‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 73 sur 216 · LA PAMPHYLIE · texte numérisé non relu

LA PAMPHYLIE

Après la messe dite chez les Capucins, nous nous rendons à bord, c'est-à-dire en France, car VAlphée est un bateau français. Le golfe est furieusement agité. Il ne veut pas nous laisser de regrets, et, après nous avoir retenus si longtemps et si mal à propos, il nous congédie par une belle tempête. Nous nous embarquons à travers des lames formidables, et les bateliers se font payer en conséquence.

Je me sens beaucoup mieux. Par contre mon ami va fort mal. Le bateau, encore à l'ancre, s'abandonne à ces oscillations funestes qui suffisent à jeter le plus vaillant homme du monde dans une prostration générale, et semblent l'acheminer vers le suprême anéantissement. J'encourage mon cher agonisant à subir un mal qui ne tue pas.

Nous partons avec la pluie et la brume. A peine si l'on distingue les ruines de Pompéiopolis, que nous côtoyons. Ce fut jadis une colonie pénitentiaire où Ton confinait les pirates capturés. Là naquirent le stoïcien Chrysippe, le poète comique Philémon et Aratus, l'auteur des Phénomènes . La superbe colonnade qui traversait la ville est encore debout. Nous voguons entre Chypre et le cap Anamour.

En côtoyant l'Asie Mineure. Lundi 30 avril.

Le golfe d'Adalie se déploie devant nous avec ses vieux souvenirs.

La côte que nous longeons est celle de la Pamphylie, province gouvernée, au temps de Paul, par

LA MAISON D'UN PACHA A BORD i 17

un propréteur impérial. La Pisidie, plus dans les terres, dépendait de la préfecture de Galatie. Un premier amas de ruines que nous fixons au bout de notre lunette est Side , le port principal de la Pamphylie, et le grand marché où Rome allait acheter ses esclaves. Des monceaux de marbres épars disent encore son importance passée. Son théâtre fut un des plus beaux de l'Asie Mineure. Au moyen âge, on en avait fait une forteresse.

Au nord de Side se trouve Aspendus. D'après Cicéron, Verres y avait volé des statues de grand prix. Ce n'est pas étonnant. Il paraît que parmi toutes les riches cités de la côte asiatique, celle-ci surtout étonne encore le voyageur par les splendides débris de ses antiques monuments. Le théâtre y est dans un tel état de conservation, qu'il suffirait d'un abat -voix sur la scène et d'un velarium sur l'enceinte, pour permettre d'y donner très agréablement à vingt mille spectateurs une représentation des chefs-d'œuvre d'Aristophane et de Sophocle.

J'avais oublié de dire que nous voyageons avec le pacha d'Alep. Il va à Constantinople avec ses femmes , ses enfants et une partie de sa domesticité. Pour lui, son secrétaire et un iman, il a pris deux cabines près de nous. Pour ses femmes, il a fait dresser une tente sur l'entrepont. Deux eunuques les protègent avec une vigilance féroce contre la curiosité malicieuse de quelques touristes européens. Ces deux étranges serviteurs ont l'un et l'autre la physionomie de leur emploi. Ils se recommandent, celui-là par un sourire de bêtise

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