‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 184 sur 334 · PROTESTANTS AMÉRICAINS · texte numérisé non relu

PROTESTANTS AMÉRICAINS

moyens humains parmi des populations déjà beaucoup trop humaines. De larges aumônes détermineraient certainement de rapides conquêtes; mais ce que l'argent aurait fait la veille, l'argent pourrait le détruire le lendemain. Un des catholiques les plus intelligents d'Adana, qui nous a d'ailleurs intéressés par sa conversation, trouvait étrange que, les protestants ayant donné cet hiver pour cent cinquante mille francs de farine, les bons Pères n'en eussent pas distribué pour deux cent mille. Ce brave homme laissait voir qu'il n'avait pas tout à fait le sens des choses divines, et, si nous ne l'avions connu, son raisonnement nous aurait fait supposer qu'il tenait de fort près à ceux que l'on convertit par l'estomac, ou qui ont la conscience dans le ventre. Cet ardent prosélytisme des Américains, que nous avons déjà trouvé sur notre route, est un phénomène de l'ordre moral digne de toute notre attention. Seul le scepticisme est méprisable, parce que c'est le suicide de l'homme. Cette vaste église, que je voyais tous les soirs illuminée et où retentissaient jusqu'à une heure tardive des chants pieux, ne disait-elle pas à la ville entière que ces apôtres du libre examen, pour avoir une foi très incomplète, montrent quand même un zèle très grand? Ce zèle est âpre, parait-il. Nous devons nous embarquer dimanche avec M. Christi, le chef de la mission; nous le jugerons de plus près.

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