TEMPLE DE LA VICTOIRE
élevé par Cimon en l'honneur de la Victoire sans ailes. L'heureux fils de Miltiade voulut -il supplier ainsi l'inconstante de ne plus quitter les armées athéniennes? On pourrait admettre cette explication du titre étrange qu'il lui donna. La construction de l'édifice dut coïncider avec le double triomphe remporté sur les Perses près de l'Eurymédon et le retour des cendres de Thésée, ramenées de Scyros récemment conquise. Le lieu même où il fut élevé porte à croire qu'on voulut honorer la mémoire de ce héros athénien. Il se trouve, en effet, au point de l'Acropole d'où, assurait -on, Egée avait vu revenir, avec les voiles noires qu'il avait à son départ, le navire sur lequel Thésée son fils était allé en Crète combattre le Minautore. Croyant mort celui qui revenait vainqueur, mais tellement à la joie de son triomphe, qu'il avait oublié d'ôter les signes de deuil attachés h son vaisseau, le malheureux père se précipita dans la mer. La délicieuse frise dont deux côtés sont ici et deux autres à Londres, était couverte de personnages fort endommagés. La plupart des têtes ont disparu. Les draperies et les mouvements du corps sont d'un fort beau travail. Autour du petit sanctuaire régnait une balustrade d'une époque postérieure, mais ornée de sculptures remarquables parmi lesquelles on admirait surtout la Victoire déliant ses sandales, et la Victoire au taureau. On en a soigneusement recueilli les fragments, que nous verrons ailleurs.
Presque vis-à-vis le temple de la Victoire, de
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l'autre côté du monumental escalier, mais interrompant fort mal à propos l'alignement de ses degrés, se trouve le piédestal d'Agrippa, haut de huit mètres et large de quatre. Il porta jadis la statue colossale du gendre d'Auguste, comme le prouve l'inscription qui subsiste encore.
D'ici les Propylées devaient produire cet effet imposant et harmonieux qui les faisait préférer comme œuvre d'art au Parthénon lui-même. Mnésiclès, en les élevant, n'eut pas d'autre pensée que d'en faire l'entrée de l'Acropole. Le plan qu'il adopta fut d'ailleurs très simple. Il imagina un mur percé de cinq portes inégales et précédé d'un vestibule de même largeur. Le vestibule était divisé en trois travées par deux rangées de colonnes ioniques. En avant du vestibule était un portique de six colonnes doriques surmonté d'un entablement avec fronton encadré par deux portiques parallèles. En arrière, un autre portique de six colonnes doriques atteignait le niveau de la plateforme de l'Acropole. L'incomparable harmonie des lignes et le fini de l'exécution faisaient de ce portique si heureusement conçu une œuvre idéale. Le temps l'a rudement éprouvé. Les deux murs du vestibule sont encore debout, mais des six colonnes ioniques il n'y a plus que les bases et des chapiteaux morcelés. Les cinq portes dans le mur qui constituait le motif principal subsistent, élevées sur cinq degrés dont le dernier est en marbre noir. Celle du milieu est plus grande que ses deux voisines, qui elles-mêmes sont plus grandes que les deux dernières. Sur ce seuil que
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nous foulons, que d'hommes illustres sont passés! Cinq colonnes du portique regardant l'Acropole ont encore leurs chapiteaux. A la façade principale, au contraire, deux seulement, celles des angles, sont debout. Elles mesurent près de neuf mètres de haut et un mètre cinquante centimètres de diamètre. Les chapiteaux en sont admirablement travaillés. Des deux ailes de retour, une seule subsiste, fortement dorée par le soleil, qui la brûle depuis deux mille trois cents ans. Quand on songe que , vers le milieu du xvne siècle , une poudrière établie dans le vestibule y fit la plus formidable explosion, on s'étonne beaucoup moins du chaos de ruines que l'on traverse que de la solidité de ce qui est resté debout.
La salle qui tient à l'aile gauche des Propylées répond peut-être à la Pinacothèque dont Pausanias nous a longuement énuméré les peintures, tout en disant que la plupart étaient effacées.
A la sortie des Propylées nous remarquons , devant la dernière colonne qui est à notre droite , le piédestal de Minerve Hygiée. Périclès érigea cette statue votive à la déesse qui, dans un songe, lui avait indiqué le moyen de guérir un de ses esclaves. L'infortuné, très aimé de son maître et de Mnésiclès, dont il était le meilleur ouvrier, était tombé du haut de l'édifice et semblait mortellemeut blessé. On le pansa avec une espèce de camomille dont nous voyons encore quelques plantes végétant à travers les ruines, et, au dire de Pline et de Plutarque, il recouvra la santé.
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L'enfant Lycius , fils de Myron , portant le vase d'eau lustrale, était vers le levant, à l'entrée du téménos d'Artémis Brauronia, dont Praxitèle avait fait la statue. Là se trouvait aussi la statue de bronze du cheval de Troie. Puis venait le téménos de Minerve Ergané, ou inspiratrice des grandes œuvres. On y a retrouvé le piédestal de la déesse. La muraille qui séparait ces deux enceintes est encore visible.
Devant nous, et au point où nous quittons la direction du Parthénon pour prendre à gauche celle de l'Érechthéion , on remarque, sur un rocher nivelé, les traces du piédestal de la fameuse Minerve Promachos que Phidias avait coulée en bronze, assez grande pour que sa tête et une partie du corps s'élevassent au-dessus de tous les monuments de l'Acropole. Elle mesurait vingt -cinq mètres de haut. Le casque, scintillant sous les rayons du soleil, attirait les regards des navigateurs qui doublaient le cap Sunium. Elle était encore debout en 395. On dit que quand Alaric et ses Visigoths la virent, présentant son bouclier du bras gauche et appuyant fièrement sa main droite sur sa lance , ils furent saisis d'une sainte frayeur. La vierge terrible semblait regarder le Parthénon et le couvrir de sa souveraine protection.
A cinquante pas plus loin , en inclinant vers le nord, commence le téménos de trois sanctuaires célèbres, rattachés l'un et l'autre sous les noms de Minerve Poliade, de Pandrose, fille de Cécrops, et l'Érecthéion proprement dit. Les plus anciennes
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traditions s'unissaient pour recommander spécialement ce lieu à la vénération des Athéniens. C'était là que Minerve et Neptune avaient lutté, se disputant la ville d'Athènes. Les dieux ayant déclaré que la cité serait à celui qui ferait aux hommes le meilleur présent, Neptune frappa la terre de son trident, et il en sortit un coursier; Minerve planta l'olivier et obtint la victoire. On montrait dans ce sanctuaire la trace du trident et un rejeton de l'olivier divin qui, brûlé par les Perses, avait tout à coup retrouvé une nouvelle vigueur. Ici était le tombeau de Gécrops. Pandrose, sa fille, y avait fait preuve d'une fidèle discrétion en refusant d'ouvrir la boite mystérieuse que lui avait confiée Minerve, dont elle était la prêtresse. Ses deux sœurs , au contraire , en regardèrent curieusement le contenu, et, effrayées à la vue d'un hideux serpent qui enlaçait de ses replis un joli petit enfant, elles se précipitèrent dans l'abîme. On ramassa leurs cadavres en lambeaux devant la caverne d'Aglaure. L'enfant devint roi sous le nom d'Érecthée, et il éleva un temple ici même en l'honneur de Minerve et de Pandrose. De là le nom d'Érechthéion.
C'est à ce sanctuaire que se rendaient les célèbres processions instituées par ce roi et désignées sous le nom de Panathénées. De jeunes vierges y servaient de prêtresses à Minerve et à Pandrose. Peut-être faut-il en retrouver le souvenir dans ces cariatides qui soutiennent le portique méridional de l'édifice. Ployant légèrement le genou pour avoir
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moins de raideur dans la pose, de gracieuses jeunes filles portent sur leur tête des chapiteaux qui, raccordés avec leur chevelure, rappellent les corbeilles mystérieuses des Panathénées. Quant aux dispositions intérieures des divers sanctuaires, je suis incapable de m'en rendre compte. De plus savants archéologues que moi n'y parviennent pas davantage. Ici fut la fameuse lampe d'or de Callimaque, l'artiste qui gâtait ses œuvres pour vouloir trop bien les finir. Une seule fois par an on la remplissait d'huile, et c'était assez pour lui permettre de brûler nuit et jour, la cella n'ayant pas de fenêtres. Pausanias observe que la mèche était d'amiante, et qu'un palmier de bronze permettait à la fumée de s'évanouir par le toit. On montrait à l'Érechtéion un siège pliant, œuvre de Dédale. La statue de Minerve, toute tombée du ciel qu'on la supposât, était en bois d'olivier grossièrement travaillé. C'est elle qu'on ornait du fameux péplum brodé par les jeunes Athéniennes et porté en triomphe aux Panathénées. L'Érecthéion actuel, élevé au siècle de Périclès, demeure, malgré ses irrégularités de niveau et de façade, un des plus délicieux monuments de l'art ionique. Au vne siècle on en fit une église byzantine dédiée à la Sainte Sagesse. Les Turcs, vers la fin du xve siècle, la transformèrent en harem pour des femmes de l'aga. Pendant la guerre de l'indépendance ils en détruisirent une partie à coups de canon. Lord Elgin a volé une de ses erréphores. C'est ainsi que les hommes traitent ce que le temps avait respecté.