LA PAQUE DES GRECS
l'apôtre Jean en avait réglé la date. Je doute fort qu'il en ait jamais prévu les détails accessoires et les curieux préparatifs dont nous sommes témoins. La Pâque de l'Église grecque tombe demain.
Dans les rues, c'est un encombrement général d'agneaux peints de toute couleur. Plus de quinze mille seront vendus avant ce soir. D'autres arrivent comme colis de chemin de fer, les pattes liées , et portant au cou, sur une faveur bleue, jaune ou rouge , un mot sympathique de celui qui envoie le gracieux présent. Pas une famille dans l'Église grecque où l'agneau pascal ne soit immolé. Mais avant de tomber sous le couteau fatal, comme la pauvre bête est choyée, gâtée et triomphalement conduite de porte en porte chez tous les amis ! On l'orne de bandelettes, on ajoute encore de nouvelles nuances à sa toison, on la nourrit de pommes, de roses, de gâteaux, à quoi elle préfère, avec beaucoup de sens, l'herbe fraîche de la pelouse où on lui permet de gambader. Tout père de famille, si pauvre soit-il, ménage de longue main son argent pour avoir ce jour-là un agneau. Kyrie pappa, epistrepsé, ela edhô! me crie un marchaud d'antiquités qui veut me faire entrer dans sa boutique. Je m'arrête et je l'écoute, car il fait passer toute son âme dans sa supplication. « Achète -moi cette statuette si jolie, dit-il, autrement je ne puis donner un agneau à mon fils. » Point d'agneau, point de Pâque. Va, mon enfant, tu auras un agneau. Et je donne ce qu'il demande au brave Grec, qui baise ma main en disant : Icé halos anthropos : ((Vous êtes