L'AMANT S
19 avril.
L'Amanus noir, rouge, bleu, selon les heures du jour, et lézardé de lignes blanches qui en temps d'orage deviennent des torrents, est certainement une belle chaîne de montagnes. Eh bien, je suis las de le contempler. Nous avons fait ce matin une chasse aux tortues, aussi nombreuses que des crapauds dans ces fétides marais d'Alexandrette. M. Vigouroux a été le plus adroit et le plus hardi. Des ruines que nous avons vues au pied de la hauteur où fut l'ancienne ville d'Alexandrette, et d'où sourd impétueuse la source qui alimente la ville actuelle, il n'y a rien à dire d'intéressant. A travers les jardins on voit des pans de mur encore debout et une ancienne église à peu près conservée.
Au reste, aucun souvenir historique ne plane sur ces marécages, sauf qu'Alexandre voulut y bâtir une grande cité en mémoire de la' victoire d'Issus. Issus, en effet, n'est qu'à six heures d'ici. On y arrive en suivant la grève qui longe le pied de l'Amanus, dont les roches ont dû plus d'une fois être taillées pour laisser passer des chars de guerre. Un monument que Ton rencontre après deux heures de marche est assez curieux. On le nomme les Piliers de Jonas, mais il est peu probable que le prophète ait été rejeté là par le monstre marin qui l'avait englouti; ce sont les restes d'une porte monumentale, visibles de fort loin et marquant les limites de la Syrie et de la