‹ Notre voyage aux pays bibliquesChapitre 242 sur 334 · TC · texte numérisé non relu

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ruines. A l'ombre des grands cyprès, à travers des milliers de colonncttes inclinées en tous sens, dans l'herbe et les buissons qu'aucune main n'arrache, des enfants jouent, de jeunes couples se donnent rendez-vous, des vaches paissent et des Turcs mangent, dorment ou fument.

Pour être justes, disons qu'au grand cimetière nous avons trouvé la section arménienne plus convenablement tenue. Sur chaque tombe un signe sculpté rappelle la profession du mort. Au chirurgien on donne une lancette, au banquier une balance, au prêtre une mitre, à l'écrivain une plume, à l'orfèvre un collier, au barbier le plat traditionnel. Autre détail à noter, du grand comme du petit Champ des morts, la vue sur le Bosphore ou la Corne d'or est splendide. Ainsi la tristesse et la joie, le laid et le beau, la mort et la vie se touchent. Au reste la note caractéristique do Constantinople est visiblement dans ce pêle-mêle qui unit la lumière aux ténèbres, Les parfums à l'air empeste, les rochers à la boue, et dans le même carrefour, la vue sans limite à l'horizon fermé, les palais aux masures, la ville aux champs, sans que jamais personne se boH préoccupé de substituer à cet étrange désordre un ordro quelconque. Au bout d'une rue, il n'est pas rare de rencontrer un précipice.

Après trois heures de course à travers de bî bizarres contrastes, je me déclare satisfait. Je prie mes amis de continuer, s'ils y tiennent, avec le bon P. Lazariste qui nous guide, la fatigante

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excursion. Pour moi l'affaire est entendue, et je rentre au couvent, où je me recueille, sans toutefois me consoler d'une si cruelle déception. Dans l'église de Saint-Dimitri, où nous sommes entrés, on allait enterrer une jeune fille de dixhuit ans. La bière était découverte. La tête reposait sur des fleurs, et, avant de quitter l'église, chaque ami de la famille est allé baiser au front la pauvre morte.

Mardi 8 mai.

Tout ce matin nous» avons navigué en caïque ou en bateau sur la Corne d'Or. L'effet de cet immense amphithéâtre, dont j'ai déjà parlé, est moins beau de près que de loin. Partis de la gracieuse fontaine de Top-Hané, nous sommes allés d'abord vers la pointe du Séraï jusqu'à la mosquée de la sultane Valideh, puis à travers les arches du Pont-Neuf nous avons suivi le milieu du canal, regardant de tous côtés sans savoir où arrêter nos regards. A droite, quelques hôtels, des églises, la tour de Galata, les consulats, le petit Champ des morts, couvrent la montagne; puis viennent les édifices en bois de Kassim-Pacha, des jardins, des casernes, le tout véritable trompe-l'œil, et d'ordinaire, simples baraques de bois peint, que le feu fera flamber demain. A notre gauche s'élèvent les grandes mosquées, dominant le quartier grec du Phanar, le quartier juif de Balata, les Blaquernes, l'ancien Hebdomon, tout cela encore plus bizarre

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