‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 197 sur 334 · RHODES - LA CARIE · texte numérisé non relu

RHODES - LA CARIE

w^k \ïï

et les autres, qu'un léger appui venu de l'Occident eût suffi à maintenir contre tout un peuple de Turcs. Ne parlons pas du traitre André d'Amarral, le grand prieur de Castille qui, chancelier de l'Ordre, cacha une partie des poudres et révéla aux soldats de Soliman les points faibles des fortifications. La poudre a éclaté trois siècles plus tard, en 1856, détruisant lo palais des Grands Maitres, la cathédrale de Saint-Jean et tuant beaucoup de Turcs. Tardivement la perfidie portait encore des fruits amers. Allons dormir sur cette vision, il fera bon rêver de héros.

Mardi 1er mai.

Nous sommes au milieu des Sporades. La plus pittoresque d'entre elles, Kos, la patrie d'Hippocrate, est déjà doublée. Elle n'a plus rien de son temple d'Esculape et des tables d'airain où le fameux médecin puisa, dit- on, ses aphorismes; mais il lui reste des plantes médicinales fort recherchées, d'excellents vins et de nombreux troupeaux dans de gras pâturages. Visà-vis, sur la côte de Carie, est Bodroun, l'ancienne Halicarnasse, patrie de deux historiens célèbres, Hérodote et Denys. Là fut aussi l'une des sept merveilles du monde, le tombeau élevé à Mausole par la reine Artémise, son épouse et sa sœur. M. Newton, il y a trente ans, en a retrouvé la place et les magnifiques restes en marbre de Paros.

fcfe

.Wir^WSt'

JfP"ï

WL;*

âifM

FATHMOS — MILET

Kalymnos, Léros, Lipso, Arki, perdent toute importance devant Pathmos, que nous distinguons à l'arrière-plan. M. Guérin a jadis étudie l'île et le couvent. Il nous en fait la plus intéressante description. Au sommet de la ville, et sur un point particulièrement élevé, vers le nord, se dessine le fameux couvent du Saint Théologien, comme disent les Orientaux pour désigner saint Jean. Il a l'aspect d'une forteresse du moyen âge. M. Guérin nous raconte l'accueil peu gracieux que lui firent les moines, quand il y aborda tout meurtri par une violente tempête qu'il avait essuyé la veille. Il venait de passer la nuit en plein air avec son pilote dans l'île d'Arki, où ils ne trouvèrent au jour d'autre habitant qu'un pauvre berger. La bibliothèque du couvent a bien deux cent quarante manuscrits, plus ou moins rongés par les vers, mais rien d'inédit. L'île servait aux I mains de lieu de bannissement. C'est là que l'apôtre saint Jean fut déporté, et l'on montre, au flanc de la montagne, entre la ville d'en haut et le port, la grotte fameuse où il aurait écrit son Apocalypse. Une chapelle y a été bâtie. De nombreuses lampes y éclairent quelques peintures où sont assez grossièrement représentées des scènes de l'Apocalypse. M. Yigouroux se traino comme il peut sur le pont pour saluer ce site biblique.

Sur la côte de Carie, à notre droite, c'est Milet, à peu près enseveli sous les atterrissements du Méandre. Le même phénomène que nous cons-

Page 1