LE SERAI
comme je l'avais espéré. Les mosquées du sultan Ahmed, de Bajazet, de Soliman avec six, deux, et quatre minarets, lui font cette concurrence déloyale que le clinquant fait à For et le Framinet au diamant.
A mesure que nous avançons, la grande ville se révèle sous un aspect moins sombre. Le soleil perce les nuages et jette tout à coup ses rayons, véritable pluie d'or, sur ces maisons tout à l'heure tristes et monotones, maintenant bleues, blanches, roses, étincelantes, comme si une baguette magique les avait subitement transformées. Les grands édifices semblent se mirer dans la mer calme et d'un bleu de saphir. Le long des murs crénelés du Serai , des touffes de rosiers et quelques jasmins en fleur s'inclinent vers la berge dallée qui suit le rempart. Chose surprenante, à ce moment du jour où la vie se réveille partout, dans l'immense jardin, aux fenêtres grillées des palais, aux balcons des kiosques, autour des gracieuses fontaines, sous les bouquets de charmille, parmi les térébinthes et les cyprès, pas un seul être vivant. Est-ce un paradis désert? une scène sans acteurs ? une ville sans habitants? Le sommeil ou la mort? Non; il y a là tout un monde de femmes, de rivalités, de haines, d'ambitions qui veille sans cesse , s'agite dans l'ombre , vit et meurt dans le mystère. Quelle épouvantable histoire que celle de ces harems d'hiver et d'été que l'on nous montre du doigt comme les temples de la ruse, de la luxure et de la barbarie. C'est là