DERNIÈRE VUE DE SMYRNE
un brave homme. » Pendant ce temps un autre, moins obligeant, allège la poche de notre ami, M. Abac, d'une belle pipe en écume de mer qui fort malencontreusement laissait entrevoir un bout d'ambre tentateur. Ce n'est pas, j'espère, pour célébrer la Pâque qu'il a commis ce larcin. Chacun fait des affaires à sa façon.
La cathédrale grecque de Saint -Photin est littéralement envahie par la foule. Il est impossible d'y pénétrer. Tout le monde se tient debout et chante. Ce chœur de voix viriles, enfantines, discordantes, mais toutes pleines d'enthousiasme , a quelque chose d'émouvant. La liturgie grecque abuse des illuminations. C'est moins grave, mais plus populaire que chez nous. L'assistance parlant la langue de l'Église prend une part très active à ce qui se dit et presque à ce qui se fait. Dans les rues on nettoie des armes à feu. Les riches achètent de la poudre. Dès cette nuit, et durant trois jours, depuis Smyrne jusqu'à Constantinople , dans les îles, sur le littoral, partout, nous entendrons les fusils et les pistolets crier aux quatre vents du ciel : « Le Christ est ressuscité ! »
Nos dernières visites sont faites. Nous allons quitter Smyrne, ayant assez entrevu l'Asie Mineure pour désirer d'y revenir. Que de grandes et belles ruines à exhumer ici. Les savants peuvent se donner rendez-vous sur tant de sites encore inexplorés sur la côte et dans l'intérieur des terres. Avec de l'argent et du courage, ils n'auront pas de déceptions.