouveau ministre.

» Excuse mon écriture; ceci est la toute première lettre écrite » de ma main depuis soixante jours que je suis au lit. » Meilleures poignées de main. «

Commandant Ch. Lemaire.

(Colonial.)

« Monsieur A. Delcommune,

» J'ai bien reçu en son temps votre ouvrage V Avenir du Congo » menacé. Avant tout, je vous en remercie bien sincèrement. » Je l'avais déjà en partie parcouru et lu lorsque m'est arrivée » votre lettre du 24 mai attirant mon attention spéciale sur quel- » ques-unes des parties saillantes de l'œu^Te.

» A mon avis, l'ouvrage est intéressant d'un bout à l'autre. » Cependant ce que j'ai lu avec une satisfaction plus grande encore » que tout le reste ce sont les chapitres qui traitent du rôle du » médecin et de l'influence d'une hygiène bien comprise sur l'édu- » cation du noir et sur la colonisation en général.

)) La productivité du travailleur est en raison de sa santé. Par » conséquent, le relèvement, même minime, du coefficient de la » santé pubhque, retentit d'emblée sur la fortune publique, surtout » dans ces pays oii la fortune est constituée par des trésors agri- » coles ou miniers que seul le travail de l'habitarut peut faire valoir.

» La lecture de votre ouvrage a confirmé davantage encore » dans mon esprit l'évidence de cette théorie.

» Veuillez agréer, Monsieur Delcommune, avec mes remercie- » ments réitérés, l'expression de ma haute considération.

D"" Persoons,

Député, Lokeren.

(Non colonial.)

CoxGO BELGE Boma, le 14 juillet 1919.

Cabinet du Gouverneur général.

« Mon cher Monsieur Delcommune,

» Je vous remercie de l'aimable attention que vous avez eue » de m' envoyer votre livre.

» Je l'ai lu avec un gTand intérêt. Je ne vous dirai pas que je » partage toutes vos idées, mais j'en partage beaucoup.

» Il est impossible de revenir en arrière quant à la liberté du » commerce et de favoriser comme vous le souhaitez, les grandes » sociétés (1).

» Au reste, je crois que celles-ci n'auront pas besoin d'une telle » protection, si elles suivaient le mouvement au lieu de s'en tentr » aux procédés d'antan.

« Voyer la Compagnie du Kasaï qui se décide à évoluer (2). » Elle fait aujourd'hui un chiffre très respectable de tonnes de » produits palmistes et voit ses affaires reprendre bonne tournure.

» 11 pourrait en être de même pour la S. A. B.

)) Ne croyez-vous pas être un peu injuste envers le Gouverne- » ment de la colonie au cours de ces années de guerre (3)?

» Privé de tout moyen, réduit tout au moins à ceux qu'il » possédait en 1914, il a cependant marqué un progrès appré- » ciable. Il a presque doublé lïmpôt indigène sans doubler les » taxes; dans l'ensemble celles-ci ont plutôt été réduites.

)) Je n'ai pas usé du moyen que m'offrait le décret de 1914 » sur l'impôt indigène. Je n'ai nuUe part dépassé le chiffre de » 12 francs, bien que le commerce en général trouve celui-ci » insuffisant.

» Mais nous reverrons cela, si vous le voulez, à la fin de l'année, » époque de mon retour.

» Un des chapitres sur lequel notre accord est parfait, est celui » qui traite les cultures indigènes.

» Quelle peine j'ai eue à faire prévaloir et à appliquer les idées )) que vous exposez!

)> Encore merci, cher Monsieur Delcommune, de l'envoi de votre » beau travail.

» Croyez à l'assurance de mes sentiments cordialement dévoués. »

(S.) Henri, Gouverneur général du Congo.

(1) Nous n'avons jamais demandé aucune faveur.

(2) La Compagnie du Kasaï n'a pas évolué et elle n'a pas à le faire, car elle continue, comme auparavant, à commercer directement avec les indigènes.

(3) Nous avons rendu dans notre livre hommage au ministre des colonies pendant cette période.

Mazingarbe (Pas-de-Calais), le 12 juillet 1919. BuUy-les-Mines. Tél. 3, Lens.

« Cher Monsieur,

» M. Lambert m'a remis il y a quelques jours, lors de mon pas- » sage à Bruxelles, votre très beau travail sur le Congo que vous » avez eu la bonté de m'envoyer.

» J'aurais voulu immédiatement aller vous exprimer mes remer- » cléments, mais pressé par le temps et retenu plus tard que je ne » le pensais, j'ai dû quitter Bruxelles sans vous voir afin de passer » la frontière à une heure qui ne soit pas trop tardive.

» Aujourd'hui que j'ai lu en partie votre bel ouvrage, je tiens » à vous dire combien j'ai été vivement intéressé par tout ce que » vous dites et à vous offrir mes très vives félicitations pour le » très beau courage dont vous faites montre en même temps que » pour les vues si hautes et si larges que vous témoignez.

» Je comprends que vos appréciations ont dû faire l'effet, dans » certains milieux, d'un caillou dans une mare aux grenouilles et » qu'on ne doit pas aider à la vulgarisation de votre belle œuvre. ":) C'est toujours ainsi dans la vie, quand des vérités les plus inté- » ressantes sont aux prises avec des questions d'amour-propro, » mais tout de même, si elles font leur chemin lentement, elles le » font sûrement.

» J'espère bien qu'on s'inspirera assez tôt de vos si hautes vues » pour ne pas laisser s'aggraver la situation que vous signalez.

» Veuillez agTéer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments » bien dévoués. »

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