LE PANORAMA DE CONSTANT1NOPLE
tentement. C'était parler trop vite. Le sourire de quelques passagers, moins novices que moi, semble m'en avertir. Presque aussitôt, dans le lointain, se dessinent de grandes coupoles. Insensiblement elles se rapprochent, elles s'arrondissent harmonieuses et enfin se détachent resplendissantes sur la montagne avec leurs sveltes minarets. Parmi elles, c'est, avant tout, Sainte-Sophie que je veux saluer, Sainte -Sophie le chef-d'œuvre de l'architecture chrétienne, l'église des douloureux souvenirs, la future cathédrale de Constantinople affranchie des Turcs et redevenue catholique. A côté d'elle les mosquées des sultans sont pour moi des édifices aussi menteurs que la civilisation musulmane, dont ils demeurent l'expression fidèle.
Un jeune Grec s'est approché de moi, et me frappant sur l'épaule : Haghia Sophia! m'a-t-il dit. En lui serrant la main j'ai répondu : « Dieu vous la rende! » Oui, toute politique et tout équilibre européen à part, il est temps de chanter la messe dans l'église de Justinien et d'en chasser les usurpateurs. La France aux Français, l'Angleterre aux Anglais et l'Europe aux Européens. Mahomet, comme le despotisme, l'esclavage et le fanatisme, ces deux chancres des sociétés antiques, a fini son temps parmi nos démocraties modernes. Les hyènes, les chacals et même les lions s'éloignent à mesure que les peuples s'avancent, et la vermine meurt partout où s'affirme la civilisation. Vue de la mer, au milieu des édifices qui l'encombrent, Sainte -Sophie ne s'impose pas à mon admiration