PERA
fours. Des ordures encombrent les passages, et des chiens boiteux, borgnes, sanguinolents , galeux , toute une seconde population de Gonstantinople, y font leur repas du matin. A travers des détours superflus qu'imaginent nos hammals ou portefaix pour rendre leurs services plus appréciables, nous arrivons chez les PP. Lazaristes, qui nous accueillent avec une sincère cordialité.
Cette violente antithèse du très beau au dehors et très laid au dedans crée, si je ne me trompe, le monstrueux dans l'ensemble, et je prévois que rien n'effacera cette impression qui me domine. Elle est d'ailleurs un peu celle des étrangers intelligents qui habitent le pays. Après notre déjeuner, nous avons voulu sortir et voir les belles rues de la ville. C'est à Péra qu'on nous conseille de monter. Mais Péra, dans sa plus belle partie, c'est la rue de la Pomme à Toulouse , la rue Vaugirard à Paris, et pour tout le reste ce n'est pas même Carpentras. Ajoutons qu'au plaisir de défiler devant des magasins sans cachet se joint celui de monter toujours, avec la perspective de descendre, pour remonter et redescendre encore. Au reste, on n'y dissimule pas les rampes, et sans hésiter on y adopte plus d'une fois le système élémentaire des rues à escaliers. Imaginez-vous que Péra, le quartier des ambassadeurs, des hôtels, des théâtres, de la vie bruyante et joyeuse, est enserré au levant et au couchant par deux vastes cimetières. On a dit que ces champs des morts étaient beaux à voir. Nous y entrons. Rien de plus indignement tenu. C'est