FORUM CIVIL — GRAND GYMNASE — PORT
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reconnaissance publique aux bienfaiteurs de la cite. Sous des portiques se développant au nord et au midi les philosophes et les rhéteurs aimaient à discourir. C'est là que se trouvait Justin, quand le juif Tryphon l'aborda en ces termes : « Votre serviteur, monsieur le Philosophe »; et la discussion s'engagea à l'heure même, devant un auditoire qui prit place sur des bancs de pierre. Elle dura tout le jour et tout le lendemain. C'est sur ce forum que Marc-Antoine, siégeant comme juge, faussa compagnie à un avocat célèbre pour aller au-devant de Cléopâtre, qui arrivait portée sur sa litière.
Au couchant de l'Agora fut le Grand Gymnase, mesurant trois cents mètres de long sur deux cent trente de large, et plus loin le Port civil, qu'un canal reliait au Panormos, ou port principal traversé par leCaystre. Des roseaux marquent la place de ce Port civil. Aux jours d'orage les eaux qui le remplissent y trouvent encore assez de pente pour se déverser dans le fleuve. Le monticule au pied duquel ce marais devient un canal est surmonté d'une tour qui lit partie des rem parts de la ville. Je ne sais sur quelle autorité on la nomme Prison de saint Paul.
Faut-il chercher derrière ces remparts détruits, au versant occidental des collines, le bois sacré d'Ortygie, où Latone mit au monde Apollon et Diane, tandis que, sur le mont Solmissus, les Curetés faisaient du bruit pour tromper Junon? Le cours d'eau qui arrose la petite vallée au-delà de ces hauteurs fut-il le Ccnchrius? C'est
i'HiOX —THÉÂTRE
possible, et l'intelligent travail de M. Weber sur la chorograpbie d'Éphèse semble le démontrer. Cependant je ne crois pas qu'il faille, pour être correct, appeler Coressus la ebaîne de montagnes s'élèvant au sud de la plaine, ce nom-là convient à la colline d'Ayassoulouk, comme celui de Prion doit être appliqué à la colline centrale sur laquelle s'appuyait le théâtre, et où il nous faut maintenant revenir.
Cette hauteur, qui lève sa tête au milieu des ruines, fut jadis le centre de la cité, grécoromaine. Son nom de Prion {la scie), lui venait des remparts en zigzag qui couronnaient sa crête et descendaient en crémaillère vers le nord.
Nous mettons pied à terre à l'entrée du théâtre. C'est une imposante ruine. Que l'on se figure un hémicycle de cent-soixante-dix mètres de diamètre, appuyant ses innombrables gradins de marbre au versant occidental de la montagne. Vingt-cinq mille spectateurs y pouvaient prendre place. Quelques portes, s'ouvrant sur les escaliers (xXtjAaxs;) qui convergeaient vers le centre de l'enceinte, sont encore reconnaissables. Une d'elles est même à peu près conservée. Nous n'avions jamais rencontré dans notre long voyage une si étonnante profusion de colonnes brisées, de marbres arrachés et mutilés, avec inscriptions toutes fort lisibles, si elles n'étaient indignement tronquées.
Il me souvient d'avoir admiré dans je ne sais quel livre une restauration d'Éphèse imaginée par Falkener. La vue d'ensemble était prise du
VUE RESTAUREE D'EPHESE
théâtre. Pour la retrouver, je m'installe au haut de ces gradins où siégèrent, il y a deux mille ans, les matrones éphésiennes. A leurs pieds, pardelà la scène et l'arrière-scène, ornées de statues magistrales et de richesses inouïes, sous le velarium à moitié relevé, elles voyaient l'Agora, le Gymnase, le Port se succéder dans un harmonieux lointain limité par la mer. Au sommet du Prion s'élevait le temple de Jupiter l'Iuvius: a gauche, au has de l'Acropole, étaienl ceux de Minerve, d'Apollon, de Vénus, de Bacchus, de Mercure, de Cérès; plus près du port, celui de Neptune. A droite, au-delà du Stade, que nous allons visiter tout à l'heure, s'étendaienl les riches constructions de la ville neuve. De ravissants bosquets plantés sur les alluvions du ' !a; tre en faisaient comme une vaste agglomération de délicieuses villas. Si l'on veut se représenter les générations qui sont passées ici depuis les Amazones, qu'il fallut vaincre pour fonder Éphèse, jusqu'au temps de Paul el des premiers chrétiens, quel fouillis de souvenirs plus effrayant encore que celui des ruines au milieu desquelles nous sommes assis ! Pour ne parler ni de Crésus, ni des temps héroïques, L'histoire nous apprend que Cimon, Alcibiade, Lysandre, Agésilas, V nophon, Alexandre le Grand, Annibal, sont venus à Ephèse. Ce dernier y rejoignit Antiochus, pour l'exciter à la guerre contre les Romains. Scipion, Lucullus Bylla, Marc-Antoine y sont passés en triomphateurs. Les poètes Gallinus el Musée, /es peintres Parrhasius et Apclles, les philosophes
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