DECEPTION
rails, des kiosques, des mosquées, des dômes, des minarets , comme d'innombrables spectateurs de toute condition, de tous costumes, de toute taille, installés pêle-mêle sur les deux côtés et à tous les degrés d'un immense amphithéâtre pour contempler une bruyante fourmilière en mouvement, calques, bateaux, vapeurs qui se croisent dans le large bras de mer, cris tumultueux qui montent de partout, peuples divers qui se heurtent sur les ponts unissant les deux rives. Non, il n'y a rien au monde de plus étourdissant que le panorama au milieu duquel nous sommes. De quelque côté que l'on se tourne, à droite, à gauche, devant, derrière, c'est beau, admirable, indescriptible. Nous aurions dû passer trois jours dans la rade à contempler et puis partir. Mirar y no tocar. La plus légitime des curiosités gâte souvent le meilleur des plaisirs.
La transition est aussi brusque que pénible. Un caïque nous a déposés à terre devant des douaniers en guenilles et des portefaix hideux, dans une boue noire et puante. La féerie est bien finie. A travers des rues sales, étroites, dépavées, enchevêtrées, nous nous acheminons vers l'important collège que les Lazaristes ont à Galata, et où nous sommes attendus. Nous nous heurtons à des Turcs qui chargent de l'eau dans d'immenses outres, à des nègres qui vendent du lait caillé, à des géants à moitié nus qui, deux à deux, portent, suspendus à de longues barres , les plus pesants fardeaux. Les maraîchers crient au coin des carre-