A DANA — MANDRAGORES
et mal bâties, rues" sales et bazars médiocres. Avec cela pas de souvenirs importants. Toutefois la population, fortement charpentée, alerte, entreprenante, y est bien de la race de ces pirates ciliciens qui ont donné tant de peine aux protecteurs de l'ordre public autrefois et aujourd'hui, depuis Pompée et Cicéron, jusqu'à Dervisch-Pacha en 1866. Nous regardions tout à l'heure des hommes dirigeant leurs radeaux au tournant rapide du Sarus. C'est le type accompli des écumeurs de mers, et le seul souvenir du passé qui demeure ici. Adana existait pourtant à l'époque de Xénophon.
Nous nous amusons à examiner des mandragores mises en vente chez un tailleur. La mandragore, c'est le petit homme planté qu'on n'osait pas arracher au moyen âge, parce qu'il poussait des gémissements, mais qui devenait un talisman bien utile pour quiconque le possédait. On sait que la racine de la mandragore affecte les dispositions du corps humain, sans en excepter la barbe et les cheveux; aussi l'a-t-on appelée la plante à forme humaine. Les anciens lui attribuaient le pouvoir de faire cesser la stérilité de la femme, et l'Ecriture raconte par quel marché Rachel acheta à Lia les mandragores que Ruben alla cueillir au temps de la moisson. C'est encore en avril qu'on les arrache. Le fruit de cette plante, comme un petit abricot sans noyau, est d'un goût aussi exquis que la banane. L'odeur en est délicieuse.
Aujourd'hui Adana est toute au commerce du
PRETRES ARMENIENS
coton et des marchandises qui viennent du centre de l'Asie. Sur une population de cinquante mille âmes, elle compte plus de vingtcinq mille Arméniens, gens fort habiles dans les affaires et qui constituent la bourgeoisie de la cité. La plupart d'entre eux appartiennent à l'Eglise schismatique. Les catholiques ont à leur tête quatre jeunes prêtres élevés, soit à Taris, soit à Rome, et qui m'ont vivement frappé par leur bonne tenue et leur distinction. Supposons que ces jeunes gens continuent à s'appliquer à des études sérieuses, saint Basile, saint Grégoire, saint Chrysostome, nous paraîtront un peu moirs aux antipodes de ce pauvre clergé oriental que nous avons trouvé, à peu près partout, si insuffisant comme zèle et comme instruction. Quelques-unes de leurs religieu tiennent l'école des filles. A eux de leur faire un devoir de donner à leurs élèves une éducation forte et sérieuse en enseignant beaucoup de religion et moins de broderie, chose plus utile à la vanité qu'à la vertu et au bonheur des familles.
La communauté chrétienne qui, jusqu'à ces derniers temps, a eu à Adana la principale influence, est celle des protestants d'Amérique. Les Jésuites, chargés des missions d'Arménie, ont reçu ordre de leur disputer le terrain, et ils y réussiront. Ceux-là ont déjà de splendidea constructions, beaucoup d'entrain et de grandes ressources. Ceux-ci pourraient s'en apurer autant, mais ils tiennent peu à employer des
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