RHODES
d'Alep va préférer. Ces hommes, si despotes avec leurs compatriotes, sont sans prétentions vis-à-vis de nous. Le pacha fait une partie d'échecs avec un chanoine espagnol de nos amis , et il perd coup sur coup. Malgré la nuit j'attends sur le pont pour saluer la ville de Rhodes et le souvenir des braves chevaliers qui y ont vécu.
Le port illuminé se déroule à nos yeux comme une représentation féerique. Mon imagination fait revivre au fond et en face de l'entrée, tel qu'il y fut réellement, le fameux colosse de bronze représentant Apollon, le Dieu-Lumière, destiné à servir de phare aux voyageurs. Il fut l'œuvre de Charès de Lindos au 111e siècle avant l'ère chrétienne, et demanda au célèbre artiste douze ans de travail. Un tremblement de terre le renversa un demisiècle après. Ses jambes seules demeurèrent debout. Le reste, objet pour tous d'un superstitieux respect, joncha le sol de ses immenses débris jusqu'à la conquête sarrasine, au vne siècle. On dit qu'il ne fallut pas moins de neuf cents chameaux pour transporter en Egypte les fragments du prodigieux colosse. Le calme de la nuit, sous un beau ciel où les étoiles scintillent , porte à rêver. Volontiers je me représente, autour de cette merveille du monde, les philosophes d'autrefois, les rhéteurs, les marchands, les soldats, les artistes, s'agitant avec leurs préoccupations diverses. Paul, passant ici, dut frémir d'une sainte indignation à la vue du temple magnifique qu'un roi Juif, Hérode , y avait fait bâtir en l'honneur d'Apollon Pythien. Treize