L'HOTEL DES VOYAGEURS
couche. La quinine enlèvera demain ma légère indisposition.
La meilleure auberge de Mersina ne vaut pas grand'chose. On ne sait pas même, à cet Hôtel des Voyageurs, quel peut bien être le vase le plus indispensable dans une chambre de malade ou même de bien portant, et à toute extrémité on vous y offre une large caisse de zinc ayant contenu jadis des Palmers ou des Olibets. Sur les neuf heures du soir, durant mes évolutions obligatoires et prévues, je trouve le chef cuisinier, qui est peut-être aussi le maître d'hôtel, faisant la toilette de ses pieds sur la table d'hôte, encore dressée, avec un des couteaux à l'usage des voyageurs. La mer mugit. Le temps est mauvais. De pauvres malheureux grelottent sous notre balcon sans pouvoir dormir. Si peu que la température se rafraîchisse, les hommes de l'Orient la trouvent glaciale et la supportent péniblement. Je passe moi-même par des péripéties multiples, car, sans m'en prévenir, l'hôtelier a coupé court à mes pérégrinations et limité mon royaume à ma chambre, où M. Vigouroux dort gravement, et au balcon, où le vent de mer souffle en tempête. Je ne veux pas incommoder celui-là, tout en redoutant d'être incommodé par celui-ci. Hôtel des Voyageurs, pourquoi supprimer aussi brutalement à tes hôtes le droit d'aller et de venir? La caisse de Palmers est- elle une compensation suffisante à une si flagrante violation du droit des gens? Enfin voici l'aurore libératrice. Je la salue avec enthousiasme, puisqu'elle va nous permettre de sortir d'ici.