‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 122 sur 216 · PERA · texte numérisé non relu

PERA

un amas de ruines. A l'ombre des grands cyprès, à travers des milliers de colonnettes inclinées en tous sens, dans l'herbe et les buissons qu'aucune main n'arrache, des enfants jouent, de jeunes couples se donnent rendez -vous, des vaches paissent et des Turcs mangent, dorment ou fument.

Pour être justes, disons qu'au grand cimetière nous avons trouvé la section arménienne plus convenablement tenue. Sur chaque tombe un signe sculpté rappelle la profession du mort. Au chirurgien on donne une lancette, au banquier une balance, au prêtre une mitre, à l'écrivain une plume, à l'orfèvre un collier, au barbier le plat traditionnel. Autre détail à noter, du grand comme du petit Champ des morts, la vue sur le Bosphore ou sur la Corne d'or est splendide. Ainsi la tristesse et la joie, le laid et le beau, la mort et la vie se touchent. Au reste la note caractéristique de Constantinople est visiblement dans ce pêlemêle qui unit la lumière aux ténèbres, les parfums à l'air empesté, les rochers à la boue, et dans le même carrefour, la vue sans limite à l'horizon fermé, les palais aux masures, la ville aux champs, sans que jamais personne se soit préoccupé de substituer à cet étrange désordre un ordre quelconque. Au bout d'une rue, il n'est pas rare de rencontrer un précipice.

Après trois heures de course à travers de si bizarres contrastes, je me déclare satisfait. Je prie mes amis de continuer, s'ils y tiennent, avec le bon P. Lazariste qui nous guide, la fatigante excur-

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