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Notre voyage aux pays bibliques

Pas plus ici qu'à Beyrout il ne faut chercher des souvenirs bibliques. Ce n'est pas que la côte phénicienne ait échappé, dès l'origine, à l'action des hommes apostoliques. Nous savons, au contraire, qu'après le meurtre d'Etienne, les disciples, persécutés à Jérusalem, se répandirent hors du pays et prêchèrent en Phénicie, à Chypre et à Antioche1. Seulement les détails sur l'évangélisation de ces villes maritimes, toutes à leur commerce et à leurs voyages, quand elles n'étaient

Actes, xi, 19.

Notre Voyage aux paya biblique». III — 1

pas à de criminels plaisirs, nous font défaut. On sait néanmoins que lorsque Paul, allant de Milet à Jérusalem, descendit à Tyr, où le vaisseau laissait des marchandises, il y trouva un groupe de disciples. Au nom de l'Esprit -Saint, ceux-ci le prièrent de ne pas monter à la Ville Sainte, et, après sept jours de pieux entretiens, ils raccompagnèrent au navire. Leurs femmes et leurs enfants s'unirent à cette démonstration de respectueuse tendresse. Ensemble ils s'agenouillèrent sur le rivage, et, dans une fraternelle prière, ils se dirent un cordial adieu *. Plus tard, Paul, conduit à Rome pour y être jugé, obtint du centurion Julius la permission de débarquer à Sidon pour y voir des amis qui constituaient déjà une église2. On peut en conclure qu'il y eut aussi des communautés chrétiennes dans les autres villes de la côte , à Béryte , à Byblos , à Tripoli , à Arad , mais de leur histoire il ne nous est rien parvenu.

Au reste, Tripoli ne fut autrefois qu'une sorte de marché phénicien où trois villes, — de là vient son nom, — Tyr, Sidon et Arad avaient chacune son comptoir, situé à un stade l'un de l'autre, et entouré d'une enceinte fortifiée. Ces établissements occupaient la presqu'île nommée aujourd'hui El- Mîna, le Port ou la Marine. Il en reste encore des débris visibles au milieu des champs, dans les murs des maisons modernes et sur la plage de

1 Actes, xxi, 4.

2 Actes, xxvn, 3.

l'anse allant d'El-Mîna à l'embouchure du Kadicha, où des colonnes de granit vert gisent , à demi enfouies, au pied de six vieilles tours à peu près détruites.

La nouvelle ville s'est bâtie à trois kilomètres plus avant dans les terres , autour d'un château monumental élevé, au xne siècle, par Raymond de Saint- Gilles, comte de Toulouse, sur un des contreforts du Liban, pour protéger les pèlerins. Un tramway, moyen de locomotion nouveau dans le pays, nous y conduit. La brise du matin est embaumée par les citronniers et les orangers, qui couvrent la plaine. La plus luxuriante végétation, entretenue par un travail intelligent et des milliers de ruisseaux qui serpentent à travers ces terres d'alluvion , fait de ce triangle, dont la tête est à El-Mîna et la base à la route de Beyrout à Tortose, un délicieux verger. Je ne m'étonne pas que les Croisés, arrivant ici en mai 1099, aient éprouvé un saint respect pour ce paradis terrestre. Ils n'y prirent, dit la chronique, qu'une plante pour l'emporter religieusement : ce fut la canne à sucre. De l'impériale de la voiture nous admirons le paysage. Dans son site gracieux, avec le fleuve qui la traverse , son port plus abordable, sa terre moins brûlée par le soleil, ses fruits plus beaux et plus suaves , Tripoli l'emporte sur Jaffa.

Nous descendons chez les Filles de Saint- Vincent-de-Paul. Faute de souvenirs bibliques à vénérer, la Providence m'y ménage une de ces rencontres désirées depuis longtemps, et qui répondent

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