ANTIOCHE AU TEMPS DES APOTRES
des bateleurs, des charlatans babyloniens , des chanteurs donnaient des spectacles au coin des rues; des magiciens, des vendeurs de talismans, des thaumaturges , chuchotaient leurs secrets autour des temples , et une population de trois cent mille âmes allait et venait, écoutant, regardant, parlant grec, syriaque ou même latin, passant d'un plaisir ou d'une affaire à l'autre, remuant toute sorte d'idées , menant une vie honteusement sensuelle, sans être, au fond, incapable de grandes aspirations.
Mais quels sont dans cette foule ces Juifs nouveaux venus que la persécution a chassés hier de Jérusalem? Leur figure reflète une flamme intérieure qu'ils communiquent d'abord à leurs compatriotes dans des confidences intimes. Puis la vérité dont ils sont dépositaires les tourmente , les presse de parler, et ils la livrent à qui veut l'entendre : (( 11 n'y a qu'un Dieu, c'est le Père céleste. Il n'y a qu'un Docteur et Sauveur, c'est Jésus crucifié, mort, ressuscité et Seigneur du monde. » Et les Grecs les écoutent. Ce vir bonus dicendi peritus plein du Saint-Esprit, à la foi vive et agissante qui inaugure, dans la basilique Césarienne, au Muséum ou au Gymnase, des conférences publiques, c'est Barnabe. La foule goûte sa parole fière et neuve, révélant au monde le secret de la dignité humaine. Après lui et avec lui voici Paul qui prêche , tout près du Panthéon, dans la rue du Singon *, peut-être là où est la Tekkeh actuelle et
1 Malala, lib. X.
où fut l'église ancienne ou primitive , le néant des faux dieux. Bientôt les convertis de l'Évangile sont assez nombreux pour former une société que les païens désignent d'un nom étrange et inintelligible à plusieurs. Ce ne sont plus des juifs ou des philosophes, ce sont des Chrétiens.
Quels souvenirs évoque ce nom! Je crois l'entendre retentir à ma droite, où fut l'amphithéâtre, au milieu de sinistres clameurs. Car à quelques années de là le peuple, ivre de sang, criait ici comme à Rome : « Les chrétiens aux bêtes ! » Tous les martyrs ne furent pas envoyés aux lions de la capitale , comme cet Ignace qui , dans l'hémicycle du Csesarium, avait répondu à Trajan : « Oui, je suis Théophore, car je porte Jésus- Christ dans mon cœur! » et plus d'un est mort ici. Puis se levèrent sur la génération chrétienne des jours de paix et de triomphe. Dans une splendide cathédrale que Constantin avait commencée, que Constance acheva et dont les ruines sont peut-être au nord de la troisième ville, dans ces jardins se rapprochant des remparts où un vaste monticule attire l'attention des voyageurs, les foules accouraient avides d'entendre la parole de Dieu. Au milieu d'une vaste cour, entourée de murailles, le temple chrétien s'élevait en octogone régulier, surmonté d'un dôme tout resplendissant de lames d'or. Saint -Vital, bâti par les Goths à Ravenne, en reproduit à peu près le type. Le marbre, l'or et les pierres précieuses y brillaient à l'intérieur. Mais ce qui était plus beau que toutes ces richesses,