‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 118 sur 216 · SCUTARI · texte numérisé non relu

SCUTARI

que , sous les lambris dorés ou les berceaux de chèvrefeuille , les muets étranglent les odalisques et les sultanes; c'est sous ces platanes que les janissaires ont fait leurs révolutions, et derrière ces moucharabiehs aux ravissantes sculptures que les maîtres de l'empire ont été tant de fois poignardés. Il n'y a pas longtemps encore , la poterne du rempart qu'on m'indique s'est ouverte au milieu de la nuit pour laisser passer, cousues dans des sacs de cuir, douze femmes qu'on jetait à la mer, pauvres victimes de quelque cabale triomphante. Autrefois on les eût enfermées avec des vipères, pour rendre le supplice plus affreux. Il s'est passé et il se passe encore derrière ces murs des choses horribles, et les grands cyprès qui y croissent ne diront jamais tout le deuil que devraient imposer à la civilisation moderne les excès d'une barbarie surannée et d'une tyrannie sans nom.

Eh bien, ce que l'on pense a beau influer sur ce que l'on voit, ici ce que l'on voit finit par prendre le dessus, et, bon gré mal gré, l'admiration vous envahit et vous subjugue. Le panorama s'est agrandi à notre droite. Kadi-Keuï, avec ses cafés encadrés de verdure, ses maisons à l'européenne, ses terrasses au-dessus de la mer, n'était que Pavant-garde d'une immense cité. Scutari commence à se développer au levant et au midi avec ses villas, ses coupoles, ses mosquées, ses minarets , ses casernes , et le vaste cimetière turc aux gigantesques cyprès. Le soleil y sème une ravis-

Page 1